Qui aprĂšs nous vivrez ⇜ HervĂ© Le Corre

Hervé Le Corre
HERVÉ LE CORRE – PHOTO © PHILIPPE MATSAS/OPALE

AprĂšs avoir enseignĂ© les lettres pendant de longues annĂ©es, HervĂ© Le Corre se consacre Ă  l’écriture. Il est l’auteur de nombreux romans policiers extrĂȘmement sombres, dont certains s’appuient sur un contexte historique rĂ©el : La Commune de Paris pour L’homme aux yeux de saphir et Dans l’ombre du brasier, la guerre d’AlgĂ©rie pour AprĂšs la guerre et d’autres dont la toile de fond est contemporaine et sociĂ©tale. Mais dans chacun d’eux il s’intĂ©resse de trĂšs prĂšs aux petites gens, Ă  toutes les minoritĂ©s sociales, aux oubliĂ©(e)s de la sociĂ©tĂ© contemporaine. C’est le cas ici aussi avec un mĂ©lange de dystopie et de contemporain.

Dans sa plus longue pĂ©riode, l’histoire est une tragĂ©die futuriste. DĂ©marrant chronologiquement de nos jours, elle se dĂ©roule essentiellement dans le futur, au XXIIĂš siĂšcle, avec des Ă©vocations du passĂ© sous forme de flashback, bienvenus pour nous pauvres lecteurs – Ă  cheval sur trois siĂšcles pour ceux qui sont nĂ©s avant l’an 2000.

L’histoire commence vĂ©ritablement (dans le chapitre deux) peu aprĂšs la naissance d’Alice en 2051  et couvre plusieurs dĂ©cennies du XXIIĂšme siĂšcle. Le vieux monde (le nĂŽtre) va de plus en plus mal depuis dĂ©jĂ  longtemps. AprĂšs des sĂ©ries de guerres et de pandĂ©mies, aprĂšs des ouragans et des canicules de plus en plus intenses et rapprochĂ©s, des incendies ravageurs, “le point de non-retour climatique a Ă©tĂ© officiellement franchi en 2032”. Les pannes de courant sont elles aussi rĂ©currentes et gĂ©nĂ©ralisĂ©es, et la derniĂšre a marquĂ© la fin du monde d’avant, au beau milieu de notre siĂšcle. La nature a rĂ©sistĂ© malgrĂ© tout aux mauvais traitements des humains et leur rend la pareille au centuple.

AprĂšs la dĂ©croissance de la population Ă  la fin des annĂ©es 2030, Martin et RĂ©becca ont cependant conçu une petite fille, Alice, qui n’a que quelques mois. Ils vivent dans un appartement surchauffĂ© d’une grande ville. Un soir, ils tentent tant bien que mal de nourrir et calmer Alice, qui hurle et ne veut ni manger ni dormir, tel un petit animal pressentant un drame. AprĂšs une soirĂ©e et une nuit particuliĂšrement sombres, Martin part pour son travail au dispensaire. Dehors c’est un chaos sans nom et la panique est gĂ©nĂ©rale. Pris dans des affrontements violents, blessĂ© Ă  mort, Martin,disparaĂźt purement et simplement sous nos yeux.

Cette panne est la grande panne, la panne dĂ©finitive, dont le monde ne se remettra pas. Sans Martin, RĂ©becca est seule pour affronter le nĂ©ant Ă  venir. Seule avec Alice. Et avec AĂŻssa, sa voisine au grand cƓur d’infirmiĂšre, qui va la convaincre de partir toutes les trois chez ses beaux-parents.

Pour ce qui concerne la vĂ©ritable chronologie, elle est bousculĂ©e. Les temporalitĂ©s et les espaces se succĂšdent. Dans le premier chapitre nous assistons au pĂ©riple de Nour et Clara, avec LĂ©o et son pĂšre ; nous sommes en automne 2121, quasiment Ă  la fin de l’histoire, tout le reste n’étant qu’une succession de flashback. Presque cent ans que les choses ont commencĂ© Ă  mal tourner, mĂȘme si au milieu des annĂ©es 2020 “tout n’allait pas encore trop mal”. Soit dans cent ans pour nous, dans un siĂšcle. Mais qu’est-ce qu’un siĂšcle maintenant ? Dans cent ans, aujourd’hui c’est quasiment demain.
Pourtant, si la chronologie est malmenĂ©e, elle n’est pas Ă©clatĂ©e. Un siĂšcle entier, mais des repĂšres chronologiques nous aident au fil des diffĂ©rentes temporalitĂ©s grĂące notamment Ă  quelques rares Ă©vĂ©nements qui sont datĂ©s, comme le 17 mai 2060.

