Sorti en août 2019 chez Grasset. Roman. 302 pages.

EN DEUX MOTS
Quelle claque ! Au cancer, à la mort, aux hommes, au malheur ! Un hommage à la résistance de tout poil (le cancer est une guerre), à la solidarité et aux femmes. Sûrement le meilleur livre d’un auteur aussi généreux que respectueux de l’être humain. Ici, une femme pour la première fois. Un summum d’humanité.

L’auteur. Sorj Chalandon est un « jeune romancier », auteur de huit romans avant celui-ci, dont trois ont obtenu un prix littéraire prestigieux : Une promesse (2006, Prix Médicis), Retour à Killibegs (2011, Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième mur (2013, Prix Goncourt des Lycéens). Auparavant, il écrivait aussi, en tant que journaliste-reporter, avec des reportages qui lui ont eux aussi valu des prix, notamment le Prix Albert Londres en 1988 pour son reportage sur l’Irlande. De 1973 à 2007, il est journaliste à Libération, d’abord grand reporter puis rédacteur en chef adjoint. Puis, après une longue période de chômage, depuis 2009 il travaille au Canard Enchaîné.
J’ai eu la chance de le rencontrer trois fois, au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. De longs échanges riches et chaleureux, conformes à l’homme qu’il est. Et ses deux derniers romans, Profession du père et Le jour d’avant m’ont semblé être de véritables tours de force. Comme ce dernier.

Les cinq premières lignes (hors prologue) : « Lundi 18 décembre 2017.
Tout se passerait bien. Une visite de routine.
– On va commencer, madame Herbineau. Si je vous fais mal, dites-le-moi
J’étais torse nu, debout, face à l’appareil, ma main tenant la barre.
– Levez bien le menton, a demandé la manipulatrice.
Mon sein gauche était comprimé entre deux plaques.
– On ne bouge plus.
Elle est retournée derrière sa vitre. »

LA phrase du livre, attention messieurs :
Quelque chose ne va pas ? j’ai demandé. Il a haussé les épaules. – Ma femme a un cancer, elle va perdre ses cheveux, tout va bien, pourquoi ? ». Je l’ai regardé.

Après une scène d’ouverture, morceau de bravoure digne d’un film de Michel Audiard qui aurait mis en scène quatre braqueuses « armées » et déterminées, l’auteur nous ramène sept mois en arrière.

L’histoire alors commence véritablement. Jeanne est une jeune libraire parisienne de 39 ans appréciée de tous pour sa gentillesse et l’enthousiasme avec lequel elle prodigue ses conseils de lecture. Elle mène une vie tranquille et sans histoires avec son mari, Matt, souvent absent pour ses affaires. Leur couple semble avoir survécu à la mort précoce de Jules, leur fils de sept ans, d’une maladie incurable.

Sa vie bascule pour de bon lors d’une visite banale chez la gynécologue, un contrôle de routine, une « bête » mammographie. Elle découvre brutalement qu’elle a un cancer du sein. La petite douleur qu’elle éprouvait en attachant son soutien-gorge était maligne, contrairement à ce que l’on entend en général d’une grosseur qui fait mal. La nouvelle la surprend (aucun antécédent dans sa famille, aucun indice de taille à se nommer tumeur), puis l’assomme. Les événements s’enchaînent très vite Au programme des prochains mois : opération « nettoyage », séances de chimiothérapie puis de radiothérapie.

Les premiers moments de stupeur-frayeur passés, le cancer, innommable comme tel et baptisé « Camélia » par Jeanne (un petit clin d’œil amusant à Boris Vian et son Ecume des jours), ou « K » comme – pour la phonétique – le dossier « Cancer » de l’hôpital, les choses sérieuses commencent. A l’opération succèdent les séances de chimiothérapie et la chute inéluctable de la belle chevelure rousse de Jeanne. Ce qui est trop difficile à supporter… pour son mari. Pour lui, trop c’est trop : il a perdu un enfant, alors la vue de sa femme malade et fragilisée ne peut lui être infligée. Il la quitte dès la seconde séance de chimio, « pour son bien ». Jeanne se retrouve seule pour « gérer » son camélia.

