
N.B. Faute de vraie photo…
Stéphane Carlier (fils de Guy Carlier), la cinquantaine jeune, a fait des études de lettres et d’histoire avant de travailler dans le journalisme et la diplomatie un peu partout dans le monde, notamment dix ans aux Etats-Unis.
Depuis 2005 avec la sortie d’Actrice, il se consacre à l’écriture de romans-comédies inspirés de personnages communs. Celui-ci, qui se situe au milieu de sa bibliographie, m’a donné envie d’en lire d’autres. Et la page d’accueil des Editions Le Tripode m’a replongée dans l’envie d’acheter les livres pour… leur couverture. Elles sont toutes alléchantes, sans exception. Je vous conseille d’aller voir la page d’accueil de leur catalogue…
Baptiste a bientôt quarante ans. Romancier peu connu, il traverse une mauvaise passe. C’est le moins qu’on puisse dire. Tous les voyants sont au rouge. Sa femme Maxine : partie avec leur dentiste Gérard Habib : “un type qui faisait des détartrages, arrachait des chicots pourris et à longueur de journée, disait des choses comme “Essayez de manger du côté gauche à midi”. Son troisième roman (Entrée dans l’hiver) : classé quatre cent soixante-quinze mille sept cent cinquante-huitième des ventes d’Amazon. Son appartement : un studio en désordre, bruyant et qui sent le chou. Ses relations sociales : elles s’étiolent depuis le départ de Maxine. Son père : il les a quittés lui et sa mère pour un homme. Ses nuits : presque blanches. Sa mère : là oui, il lui reste sa mère et il s’en est rapproché. C’est une lectrice “avide”, elle a mis le seul commentaire sur son livre… Pas de quoi sauter de joie le matin au réveil.
Jusqu’au jour où sa voisine, Madame Halberstadt sonne à sa porte avec un chien en laisse et un cabas de supermarché. Elle lui demande de garder pendant quelques jours Croquette, son carlin rondouillard aux yeux globuleux qui partage le titre du livre avec elle – sa sœur s’étant désistée au dernier moment. Le temps d’une opération de la cataracte un peu compliquée. Baptiste qui est plus chat que chien, comme tout écrivain qui se respecte pense-t-il, ne voit pas ça d’un bon œil, il n’en a pas plus envie “que de passer une coloscopie” ; mais il ne sait comment refuser, sa voisine lui a rendu quelques services, son regard le lui rappelle très explicitement.
Le soir même, sa vie change. Sa femme, qu’il espionne aux jumelles, se dispute avec le dentiste, son roman remonte dans les ventes et reçoit un commentaire et, surtout, il rencontre au Bricorama de Colombes la jeune serveuse du Mimosa, restaurant où il allait déjeuner le samedi avec Maxine.
La jeune fille s’appelle Lois, elle a un « chien saucisse » et elle est sacrément jolie. Et, juste avant de partir, elle lui donne rendez-vous le vendredi suivant à l’île Marante, pour y promener leurs chiens ensemble.
Comble du bonheur : il reçoit une invitation pour un brunch littéraire autour de son livre dans une médiathèque de Lons-le-Saunier.
Baptiste met naturellement cette pluie de bonnes nouvelles sur le compte de la présence de Croquette à ses côtés.
A partir de là, “le monde paraissait avoir des teintes plus claires, des couleurs plus vives, plus de rouges, d’oranges et de jaunes”. Alors, sur un petit nuage, il entame une “liste des belles choses” qu’il voit.
Le livre est court, je n’en dirai pas davantage sur l’histoire. Baptiste honore comme il faut son contrat moral avec sa voisine, il emmène le chien porte-bonheur partout. Ne lui avait-elle pas dit : “Vous verrez, les animaux, ça change la vie” ?. Il y croit maintenant dur comme fer.
L’histoire rebondit dans tous les sens, les séquences s’enchaînent sans se ressembler et l’humeur de Baptiste en dépend. Beaucoup de choses lui arrivent, à mettre ou non sous l’influence de Croquette. Un suspense aussi se fait jour, et l’intrigue se paie le luxe de se terminer avec un beau rebondissement. Plus qu’inattendu.
Côté écriture, c’est un joyeux bonheur et des éclats de rire bienfaisants. C’est vif et pourtant réfléchi. L’humour – autodérision, nostalgie, scepticisme, moqueries – est de toutes les pages ou presque. Certaines scènes sont purement hilarantes, désopilantes, d’autant qu’elles nous prennent à l’improviste, à la fin d’une phrase ou d’un paragraphe tout ce qu’il y a de plus “tranquille”. C’est un roman vraiment agréable à lire dans sa forme.
Un regard sur le livre. J’ai lu ces derniers temps bien plus de livres écrits par des femmes que par des hommes, allez savoir pourquoi. Beaucoup de romans intéressants mais durs, pour ne pas dire plombants (et lourds en mains). Pas besoin de chercher longtemps un livre écrit par un homme, mes étagères croulent sous le poids du papier. Alors, avant de commencer un pavé historique sur l’Ukraine qui “promet”, et sans céder au “feel good” officiel, j’ai choisi deux romans courts, drôles et légers mais pas seulement. Les deux sont de Stéphane Carlier : Le chien de Madame Halberstadt et Les gens sont les gens. Avec de tels titres je ne risquais pas de plonger dans le noir.
Bien m’en a pris et j’avoue avoir passé un bon moment de lecture avec le premier… Outre le personnage momentanément dépressif et mélancolique, l’intrigue amusante à souhait, souvent loufoque, en peu de pages Stéphane Carlier aborde plusieurs thématiques sociétales et met l’accent sur certains dérèglements de notre vie, notamment l’addiction qu’ont certains (et certaines) aux réseaux sociaux. Sur quelques sources de bonheur aussi : l’amitié, l’amour qui change et celui qui commence tard, l’amour des animaux, toutes les surprises de la vie.
La critique n’est jamais acerbe, Baptiste ne s’érige pas en juge mais la légèreté de l’écriture et du propos n’oublie rien ni personne et surtout pas lui-même et ses relations familiales. Le monde de l’édition n’est pas épargné non plus, encore moins les méthodes de vente d’Amazon. Enfin, la cerise sur le gâteau : notre “héros” ne se contente pas d’écrire, il est amoureux des livres. Comme tous les écrivains, me direz-vous. Et cet amour est intergénérationnel : sa mère lit tout ce qui lui tombe sous la main. C’est pour nous bonheur à lire.
Vous l’aurez compris, cette histoire de chien – qui n’en est pas vraiment une – est un roman impayable, un anti-dépresseur sans chimie que je vous recommande pour la bonne humeur dans laquelle il va assurément vous plonger, surtout si vous sortez de lectures longues et/ou plombantes. Quant à moi, cet auteur que je découvre avec “son” chien sera mon antidote à la mélancolie et au stress. Accompagné de Fabrice Caro, à qui il me fait penser.