Ainsi va l’histoire, alternant passĂ© et futur, avec un vrai tour de force en son mitan, un rebondissement inouĂŻ prĂ©sentĂ© sous la forme d’un dialogue insoutenable, construit comme deux monologues. Passage Ă©crit par HervĂ© Le Corre l’écrivain de polar.

Petit Ă  petit, les piĂšces Ă©parses de l’histoire, dissĂ©minĂ©es dans l’espace-temps se rassemblent au grĂ© des souvenirs des femmes et de leurs rĂ©flexions pour ne former qu’un seul tableau. Sombre, trĂšs sombre.

Le dĂ©rĂšglement climatique et ses consĂ©quences sont une des causes essentielles du chaos dans lequel se dĂ©battent les personnages. L’espace (la nature) et le temps, plus forts que l’homme, ont perdurĂ©, mais le climat ne s’est jamais remis de l’humain. Les intempĂ©ries se succĂšdent, subites, violentes, durables, prenant les exilĂ©s de court et entraĂźnant des morts Ă  la pelle :

“De gros orages dĂ©versĂšrent sur eux une pluie glacĂ©e qui les obligea Ă  s’abriter sous la remorque, haletants, transis. Le tonnerre explosait de toutes parts, le sol en tremblait et le cheval entre ses brancards bronchait et tapait du pied. LĂ©o s’échappa sous le dĂ©luge pour le rassurer et lui parla, serrĂ© contre sa chaleur. Sous la peau de l’animal courait un gros frisson qui n’en finissait pas.”.

On se demande si ça va s’arrĂȘter, mĂȘme juste se calmer mais la situation ne fait que s’aggraver, les choses vont de mal en pis pour les survivants. Ils s’enfoncent dans le dĂ©sespoir, certains pensent Ă  en finir, Ă  espĂ©rer la fin des fins, disparaĂźtre pour s’enfuir de ce monde :
“En effet, il n’y a peut-ĂȘtre rien Ă  dire parce qu’il est trop tard. Et ce silence, tout Ă  l’heure, Ă©tait celui d’une longue, trĂšs longue nuit tombant sur le monde”.
Ou encore :
“LĂ©o se sentit jetĂ© dans le puits d’une tristesse sans fond. Ainsi, le monde n’en finirait pas de se dĂ©faire, tous les chemins s’effaçant ou se perdant, tous les repĂšres s’écroulant. Ni passĂ© ni futur”.

La vie est devenue une survie, dans une “irrĂ©versible fuite, empĂȘchant tout retour”. Et pour tout le monde. Une sorte de nivellement par le bas s’est installĂ©, au grand dam de certains :
“Les plus riches proposent de l’argent pour des rations supplĂ©mentaires, pour prendre une douche, dormir dans un lit. Voir un mĂ©decin. Obtenir quelques litres de carburant… Ils protestent parce qu’on leur explique qu’il faut rationner la nourriture, que leur argent ici comme ailleurs n’a plus cours, qu’il s’agit de s’organiser et faire face en espĂ©rant des jours meilleurs”.

Il en est ainsi jusqu’Ă  la fin, une fin avec de gros guillemets car elle est grande ouverte et tous les chemins sont possibles. Cette fin c’est peut-ĂȘtre l’espoir, Ă  moins que ce soit l’inverse : l’espoir, mĂȘme infime, comme source de vie. A chaque page HervĂ© Le Corre aura accompagnĂ© ses personnages, les quatre femmes de la lignĂ©e surtout mais certains personnages secondaires Ă  la psychologie fouillĂ©e eux aussi. Posant comme Ă  son habitude un regard lucide, bienveillant et dĂ©sespĂ©rĂ© sur le monde d’un demain qui ressemblera bientĂŽt Ă  notre “aujourd’hui”.

