SI LA LITTÉRATURE DEVIENT PASSION, C’EST BIEN QUE TOUT EST DANS LES LIVRES !

Le soldat désaccordé ⇜ Gilles Marchand

Né en 1976 à Bordeaux (la ville d’Hervé Le Corre) Gilles Marchand, d’abord batteur dans un groupe de rock, se tourne vers l’écriture en 2010 avec des nouvelles.Son premier roman en solo est publié en 2016 : Une bouche sans personne, couronné d’un succès d’estime dès sa sortie avant de recevoir plusieurs prix littéraires. Il est suivi en 2017 par Un funambule sur le sable, publié en 2017, qui confirme définitivement le succès, puis en 2020 par Requiem pour une Apache, lui aussi très bien accueilli.

Après avoir perdu une main dans la Marne, un poilu enquête après la guerre de 14-18 pour retrouver des soldats disparus en 1916. Il parcourt des kilomètres en tous sens et écrit de nombreuses lettres pour répondre aux demandes des familles en attente de leurs poilus.


C’est le point de départ qu’a choisi Gilles Marchand pour raconter l’abomination de cette guerre de tranchées où des millions de soldats ont souffert pendant que les officiers faisaient preuve d’inhumanité et d’injustice – thème récurrent dans les pages – des vies perdues en pagaille… pour recommencer vingt ans plus tard. 


Un roman très triste mais très beau. Il a rencontré un grand succès auprès des lectrices !

L’avis de la SL. Sans nous concerter, nous lisions Le Soldat désaccordé en même temps, Cunégonde et moi. Nous avons ressenti la même chose : un triste bonheur de lecture. La différence : plus rapide et réactive que moi, elle a rédigé sa chronique avant moi, qui n’en ai qu’une vingtaine en souffrance.
Cette fiction originale relate tout en même temps l’histoire de l’atroce guerre si mal nommée “la der des ders” et une histoire d’amour “fou” aussi triste que belle. Avec une irruption de l’absurde et du burlesque, de l’absurde, de la poésie même, au moment où l’on s’y attend le moins. On pense à Apollinaire et ses Poèmes à Lou, notamment Si je mourais là-bas, qui m’a fait vibrer des années chanté par Jean Ferrat. On pense à l’Ukraine aussi, plus d’un siècle plus tard…

Amusant : un clin d’œil à Boris Vian, inattendu mais bienvenu dans ce contexte de barbarie humaine, que l’auteur avait déjà fait avec bonheur dans son premier roman Une bouche sans personne, (Editions Aux Forges de Vulcain, 2016) dont la chronique figure dans Bouquivore, et que je vous recommande de lire, avant ou après celui-ci.
Quant à moi, inutile de vous dire que je vais acheter et lire Un funambule sur le sable et Requiem pour une Apache. Oui mais quand…

Enfin, l’amoureuse que je suis depuis toujours des peuples amérindiens a apprécié la mention de leur présence (et de leur participation “active”) aux combats les plus durs sans que jamais les Français ne leur en soient reconnaissants” (…). Ils ne sont pas les seuls bien sûrs, tant de peuples colonisés ou esclavagés ont défendu le drapeau bleu-blanc-rouge. Mais j’ai un faible pour les Amérindiens et ce passage m’a remis en mémoire Le chemin des âmes de Joseph Boyden, chez Albin Michel, Collection Terres d’Amérique, 2006. Si vous ne l’avez pas lu, vous ne savez pas ce que vous avez perdu mais il n’est jamais trop tard…

“Les Indiens d’Amérique. On parlait d’un mystérieux peuple à moitié sauvage. On ne les connaissait pas. Le seule fois qu’on en avait vu, c’était à l’exposition de 1992 au Jardin d’acclimatation, à Paris : trente-deux Amérindiens, enfermés dans des cages, qui avaient suscité la curiosité des visiteurs avides d’exotisme”.
“Ceux-là mêmes qui n’avaient plus le droit d’utiliser leur langue dans leur pays, ceux qui n’étaient même pas considérés comme des citoyens à part entière”.