Miséricorde ⇜ Jussi Adler-Olsen

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Jussi Adler-Olsen est un écrivain prolixe de romans policiers. Né à Copenhague, après des études universitaires variées, il se consacre à l’écriture. Sa série Les enquêtes du Département V, dédiée à la résolution de “cold cases” plus ou moins anciens, lui a valu moultes prix et adaptations en séries ou en films. Y enquête un duo particulièrement “désaccordé” qui finit par fonctionner : Carl Morck, ancien flic de choc bien cabossé, avec Hafez el Assad, d’origine syrienne, dont nous ne savons pas grand-chose d’autre sinon qu’il semble avoir vécu des jours sombres et qu’il fait du café trop fort…

2007. Passé un court prologue glaçant, nous rencontrons l’inspecteur Carl Morck, à peine remis de sa blessure à la tempe, mis “en attente” après une enquête dans laquelle un de ses coéquipiers, Anker, a été abattu et l’autre, Hardy, grièvement blessé, toujours à l’hôpital, sans doute handicapé à vie.
Après cette dernière et dramatique affaire, Carl Morck, homme cabossé au caractère trempé pas spécialement apprécié de ses collègues mais inspecteur hors pair, est quasiment revenu de tout et se révèle parfois même cynique dans ses dires et son comportement. Il se voit attribuer par son supérieur, chef de la brigade criminelle, la direction d’un nouveau service : un poste d’affaires non élucidées (jugées trop nombreuses par le gouvernement), un bureau aveugle en sous-sol et un “assistant” pour ne pas dire un homme à tout faire…
Réticent et colère au début, il commence à se prendre au jeu de ces enquêtes jamais abouties mais classées et qui concernent des affaires parfois gravissimes : meurtres et assassinats en tous genres, viols, enlèvements, incendies, attaques à main armée… le nombre de dossiers est impressionnant, Carl Morck n’a que l’embarras du choix.

2002. La vice-présidente du parti démocrate Merete Lynggaard, une femme au caractère fort et au franc-parler elle aussi, disparaît sans laisser de traces. Enlevée et jamais retrouvée depuis cinq ans. Ou morte. Elle était tout simplement censée être passée par-dessus bord lors d’un voyage en ferry. Après avoir d’abord fait, comme il se doit, la une des tabloïds, l’affaire a fini par se tasser puis s’oublier. Parmi les (trop) nombreux dossiers qui ont atterri sur son bureau, c’est cette enquête que veut reprendre et résoudre Carl Marck, à la fois pour sa complexité et sa durée et par respect pour la femme politique disparue.
Nous suivons toute l’investigation, avec des retours en arrière sur cinq ans et deux périodes qui bien évidemment vont se rejoindre, au moins dans les dates. Non sans nous avoir donné des sueurs froides et des émotions fortes. Avec surtout, des indices habilement disséminées dans les pages concernant la disparition de la femme. Des indices tellement anodins qu’ils ne prennent vie qu’à la toute fin de la lecture. Jusqu’au dénouement, la vraie fin qui, même s’il est possible de la voir arriver, nous estomaquera…

Tout comme son enquêteur en chef, le style est rageur, percutant. Une fois lancée, après l’investigation, l’action prime et la réflexion se fait dans l’instant car chaque minute compte. Le livre, qui se déroule en des chapitres courts sur deux années (2002 et 2007), se dévore en un souffle et s’achève pour nous avec une seule envie : “la suite”. Une autre enquête, certes, mais avec le même duo policier qui nous enserre littéralement dans des pages qui se tournent seules. Et vite.

Un regard sur le livre. Miséricorde ! Miséricorde m’attendait sur une étagère depuis sa sortie poche. Entretemps, une dizaine d’enquêtes de ce Département V sont sorties et je me suis procuré la seconde, Profanation. Sachant que si je l’attaquais, j’enchaînerais nécessairement avec la troisième, je me suis abstenue. Mais pour combien de temps ?
Dès ce premier opus, les personnages principaux nous deviennent sympathiques. L’inspecteur, tout en colère et en sarcasmes, est lesté d’une femme aussi encombrante que futile, Vigga, qui lui a laissé Jesper, son fils de dix-sept ans, en le quittant pour aller habiter dans un abri de jardin.Merete Lynggaard, une femme politique comme on en voudrait au sein de nos gouvernements, et son frère Oluf, devenu muet à la suite à un accident ; Hafez el Hassad, un inconnu aux réactions inattendues. Nous les suivons dans leurs parcours, selon les moments avec attention, amusement et bienveillance. Oui, oui, même et surtout le policier rebelle, et au point qu’on les redemande.
Par ailleurs, le suspense est tendu, les rebondissements multiples et le dénouement se lit en trépidant. Le livre oscille entre le polar d’investigation, le thriller et la satire sociale, un vrai plaisir de lecture pour qui aime le noir.

Jussi Adler-Olsen et son policier ne se contentent pas de résoudre une enquête particulièrement difficile et d’entretenir le suspense, aussi immersifs soient-ils. De nombreuses réflexions d’ordre général sur l’humanité et son contraire sonnent juste. Et surtout, l’auteur brosse un portrait sévère des classes sociales les plus hautes du Danemark du début de notre siècle.
La corruption règne sans partage à tous les niveaux de l’échelle politique, économique et policière. Et plus l’on monte dans les grades, plus les désaccords et les conflits sont accompagnés de soudoiements, de violences et de trahisons. L’industrie et la recherche ne sont pas épargnées, les grands laboratoires (et les grands médecins !), les lobbyistes de tout poil, les policiers négligents (sciemment ou pas) non plus. Allez, les journalistes aussi, et les photographes, ceux des tabloïds, les “fouille-merde qu’on arrêtait qu’avec de l’argent”, juste ceux-là, parole d’ancienne journaliste. Est-ce pour cela que Miséricorde a rencontré dès sa sortie un succès aussi phénoménal et raflé de nombreux prix prestigieux en son pays ? Sûrement aussi, oui. Et encore une raison de lire la suite.

DES MOTS BREFS

Un exemple de corruption à haut niveau ? En voici un :
“Ce médecin a très certainement organisé un vaste réseau avec plusieurs de ses confrères qui se sont sont assuré des revenus confortables en vendant sous le manteau toutes sortes de médicaments normalement délivrés sous ordonnance : de la méthadone, du Stesolid, du Valium, du Gardénal et de la morphine. Il importait personnellement des anesthésiants (…) sans compter de grosses quantités de neuroleptiques, de somnifères et d’hallucinogènes…”. 

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