DĂšs les premiĂšres lignes, la plume intense d’HervĂ© Le Corre nous saisit et ne nous lĂąche plus. Il a changĂ© de registre littĂ©raire, pas de plume. Cet auteur pourrait nous tenir en haleine le cƓur emballĂ© mais les yeux grands ouverts en dĂ©crivant par le menu une dissection. Sur la premiĂšre page dĂ©jĂ , avec LĂ©o en plein marasme quand il ouvre l’histoire alors que sa mĂšre vient d’ĂȘtre violĂ©e et tuĂ©e par un gang :
“Il convoqua son image mais elle ne vint pas et il en eut le souffle coupĂ©, un sanglot logĂ© dans la poitrine, poing Ă©crasĂ© contre son cƓur.
(…) Le jour bleuissait aux contours des volets. Il s’étonnait toujours de ce prodige : le soleil continuait de se lever sur ce monde finissant qui n’en finissait plus. La planĂšte tournait sur son axe comme une volaille dessĂ©chĂ©e empalĂ©e sur sa broche, mue par un increvable moteur”.

Chez HervĂ© Le Corre, l’environnement joue un rĂŽle important. La ville de Bordeaux et la pluie dans ses polars (et la grande ville de ce roman je pense), ici la nature, plutĂŽt ce qu’il en reste, ce que l’homme en a fait. Certaines descriptions sont d’un rĂ©alisme si visuel qu’il n’y manque, Ă  l’approche des grandes villes, que les zombies qui hantent Ă  foison les sĂ©ries post-apocalyptiques. Mais les mots sont plus forts que les images


L’auteur a toujours eu une grande facilitĂ© pour dĂ©crire ce qui a trait Ă  la souffrance, y compris l’indicible, mais ici on touche la poĂ©sie noire. Une poĂ©sie sombre, atroce mais pure, notamment dans des scĂšnes avec des enfants. Rien Ă  faire, nous sommes piĂ©gĂ©s et nous pleurons.
Parfois un passage poĂ©tique et doux nous surprend – pour une fraction de seconde –, le temps d’un regard Ă©phĂ©mĂšre posĂ© sur une forĂȘt : “Il y a ce moment arrĂȘtĂ© dans la douceur de cette ombre. Rebecca voit entre les feuilles des arbres gigoter des haillons d’un bleu pur. Il y a au-dessus d’elles ce dĂŽme mouvant de la forĂȘt sur quoi la chaleur pĂšse pour en briser la force. Il y a sur les lĂšvres de Rebecca ce sourire tranquille qu’elle ne peut voir, dont elle ne s’aperçoit pas mais dont la petite fille, se tournant vers elle, lui renvoie le reflet dans un Ă©clat de rire”.

CĂŽtĂ© suspense, nous sommes servis, il est constant et toujours au summum malgrĂ© la rĂ©currence nĂ©cessaire – sujet oblige – de certains passages. Chaque fin de chapitre nous laisse sur une attente intense. Nous changeons d’Ă©poque avec les personnages, tout en restant dans notre futur de lecteur effarĂ© par ce qui pourrait bien nous attendre. Pour bien montrer que rien ne redeviendra comme avant, quelques allusions au passĂ©, trĂšs brĂšves, y sont faites, suffisantes pour comprendre les origines “rĂ©centes” du mal de ce futur devenu le prĂ©sent permanent de l’homme.


Un regard sur le livre. C’est simple, je me suis dit : Celui-lĂ , je crois que je vais le relire une fois que je l’aurai refermĂ©. Et je l’ai fait. Cette seconde lecture m’a confortĂ©e dans mon avis : Qui aprĂšs nous vivrez est bien un chef-d’Ɠuvre, une fiction rĂ©aliste, le livre le plus fort de son auteur. Qui ne laissera personne indemne mais nous incitera peut-ĂȘtre Ă  nous interroger sur l’état de la planĂšte et la responsabilitĂ© de chacun d’entre nous, sans nous culpabiliser car les “trĂšs riches” qui, eux, ne se sentent pas concernĂ©s, sont mis en cause. Et sans ĂȘtre jamais dans la dĂ©monstration pure et dure, ce sont les protagonistes qui nous emmĂšnent dans leur course sans fin pour le survie. Comme si nous Ă©tions leurs tĂ©moins.
Un livre inoubliable Ă  coup sĂ»r, auquel on peut penser chaque jour. En (dĂ©)remplissant sa baignoire ou sa piscine, par exemple. En triant mieux ses dĂ©chets et en voyageant moins. Mais bon…