A l’hôpital, elle fait la connaissance de trois femmes elles aussi concernées par le cancer. Brigitte, l’aînée et la meneuse, est la générosité faite femme. Assia (compagne de Brigitte) et Mélody, encore presque une enfant, complètent le trio. Toutes trois ont un passé douloureux, des caractères trempés mais différents. Jeanne est aussitôt invitée à venir habiter chez Brigitte avec Assia et Mélody. Elle apprendra leur histoire et racontera la sienne et toutes quatre découvriront le seul point qu’elles ont en commun, outre le cancer : pour une raison ou pour une autre, elles ont toutes perdu un enfant, ce qui renforcera leur solidarité face au cancer s’il en était besoin. Ensemble, devenues « sœurs de cancer », elles combattront la maladie et veilleront les unes sur les autres.

Mais l’histoire ne s’arrête pas à cette lutte contre le cancer. Parallèlement se joue une partie serrée pour trouver la somme nécessaire à un autre sauvetage. Un braquage risqué qui lui non plus n’effraie pas nos quatre risque-tout. Car elles n’ont rien à perdre et pourtant tout à y gagner. Ce coup de théâtre inattendu et pour le moins déconcertant dans un roman au sujet si sérieux est habilement mené par Sorj Chalandon, un habitué des fins imprévues parce qu’imprévisibles. Une manière, là aussi, d’alléger le sujet principal, d’entretenir une tension parallèle et de nous permettre de respirer.

Le contenant de l’histoire est un véritable écrin. Ecrit à la première personne, dans une pagination modérée – la durée de l’intrigue, il est vrai, est de quelques mois – l’auteur démarre et termine l’histoire des « sœurs de cancer » et celle qui vient s’y greffer, sans rien laisser en marge ou sur le quai. Sorj Chalandon est fidèle à lui-même et son écriture s’adapte « au cheveu près » aux nuances du récit : simple et concise dans les dialogues, parfois cruels pour certains personnages, narrative dans les séquences d’action, précise et imagée pour parler de la maladie… En un mot, magnifique en tous points. Les sentiments (et les non-sentiments) sont exprimés de manière bouleversante mais sans misérabilisme et si nos yeux se mouillent, c’est qu’il y a de quoi. Sorj Chalandon, au départ journaliste d’investigation approfondit ses sujets en les étudiant de très près et les entremêle à des événements personnels qu’il a vécus à un moment de sa vie. Pas un dialogue, pas une narration superflus, un style aussi juste et maîtrisé que l’histoire racontée et un humour à toute épreuve omniprésent.

Mon avis sur le livre. Comme écrivain (et journaliste) français, Sorj Chalandon est un de mes grands chouchous, pour ne pas dire mon préféré. J’entends ce lisant ma sœur sursauter et dire à son mari : « Tu vois, elle change d’avis sans cesse ! Le mois dernier, c’était Franck Bouysse, celui d’avant Jean-Luc Seigle et j’en oublie, sans parler des écrivains américains et des écrivaines… Et les livres eux-mêmes, qui sont presque tous « LE plus beau roman » qu’elle a lu depuis des années ! Elle est difficile à suivre, j’y perds mon latin ». Alors, je dirai pour tempérer jusqu’à mon prochain coup de cœur que Sorj Chalandon est mon auteur préféré « du moment » et de la catégorie « roman vérité » en ajoutant que l’homme est également tout aussi bienveillant qu’il le paraît. Chaque fois que je le rencontre au festival des Etonnants voyageurs auquel il est très fidèle, il se montre à l’écoute, affable, simple, drôle, présent et souriant des yeux et des lèvres. Un vrai bon-homme, pardon un vrai homme-bon.

Mais nous ne sommes là pour parler de l’auteur mais de sa dernière œuvre. Une joie féroce, roman au sujet grave s’il en est et qui pourtant n’est pas lacrymogène. Sorj Chalandon réussit à nous faire grincer des dents, certes, à avoir peur (pour les personnages et pour nous), mais tout autant à sourire, à rire, à frémir pour ses quatre héroïnes.

