Sorti en juin 2018 aux Editions de Minuit. (Premier) roman. 192 pages.

Ça raconte Sarah est le premier roman de Pauline Delabroy-Allard, jeune auteure d’une trentaine d’années.

Le roman, qui relate un passion fulgurante et inattendue entre deux femmes, est composé de deux parties. La première, écrite à un rythme rapide, commence par une scène qui chronologiquement parlant se situerait à sa fin ; elle nous amène à nous demander jusqu’où cette passion entre deux femmes va pouvoir aller. Auparavant, la narratrice avait une vie sage, une vie en latence. Professeure, mère d’une petite fille, épouse abandonnée, elle avait un compagnon. L’amitié, puis la passion pour Sarah vient tout balayer. La narratrice ne s’appartient plus.
Comme un leitmotiv, dans cette première partie reviennent des éléments de description de Sarah… Des éléments inquiétants sur sa beauté mystérieuse : son nez abrupt d’oiseau rare, « ses yeux de serpent aux paupières tombantes »). D’autres détails aussi, sur sa dangerosité, sur son immense capacité à vivre : Sarah est « pleine d’allant, conquérante, victorieuse. C’est une tornade inattendue, elle tournoie ; animée, exaltée, passionnée, elle veut tout, tout de suite. Elle est vivante ».
Violoniste dans un quatuor, son talent musical ajoute à la fascination qu’elle provoque. Avec Sarah, la narratrice entre en tempête et nous dit : « dans cette tempête elle est capitaine de navire. Je deviens femme de marin ».

La seconde partie, sur un rythme plus lent, raconte la descente dramatique de la narratrice après la disparition de Sarah. Une descente sans retour… malgré de petits flash-backs sur sa propre enfance. Elle finit par ne plus savoir si son amante est morte ou pas… Elle s’enfonce dans une folie solitaire. Et grâce à l’écriture au présent et à la première personne, on est la narratrice, du moins en profonde empathie avec elle. J’ai littéralement été happée, aspirée par l’histoire et l’écriture de ce roman (raconté à la première personne et au présent), qui est à lire d’une traite, du moins la première partie.

En voici un extrait, celui figurant sur la quatrième de couverture qui, dès que je l’ai lu m’a convaincue que ce serait terrible mais que j’allais adorer !
« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux verts, mais non, pas verts, d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S ».