En ces temps difficiles, les dystopies littĂ©raires sortent en nombre. Depuis Malevil (Robert Merle, 1972), il y a eu La Route (Cormac McCarthy, 2007), La Servante Ă©carlate (Margaret Atwood, 1987 en français), De Profundis (2016, Emmanuelle Pirotte), L’annĂ©e du lion (2108, Deon Meyer), et Les Reines (2022, Emmanuelle Pirotte), sans doute la plus littĂ©raire avec ses accents Ă©piques et shakespeariens, et combien d’autres. Toutes nous ont fait froid dans le dos et nous refermĂąmes les plus anciennes (celles du siĂšcle dernier !) avec un grand ouf et un sentiment de sĂ©curitĂ©, mitigĂ© quand mĂȘme. Le futur Ă©tait le futur, point, un espace-temps qui n’existait que dans les livres (et dans les films), et oĂč l’on parlait peu du passĂ©. Tandis que les plus rĂ©centes entremĂȘlent quasiment toujours le passĂ© et le futur, et mĂȘme un passĂ© lointain et un futur proche.

En tant qu’homme, HervĂ© Le Corre jette un regard lucide sur le monde ; il a peur, surtout pour les gĂ©nĂ©rations de moins de cinquante ans (je suis optimiste !). En tant qu’écrivain profondĂ©ment humain, il se sent obligĂ© non de nous faire la morale, loin s’en faut, mais de nous Ă©clairer, nous alerter, nous conseiller d’ouvrir grands les yeux et de regarder, avec des verres Ă  triple foyer si besoin, autour de nous. De ne plus jouer les autruches, maintenant ou jamais.

Dans Qui aprĂšs nous vivrez, le temps s’est resserrĂ©. Le monde s’effondre de plus en plus vite (et plus vite que prĂ©vu), car les hommes dĂ©fient la nature depuis trop longtemps, au lieu de l’accompagner en la respectant.
Certains personnages sont dĂ©sespĂ©rĂ©s au point de vouloir que tout s’arrĂȘte, comme cette femme que Martin ne peut aider dans l’obtention de ses allocations, qui lui assĂšne avec “un sourire doux” : “Vous appelez ça l’ordre, vous. Moi, je prĂ©fĂšre le dĂ©sordre, justement. Ce qui est en train de se passer. Ce qui arrive. Vous attendez que les lumiĂšres se rallument, moi je veux que tout reste dans le noir. Enfin le chaos. La fin de ce monde.” Ca fait froid dans le dos mais c’est sans doute ce que pensent de nombreuses personnes, qui voient dans cette situation une sorte de mise Ă  niveau des humains, comme une justice venue du ciel.

Comme dans tous les romans d’HervĂ© Le Corre (que je vous conseille, tous lĂ  aussi !), les sentiments affluent dans les pages. L’amour entre les hommes et les femmes, trop court mais intense, l’amour familial, filial, l’amour maternel, avec une mention spĂ©ciale pour LĂ©o, Ă  qui sa mĂšre manque cruellement et dont il rĂȘve toutes les nuits
 Sa mĂšre qui lui disait : “On n’existe vraiment que par les regards posĂ©s sur nous. Par l’amour, tu comprends ?”
De quoi nous faire chaud au cƓur dans ce marasme qui les dirige, et nous avec, vers le grand nulle part. D’autant que des personnes lumineuses illuminent les pages, comme un courant d’espoir fait de rencontres solaires. Qui aprĂšs nous vivrez est un livre qui laisse ses lecteurs pantelants, Ă©berluĂ©s, impuissants (?). A tous points de vue. 

Nombre d’autres thùmes chers à l’auteur se retrouvent tout naturellement ici.