Les personnages, Jeanne et Brigitte en tête, nous emportent immédiatement à leur suite et nous les suivons dans leur combat quotidien et dans leur vie passée, toujours étonnante, que nous découvrons en tournant les pages. L’auteur les considère et nous les présente avec beaucoup de bienveillance et de respect. Leur solidarité indéfectible, leur détermination sans cesse renouvelée malgré les phases de colère et leur courage nous donnent envie de leur ressembler ou même de les avoir pour amies. Loin de passer leur vie à se lamenter et pour ça doublement émouvantes, Jeanne, Brigitte, Assia et Mélody restent dans l’action, y compris pendant les séances de soins, car elles ont un projet important qu’elles doivent « financer » dangereusement. En désignant le cancer comme l’adversaire à combattre et à abattre, elles nous donnent à voir que s’il est par nature une véritable saloperie dont la survenue est redoutée de tous et la fin aléatoire, le chemin parcouru pour le combattre se fait mieux à plusieurs. En tous cas dans le cadre de l’histoire. Un bel hommage à l’entraide et au courage des femmes.

Le cancer est évoqué de manière habile. L’auteur connait personnellement son sujet. Et ce qu’il n’a pas éprouvé, il l’a investigué. Puis il a quitté sa peau de journaliste pour endosser celle du romancier. Pour décrire le cancer, beaucoup de précision c’est vrai, parfois sous la forme de listes ; sur la maladie elle-même, sur ses conséquences physiques, morales, conjugales, sociales et sur celles des effets de la chimiothérapie, sans oublier la mort toujours possible, tapie derrière les arbres ou dans les couloirs de l’hôpital. Et la peur absolue qu’elle inspire. Mais également une grande pudeur aussi bien de la part des quatre filles que de l’écrivain qui en parle. Et un immense respect pour ces filles qui se battent bec et ongles, unies et solidaires. C’est la première fois je crois que le personnage principal de Sorj Chalandon n’est pas un homme. Et pour cette première, il nous présente un sacré quatuor de nanas devenues des guerrières pour lutter contre une maladie parmi les plus graves qui frappe souvent au hasard.

Cependant, Une joie féroce n’est pas un nième livre « sur le cancer ». Un livre-pleureur. D’autres sujets sont abordés dans le roman, d’autres questions posées aux lecteurs, toujours avec beaucoup de réflexion, de pudeur, de finesse et d’humanité : la mort d’un enfant, l’abandon d’une femme malade par un mari qui ne peut « supporter » la maladie de sa femme – l’auteur ne donne pas le pourcentage de femmes quittées du jour au lendemain dans ces circonstances –, la peur de la mort et la « demeurance » de la nature après soi, la solidarité féminine face au machisme et au « courage, fuyons » de certains hommes. La trahison, oui, aussi.

La force de la littérature également, le « pouvoir » des livres. Jeanne est une libraire inspirée et inspirante et en pratiquant le partage des lectures c’est la vie qu’elle partage : les histoires des personnages ; les siennes et celles des lecteurs qui toujours trouvent un – lointain – écho dans la vie des personnages romanesques. La lecture est une sorte de cercle, qui tourne non pas en rond mais en une ligne circulaire non fermée, qui va s’élargissant au fil des pages lues. Les groupes de lecture ne s’appellent-ils pas souvent « Cercles de lecteurs » ? Des romans comme celui-ci contribuent à l’envie d’adhérer à un cercle existant ou celle d’en former un pour partager ses lectures puisque les livres sont d’abord et avant tout un vecteur de partage.
Sur les livres toujours, un détail amusant : l’allusion aux « deuxièmes romans », dont Jeanne s’est fait une spécialité. Vrai que plus le premier est réussi, plébiscité et primé, et pourtant perfectible, plus le second est attendu, guetté et à risque. Dommage que je n’en aie pas un sur une étagère…

