Tout rendre au vent, de Marion Millo

Pour moi qui aime les livres de femmes écrivant sur les femmes et la poésie, ce livre est un vrai coup de cœur. J’ai relu des passages par gourmandise ; comme on savoure un plat de choix ».
Sorti en février 2021 aux éditions Cambourakis. (Premier) Roman. 192 pages.

L’auteure. Marion Millo est professeure de lettres dans les Côtes d’Armor. Elle est engagée dans le combat féministe.

Après quelques tribunes et un recueil de nouvelles, elle signe là son premier roman. Ce livre fait partie de la sélection départementale du prix Louis Guilloux.

Marion Millo nous fait vivre le destin de trois femmes : Anna, Katell, Lucie entre les années 1950 et 2000. Elle nous fait pénétrer au plus profond, au plus sensible de leur être, dans leur sensualité, leur sexualité, en termes à la fois vrais et lyriques. C’est un livre écrit par une femme, je dirais sur et pour les femmes. Un livre à l’écriture extrêmement travaillée et poétique.

Au début elle annonce le nom du personnage, la date, puis elle nous laisse nous retrouver dans le labyrinthe de ces histoires de femmes plutôt malmenées par le destin.

Anna et son destin si tragique dès l’enfance nous fait penser à Cosette (Les Misérables, Victor Hugo). Katell, militante féministe devient écrivaine. Lucie, contre l’avis de sa errible grand-mère devient lieutenant de police… et justement elle mène une enquête sur trois meurtres perpétrés sur trois jeunes femmes.



Ces extraits, piqués presqu’au hasard tant le style, la poésie sont constants

« Le gel a tout raidi sous son règne de verre. C’est si beau ces premières heures que lui offre la rondeur du silence. Cette attente patiente des lueurs pâles du soleil d’hiver. Elle adore sentir sous ses pieds la morsure de la glace, ses pas sont autant de brisures dans l’œuvre lisse du givre ».

« Son vol a apprivoisé le ciel et m’a insufflé du courage dans la caresse de sa plume… Tu te souviens de la chanson que je te chantais le soir, pour t’endormir ? Tu n’étais pas beaucoup plus grande que lui alors, et je faisais venir le temps des cerises pour tes paupières alourdies de sommeil ».

« On approchait de chez elle en ce début d’après-midi où la canicule faisait de nos nerfs des araignées hystériques. J’apercevais le vert tendre de la treille où poussait sans vergogne sa vigne inféconde. Faute de grains juteux, elle faisait s’écouler de l’ombre sur nos épaules mordues de soleil. Ce trajet silencieux m’avait encore rapprochée de sa présence énigmatique ».

par | 17/08/2021

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