Les femmes d’abord. Qui guident leur famille et leur horde dans leur fuite Ă©perdue. MartyrisĂ©es, soumises, violĂ©es, esclaves, elles ne sont tolĂ©rĂ©es par les hommes qu’Ă  la seule condition de leur donner des enfants. Or, HervĂ© Le Corre n’éprouve pas seulement de la bienveillance pour les femmes, il a pour elles un respect sans fin, que l’on retrouve dans chacun de ses romans. Et plus les hommes les violentent, plus il les mĂ©prise. Cette constance fait de lui un auteur qu’il est impossible d’oublier quand on l’a lu une fois, et que l’on reconnaĂźt  Ă  travers ses personnages…

Pour ce qui est des mauvais traitements infligĂ©s aux femmes, Margaret Atwood et sa “Servante Ă©carlate viennent se rappeler Ă  nos souvenirs :“Les femmes n’ont pas d’accĂšs aux cartes de la rĂ©gion. Elles ne connaissent du Domaine que les abords immĂ©diats du bourg. Nul besoin de clĂŽtures. Celles qui envisageraient de s’enfuir ont les pieds entravĂ©s par une chaĂźne impossible Ă  rompre : l’enfant ou les enfants qu’on leur a fait, qu’elles ont dĂ» avoir, cette chair de leur chair engendrĂ©e presque toujours Ă  leur corps dĂ©fendant.”

Les femmes de l’histoire : RĂ©becca, Alice, Nour et Clara, ont toutes le mĂȘme don. Une sorte d’intuition. La transmission se fait par elles, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Elles se comprennent sans mots, devinent les pensĂ©es et pressentent les choses
 Un peu comme les animaux. Chacune des petites filles sera plus forte que sa mĂšre Ă  l’ñge adulte, aguerrie par la vie. Et toutes sont solidaires.
“Clara et Nour demeuraient silencieuses, ne communiquant que par gestes, leurs mains se touchant, se serrant, Ă©treignant une Ă©paule, repoussant une mĂšche de cheveux pour mieux voir le visage de l’autre.”

Parmi les interrogations et les frayeurs des femmes (et des couples), celles des perspectives d’avenir des enfants et la dĂ©cision d’en avoir. C’est tellement vrai aujourd’hui dans notre monde minĂ© de guerres, d’épidĂ©mies : “Les enfants, cette part de nous qui aprĂšs nous vivra” :

“Faire un enfant aujourd’hui, ou mĂȘme hier, quelle folie. Autant accoucher au bord d’une falaise et jeter sans tarder le nourrisson dans le vide. C’est ce qu’ils se disaient avec Martin. À quoi bon faire naĂźtre un bĂ©bĂ© dans ce monde-ci ? Leurs amis pensaient la mĂȘme chose. No future, no kids, rĂ©pĂ©taient-ils, hĂąbleurs et rĂ©signĂ©s. Mais ils avaient fĂȘtĂ© tous la naissance d’Alice pendant deux jours, ivres d’alcool et de joie, voulant y voir une promesse, une ouverture vers le pays des merveilles. Dix ans aprĂšs, mon cƓur, ma colombe, vois oĂč nous en sommes. OĂč sont les enfants ?”

Ou encore : “Nour ne savait pas quoi espĂ©rer pour Clara. Depuis longtemps on n’espĂ©rait plus rien pour les enfants, sinon leur Ă©viter le pire. Fuir le passĂ©, redouter le lendemain. S’effrayer de les perdre un jour ou de devoir les laisser sans pouvoir plus rien pour eux”.


Les femmes ne sont pas les seules à avoir peur. Tous les personnages sont en proie à la frayeur. Notamment le petit Léo. Ce passage, relaté par Marceau son pÚre, est impossible à lire les yeux secs dans son contexte :
“Il avait six ans, il tremblait de peur et moi je le dĂ©testais parce qu’il ne s’Ă©tait pas battu avec ces criminels. On est montĂ©s pour la voir et on est restĂ©s auprĂšs d’elle. LĂ©o ne pleurait pas. Il ne disait rien. Il la touchait du bout des doigts, l’embrassait doucement, silencieux et lĂ©ger comme s’il craignait de la rĂ©veiller”.

Et puis la peur de continuer, de vivre, de mourir tout court :

“RĂ©becca repense Ă  son pĂšre : “Un nouveau Moyen Âge, disait-il. C’est vers ça qu’on va. Un temps de seigneurs et de gueux. De maĂźtres et de serfs. D’obscurantisme. Ma pauvre petite fille. Quel monde on va te laisser.

Nous sommes peut-ĂȘtre en train de devenir des animaux misĂ©rables. Ou de misĂ©rables animaux capables de nous battre pour notre ration quotidienne quand on sait qu’il n’y en aura pas pour tout le monde.”