Enfin, une énorme cerise rouge luit au centre du gâteau. Les trois premières pages relatent (de manière tragi-comique) les prémisses d’une scène de braquage dans une des boutiques de luxe de la Place Vendôme. Si la part suspense-policier du roman est d’ouverture, elle ne reparaît que dans la dernière partie pour ce qui concerne ses motivations et sa préparation. Le suspense est en latence, comme le cancer des filles. Et les pages qui racontent de manière cocasse la répétition puis l’exécution du plan représentent une grande bouffée d’air frais. Le suspense dure jusqu’au bout, tout comme le traitement du cancer avec lequel il chemine en parallèle et si ce dernier nous bouleverse et nous révolte, la partie polar à la Audiard nous détend, nous réjouit car là aussi les filles sont douées et prêtes à tout pour réussir. Nul doute que l’auteur s’est amusé à écrire ces pages, au moins autant que nous à les lire. Avec l’impertinence qui ne le quitte jamais dans ses articles et dans ses romans, il se joue de la morale « morale » et des conventions socialo-rigides. Et que ses héroïnes préparent une sorte de casse du siècle ne le dérange pas plus que ça, d’autant que c’est « pour la bonne cause » !

Pour finir, je dirai qu’Une joie féroce est un livre très fort, éclairé et éclairant, écrit sur un mode « décalé ». L’empathie que nous éprouvons pour le quatuor des K contrebalance la gravité de la maladie et son risque létal. Elle répond à celle de l’auteur pour ses « sœurs de cancer » et à son admiration. La littérature fait du bien à l’âme (à condition qu’elle soit en mesure de lire bien sûr). Par leur côté bienveillant, juste, fouillé et pétri de vécu, humain, les romans de Sorj Chalandon sont de véritables remèdes. Une sorte de médecine douce, complémentaire de la chimie. Celui-ci plus encore que les autres, sujet oblige… Sur un thème aussi rebattu qu’exploité en littérature romanesque, il réussit à nous offrir un roman presque plus joyeux que morose, jamais misérabiliste, et l’on ressort de cette lecture les yeux pas tout à fait secs) mais le sourire aux lèvres.

Une chose est sûre et certaine : si un jour un cancer me gagne, je penserai à Jeanne et ses amies et à chaque séance de chimiothérapie je lirai un chapitre (ou plusieurs selon la fatigue) d’Une joie féroce (quel titre approprié !), qui sera mon livre de chevet, ma lueur d’espoir. Monsieur Chalandon, comme vous savez parlers aux femmes et des femmes ! Je promets d’avoir lu tous vos livres avant une éventuelle autre rencontre aux Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Promesse de lectrice croulant sous les piles de livres à lire, certes, mais au moins un vœu non pieux. Et, si vous remportez ou non un (ou plusieurs) prix littéraires de cette rentrée littéraire d’automne 2019, il en est un que je vous attribue d’office même si je ne crois pas qu’il existe : celui du « roman-vérité » !

LES MOTS POUR LE DIRE
Au fil des pages, quelques paroles emblématiques. Bien mieux que moi elles vous donneront l’envie de lire, de dévorer ce roman qui montre que contre le cancer le combat n’est pas forcément et/ou toujours perdu d’avance. Et qu’avant la résilience il doit obligatoirement y avoir la résistance.

Sur le basculement immédiat et total de la vie à l’idée de la mort au moment de la découverte d’un cancer : « Mon sein gauche avait quelque chose. J’ai pensé à la mort. La phrase cognait dans ma tête. Je ne respirais plus. Quelque chose. Une expression misérable, dérisoire, tellement anodine ».
« Ce matin, j’étais une fille rieuse de 39 ans. Cet après-midi, une femme gravement malade. Six heures pour passer de l’insouciance à la terreur. Je n’arrivais pas à regarder les autres. J’avais peur qu’ils comprennent que je n’étais plus des leurs. Le temps avait basculé ».

Sur la mort d’un enfant qui signifie souvent celle du couple. « Le jour où notre enfant a fermé les yeux, les nôtres ont cessé de briller. Matt ne m’a plus tenu la main. Ce n’était pas une punition, juste une évidence. Nos peaux n’avaient plus rien à se dire. Notre fils n’était plus, nous avions cessé d’être ».

