Tant qu’il reste des îles, de Martin Dumont

EN DEUX MOTS : Malgré un sujet grave, ce livre peut plaire à tous grâce à une écriture sensible et délicate. Un vrai coup de cœur.
Sorti en avril 2021 aux Editions Les Avrils. Roman. 224 pages.

Voilà un jeune auteur très prometteur, il s’agit là de son deuxième roman après Le chien de Schrodinger. Il est architecte naval à Paris. Passionné de voile, il rejoint le Morbihan dès qu’il le peut. Avec ce livre il est sélectionné pour le prix Louis Guilloux et a obtenu le prix du livre France Bleu Page des libraires 2021, entre autres prix littéraires.

Nous sommes sur une île, en Bretagne, il y a de fortes chances. Une île qui ne le sera bientôt plus puisque l’on construit un pont pour la relier au continent. Malgré un référendum en faveur du pont, sa construction continue de diviser la population.

Le héros, Léni qui nous parle à la première personne ne s’implique pas trop, il est du genre à ne pas trop s’engager. Nous partageons sa vie de père divorcé, privé de la présence de sa petite-fille, de
fils sensible au sort de sa mère placée en maison spécialisée. Et sa vie professionnelle : il répare des bateaux dans un atelier qui « prend l’eau ». Il y est beaucoup question d’amitié et de solidarité au travail mais aussi au café de partie de cartes en partie de cartes, d’amour naissant.

L’écriture est fluide… l’auteur décrit merveilleusement bien la Bretagne. Lorsque Léni part en mer on reçoit les embruns, on avale l’air du large mais ouf, on ne souffre pas du mal de mer.
C’est une écriture très sensible aussi, très délicate, pudique quand il s’agit de décrire les sentiments de ces hommes qui ont pour la plupart grandi ensemble, fréquenté l’école de l’île, mais ne sont pas forcément du même avis pour ce pont.

Le livre est bâti suivant les phases de construction du pont. Le titre est excellent… et à la fin on est saisi par une véritable émotion. Un vrai coup de cœur (pas seulement par chauvinisme !).
Le sujet est grave mais l’auteur ne tombe pas pour autant dans la noirceur, il ne plombe pas ce sujet… C’est donc un livre qui peut plaire à tous.


QUELQUES MOTS :
« Sur le plateau, le vent jouait avec les fougères, les ajoncs et les rosiers sauvages. Deux lapins ont traversé devant moi avant de se planquer sous un petit talus. Je venais de rejoindre la lande, au sommet de l’île- le seul endroit d’où l’on peut voir la mer des deux côtés. La baie en face du port et le large dévorant l’horizon. »

« Le bateau vibre, hésite. Une risée affleure et vient gonfler la voile. Je tire sur le safran et m’oriente face à l’océan. Le Fireball se cabre. Doucement, il passe la première lame d’écume puis accélère en descendant le creux. Je le sens prendre son élan, l’étrave siffle en fendant la mer. Des millions de particules s’allument dans le sillage. Du plancton bioluminescent, des étoiles éphémères. Je me penche, je cale mes pieds dans les sangles de rappel et je ferme les yeux. »

par | 25/06/2021

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