TrĂšs prĂ©sente dans les pages elle aussi : la religion, dans un tel chaos gĂ©nĂ©ralisĂ©, intervient fatalement. Avec ses fanatiques. Ici, il y a de la place “pour tout le monde” : Les groupes religieux s’Ă©taient unis pour prendre le contrĂŽle des communautĂ©s humaines qui tentaient de survivre aux Ă©pidĂ©mies et Ă  la guerre gĂ©nĂ©ralisĂ©e”.

“Dieu est grand. Mahomet et JĂ©sus-Christ sont ses prophĂštes”., lisons-nous. Ainsi soit-il.

Les nouveaux prophĂštes ont l’apparence physique des intĂ©gristes musulmans et les atours des intĂ©gristes chrĂ©tiens : ce sont des directeurs de conscience avec, sous (ou Ă ) leurs ordres, une hiĂ©rarchie militaire, des gradĂ©s dont on ne sait strictement rien.
Le peuple en a peur mais s’oblige Ă  y croire malgrĂ© leurs propos ridicules :

“D’autres, juchĂ©s sur des escabeaux, depuis que tous les Ă©crans se sont Ă©teints et que l’information ne se dĂ©verse plus dans les Ă©gouts habituels, haranguent les passants, les files d’attente, et annoncent la venue d’un prophĂšte, la colĂšre de leur dieu, la mort de tous les dieux, le dĂ©crochage de la lune de son orbite, le ralentissement de la rotation terrestre jusqu’à son arrĂȘt complet, la fin du capitalisme, l’extinction de l’espĂšce humaine, l’arrivĂ©e prochaine d’extraterrestres dont les vaisseaux gigantesques ont Ă©tĂ© repĂ©rĂ©s depuis des annĂ©es sans qu’on en sache rien
”.


Enfin le sujet principal du roman : l’exode, constitue l’essentiel de la vie des survivants. Cet exode fait forcĂ©ment penser Ă  La Route de Cormac McCarthy, mais pas seulement : Ă  De profundis
 et surtout aux Reines d’Emmanuelle Pirotte, somptueuse fiction dystopique dans laquelle se dĂ©placent en Europe des troupes itinĂ©rantes de Gitans, les “Fils du Vent” Ă  bord de caravanes tractĂ©es par des chevaux. On ne dira jamais assez ce que nous devons Ă  ces nobles bĂȘtes et ce que nous leur avons fait endurer de tous temps. Ici nous lisons :
“L’aube se leva, transparente, presque fraĂźche, alors qu’ils s’éloignaient sur la route au pas tranquille du cheval”.

Cette fuite sans fin, ces marches forcĂ©es sur des routes qui n’en sont plus, bordant des champs de ruines et des forĂȘts calcinĂ©es, ces marches interminables vers un ailleurs que l’on sait identique au prĂ©sent, et ces files d’exilĂ©s hagards et puants nous ramĂšnent Ă  d’autres pĂ©riodes dont les deux guerres mondiales du XXe siĂšcle, qui font ici presque figure de dĂ©tails :
“Se dressait face Ă  l’église un monument Ă©voquant une guerre ancienne, un carnage commis deux siĂšcles plus tĂŽt, mĂ©moire ensevelie sous les bilans des dĂ©sastres qui avaient depuis balayĂ© les neuf dixiĂšmes de l’humanitĂ©â€.

Et plus loin dans les pages il est dit que ces guerres n’existent plus que dans les mĂ©moires des plus anciens, qui ont entendu leurs ancĂȘtres en parler car : “Des guerres, il y en a eu d’autres depuis. Ça n’a jamais cessĂ©, jusqu’à aujourd’hui, au point oĂč ils en sont. Des survivants, voilĂ  ce qu’ils sont. Dans les annĂ©es 40 du siĂšcle dernier, prĂ©cise Mathilde. Il y a plus d’un siĂšcle. Plus personne ne s’en souvient. La France occupĂ©e par les Allemands. Des rĂ©sistants ont pris les armes pour les chasser. Hitler, elle ajoute. Les nazis. Ils avaient des camps oĂč ils tuaient des gens par millions. C’est difficile Ă  dire, comme ça, en trois mots”.


