Sorti en août 2018 chez Flammarion. Roman. 476 pages.

L’auteur. Serge Joncour est né en 1961 à Paris. Issu d’une famille de paysans, après avoir exercé différents métiers (dans la publicité et le sport : la natation), il commence à écrire et publie son premier roman en 1998, Vu. Suivront, entre autres Situations délicates (2001), U.V. (2003, adapté au cinéma), L’Idole (2004), L’amour sans le faire (2012), enfin L’écrivain national (2014), Repose-toi sur moi (2016), tous deux chroniqués dans ces pages. Plusieurs ont obtenu des prix littéraires.

EN DEUX MOTS
Un bon gros roman que l’on peine à lâcher et qu’on a envie de retrouver dès qu’on l’interrompt. Une construction habile qui rend sa lecture rapide et attrayante. A ne manquer sous aucun prétexte !

Mont d’Orcières dans le Quercy, d’août 1914 à juillet 1915, en parallèle avec août 2017, une terre morte, considérée comme maudite, à cause des traitements chimiques contre le phylloxera qui ont ravagé les vignes.

Août 1914, il ne reste qu’une trentaine d’habitants au village, surtout des femmes et des enfants, en plus du curé, du maire, du garde-champêtre et de l’instituteur, tous vieux. Sans hommes, les femmes s’attellent aux travaux des champs, moissons, puis préparations des prochaines récoltes, bref, elles font tourner le monde pendant que les hommes s’entretuent. Une situation de guerre banale.

Mais des hurlements résonnent depuis les hauteurs ; des mystérieux occupants au-dessus du village angoissent la population.

Août 2017, ensemble depuis 25 ans, sans enfant, Lise, comédienne, souhaite passer un mois dans un gîte isolé avec Franck, producteur, « accro » à son téléphone et le wifi ; « ça capte ? » étant son leitmotiv ! Supporteront-ils la solitude ?

LA phrase du livre (page 280) :« L’homme n’est pas le seul animal à être bestial ».

LE GRAIN DE « SL » de la Serial Lectrice :
J’ai eu moi aussi un gros coup de cœur pour Chien-Loup, sa plume généreuse et aboutie, sa construction régulière parfaitement symétrique, qui fait monter la tension en un long crescendo et participe de la violence dans la partie contemporaine. Apprécié tout particulièrement l’histoire d’amour sur vingt-cinq ans, pendant la première période, faite d’estime, d’admiration et de tendresse mutuelles et très bellement rendue dans les mots ; le parallèle entre la guerre des hommes et celle des animaux, prouvant s’il en était besoin que la sauvagerie n’est pas l’apanage de ces derniers. L’auteur compare les hommes et les animaux à tous les niveaux, physique et comportemental : alimentation, prédation, sauvagerie, et il en ressort un point commun : la volonté de pouvoir et là, l’homme remporte « le match » haut la main ! L’on réalise clairement que l’homme ne peut pas respecter les animaux et les aimer dès lors qu’il fait la guerre à ses semblables.
Beaucoup aimé aussi l’hommage rendu aux femmes dont on n’a jamais assez dit dans les livres d’histoire qu’elles portaient tous les travaux masculins en plus des tâches ménagères, tout en étant très solidaires. Et la réflexion sur les rapports de l’homme avec la nature en général.
Chien-Loup est un conte rural doublé d’un pendant contemporain ; très original, à la fois dépaysant dans le lieu, les époques et les histoires. Que demander de plus ? Le prochain !