Sur la compassion et le courage masculins, un passage cynique à faire grincer les dents : « Il avait laissé un mot sur la table de la cuisine. Il était perdu. Il voulait réfléchir. Mon mal le torturait. Il ne supportait pas de me voir souffrir. Il valait peut-être mieux, pour lui et pour moi, de renoncer à partager nos vies. Au moins pour un temps. Depuis mon cancer, comme après la mort de Jules, il se demandait ce qu’il faisait là. Il se trouvait encombrant, glacial, distant, incapable de m’aider. Il me quittait pour mon bien. Pour ne plus être un poids. Je marchais devant lui mais il me retardait. J’étais forte. Je méritais mieux que lui. Tellement. Parce que quand même, est-ce que me rendais compte de la violence qui lui était faite ? Un homme qui ne pouvait rien faire pour sa femme ? son impuissance le dégradait. Il m’aimait, cela ne changeait rien. Mais j’avais besoin de soins plus que d’amour. Je devais me reconstruire. Je m’en sortirais. Je guérirais. J’avais en moi toute la force du monde et il n’en était pas digne ». Oups…

Sur la force des quatre femmes : « Elle et les autres se moquaient de la maladie. Elles riaient de la mort. Allaient à la chimio comme d’autres à la manucure. C’était dur, pourtant. Chacune souffrait, pleurait, poussait un cri de douleur au moment du lever. Mais aucune ne se plaignait. Un vertige ? Une histoire drôle. Un vomissement ? Une pirouette. Une bouffée de chaleur ? Une glace pour faire passer. Comme moi, elles avaient peur. J’en étais persuadée. Mais jamais elles ne le montraient. Elles ne vivaient pas, elles bouffaient les heures. Elles trinquaient, fumaient, confondaient les jours et les nuits. Un instant, j’ai eu honte de mon camélia »…

« Je n’étais pas courageuse, je résistais. Je faisais avec. Je me levais le matin avec la peur au ventre. J’avais le sein tailladé, un boîtier sous la peau, du poison rouge douloureux plein les veines, le crâne chauve, la bouche douloureuse, le cœur qui martelait, des envies de vomir, les articulations douloureuses, le ventre torturé. Je n’étais pas courageuse, je marchais droit devant. Et comme je le pouvais ».

Enfin, le plus beau passage pour moi, l’acceptation consciente que le monde demeure après sa propre mort, qui permet à Jeanne de ne plus avoir peur de la mort : « Un jour je partirai mais les cygnes ne disparaîtront pas. Et aussi les canards, les mouettes, les nuages d’été, les feuilles d’automne, le vent d’hiver et les rires sur la berge. Tout cela continuera d’exister après moi. Mon camélia m’avait appris que le monde était moins fragile que je ne le craignais. J’ai inspiré longuement, expiré à en avoir mal. La peur avait cessé. Après la terreur de la mort, je ne la redoutais plus ».

Pour finir, une phrase tirée d’une interview de Sorj Chalandon, sur sa double profession (de foi) : « Le journaliste est là pour enregistrer les larmes, le romancier pour les laisser couler ».

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, ce roman tant attendu, si fort dans son sujet et si beau dans sa prose, si peu commun dans sa manière d’écrire sur le cancer, va tout droit dans la rubrique « Hors du commun » de Bouquivore. Il est bien évidemment lisible par tout public, y compris les malades atteints d’un cancer et en cours de traitement… Merci Monsieur Chalandon. A bientôt à Saint-Malo, peut-être.

En attendant, l’éternelle question : « Et maintenant, que vais-je lire ? ». Cette fois, j’ai trouvé une réponse rapide car le Wagamese, Starlight, me tendait les pages mais c’était trop tôt après les camélias. J’ai donc choisi sciemment un polar, un énorme polar de plus de sept cents pages, 4,1 centimètres de tranche, lourd à souhait pour les membres supérieurs c’est vrai, le genre à lire calé au chaud dans un fauteuil, le livre posé sur ses genoux par-dessus un plaid… mais dont les trois premières pages contiennent un loup tchèque, un renard et des oiseaux en volée… Banco pour Isla Nova de Jérôme Camut et Nathalie Hug, couple à la ville et à l’écrit.