Pour finir, je dirai que ce livre est sombrissime (allez, on dit que ce mot existe, on est dans l’urgence !) et que l’on peut se demander s’il s’agit bien d’un roman. Le roman refermĂ©, en pleurs et le cƓur broyĂ©, une question nous taraude : oĂč est l’espoir, cette fois-ci ? Le rai de lumiĂšre qu’HervĂ© Le Corre rĂ©ussit Ă  glisser dans tous ses romans ? Existe-t-il seulement ?
Et le voici pourtant, l’espoir, cachĂ© dans quelques phrases deci-delĂ , comme pour “justifier” l’exode :
“Ils dirent plutĂŽt les bonheurs minuscules et les petits matins, la vie opiniĂątre, l’entĂȘtement du jour, le courage d’y croire, de se lever, de rester debout, de tenir peut-ĂȘtre parce que les femmes et les hommes sont aussi faits comme ça, pour ça. Tenir. Penser au lendemain en remettant le futur Ă  plus tard”.
Plus loin : “Cette obstination Ă  vivre, cette force animale qui fait qu’on se relĂšve mĂȘme Ă©reintĂ©, mĂȘme en larmes, quand on voudrait rester couchĂ© avec les morts, cette persistance d’herbe folle germant aprĂšs le feu ou brisant les macadams et les bĂ©tons pour trouver la lumiĂšre. Ça. Cette Ă©nergie des enfants, le courage qu’ils ont de jouer et de rire au cƓur des tragĂ©dies, affrontant leur malheur dans des nuits sans sommeil”.

Ou mĂȘme dans ce dialogue entre Alice et Miguel, vieil homme sage et bienveillant qui a aidĂ© de nombreux exilĂ©s dont Alice et les siens.

– L’espoir nous fait souvent le cƓur gros. C’est une attente qui peut dĂ©courager.
– Et si on espĂšre rien? – Alors on meurt. On se tue. Pourquoi on s’accroche Ă  la vie mĂȘme quand tout semble perdu, d’aprĂšs toi ?
– Parce qu’on a peur de la mort. Pur instinct de survie. Les animaux n’espùrent rien et ils font tout pour survivre.

– Les animaux n’ont pas peur de la mort. Ils n’ont pas conscience de leur fin inĂ©luctable. Et survivre n’est pas vivre. Nous ne sommes pas des animaux”.
Quelques lignes plus tard : “On en revient Ă  ce qu’on disait. À cet instinct. C’est un espoir secret, comme un moteur silencieux qui nous fait tenir debout et mettre un pas devant l’autre”.


VoilĂ . Reste Ă  dire ou redire que ce dernier roman d’HervĂ© Le Corre est beau Ă  pleurer, rempli de tristesse, de bienveillance, de peur et de dĂ©sespoir. Et d’une immense humanitĂ©. Avec des scĂšnes poignantes Ă  tous les coins de villages.

Pour chaque groupe sur les routes et Ă  toutes les Ă©poques c’est “le chaos de l’exode ou de la mort”.
“Ils se mirent en route lentement, bossus et pesants, les uns derriĂšre les autres. Marchant les bras ballants, tassĂ©s sous leur charge, on aurait dit une famille de grands singes difformes”.

Il est trop tard pour tout, l’homme a tant tirĂ© sur la corde qu’il l’a rompue, les bornes ont explosĂ©. L’auteur nous le dit en ces termes :
“Nour ne voyait aucune issue, aucune destination Ă  cette errance dans les ruines d’un monde qui ne renaĂźtrait pas de ses cendres, tant il avait Ă©tĂ© mĂ©ticuleusement dĂ©truit avec une science instinctive du saccage, un talent toujours renouvelĂ© du massacre, une obstination bestiale dans l’erreur. Elle avait lu qu’au dĂ©but du siĂšcle dernier les humains avaient commencĂ© Ă  apercevoir le danger mortel qui les menaçait, mais les puissants et les riches avaient choisi d’ignorer les alarmes et continuĂ© de jouir de leur domination. Dans un lointain passĂ©, dans ce que certains vieux qu’elle avait connus appelaient l’Histoire, les rescapĂ©s des exterminations, des gĂ©nocides, des guerres totales, sortis des camps, des forĂȘts, des caves, avaient retrouvĂ© assez de force pour se relever et se remettre Ă  vivre et Ă  espĂ©rer malgrĂ© les abĂźmes de dĂ©sespoir oĂč on les avait jetĂ©s mais ils avaient pu le faire dans un monde en reconstruction, flanquĂ©s d’enfants heureux et de fantĂŽmes effarĂ©s. Aujourd’hui, les enfants Ă©taient effarĂ©s et les fantĂŽmes pleuraient sans fin.”

En dĂ©pit de sa chronologie distendue, qui incite Ă  faire une mise au point Ă  chaque dĂ©but de chapitre : oĂč et quand sommes-nous ? l’histoire se lit facilement et ne se lĂąche pas. Ce sont les groupes de personnes – les mĂȘmes dans un pĂ©riple du dĂ©but Ă  la fin –  et les femmes qui les mĂšnent qui nous indiquent l’espace-temps.

La derniĂšre question que je me suis posĂ©e est : “Comment est-ce possible ?”. AprĂšs avoir lu ce roman je devrais plutĂŽt m’en poser une autre : Quand ?
“Demain”, c’est le mot de la fin.

Merci Monsieur Le Corre pour toutes ces “belles” histoires noires que vous nous donnez Ă  lire. Merci de nous bouleverser Ă  ce point, de nous faire mal. De nous dĂ©chirer en nous donnant des raisons d’espĂ©rer : les aubes et les femmes grandioses. Merci d’aimer et respecter autant les femmes.  Merci d’avoir peur et de partager cette peur avec nous. Mais qui sait, on n’est qu’en 2024




AU FIL DES PAGES, DES MORCEAUX CHOISIS POUR LEUR FORCE NARRATIVE


Sur le dĂ©clenchement final, la grande panne, quand la fĂ©e Ă©lectricitĂ© jette l’Ă©ponge dans une scĂšne apocalyptique. On est en 2051 et c’est le commencement de la fin :
“Cette panne. Jamais on n’en a connu de si longue, de si Ă©tendue. L’électricitĂ©, les rĂ©seaux. Tout ce qui tenait encore Ă  peu prĂšs debout des sociĂ©tĂ©s chancelantes. Les Ă©oliennes, les centrales solaires sont dĂ©connectĂ©es. Tout ce qui fonctionnait encore sur batteries s’arrĂȘtera dans quelques heures. Quelques panneaux permettent de recharger deux ou trois appareils, tĂ©lĂ©phone ou ordinateur, mais Ă  quoi bon quand il n’existe plus de connexion ? (…) Aujourd’hui, la nuit tombe sur le siĂšcle. (…). J’étais lĂ  quand tout a vraiment commencĂ© Ă  finir.”

Vingt annĂ©es avant la grande panne. Le dĂ©but des migrations et des lois pour les encadrer et fermer les frontiĂšres. Vous voyez une coĂŻncidence avec ce que nous entendons aux infos aujourd’hui ? Moi aussi. DĂ©pĂȘchons-nous de comprendre que le big bang ne touchera pas que les exilĂ©s et que nous ferons peut-ĂȘtre partie de leurs hordes s’ils nous acceptent.
“Ils (Martin et RĂ©becca) ont grandi dans la vieille Europe gouvernĂ©e par des autocrates dĂ©ments, guerriers bornĂ©s, bouclĂ©e telle une forteresse, toute la misĂšre du monde se pressant au pied de ses murailles barbelĂ©es gardĂ©es par des armes autonomes, se noyant dans des mers infranchissables, leurs canots chavirĂ©s, leurs esquifs coulĂ©s par les garde-cĂŽtes”.

“RĂ©becca revoyait les images qu’elle avait toujours connues des interminables colonnes de rĂ©fugiĂ©s chassĂ©s par les inondations, les famines, les guerres ou les Ă©pidĂ©mies, millions de damnĂ©s claudiquant, piĂ©tinant, se traĂźnant, poussant des carrioles, battant des Ăąnes fourbus, femmes, hommes et enfants chargĂ©s de sacs et de colis, misĂ©rables bardas arrachĂ©s Ă  leur vie de misĂšre”.
Et plus loin : “C’était la mĂȘme misĂšre, en pire. La famine. La sĂ©cheresse. La guerre depuis cinq ans. Je lui ai parlĂ© des bateaux que les garde-cĂŽtes europĂ©ens coulaient au large de la Corse ou de la Sicile. Je lui ai parlĂ© des camps d’internement, de la malnutrition, des maladies, de la violence. Je lui ai dit qu’à bord il y avait des dizaines de gamines comme moi et dans les camps oĂč elles se prostituaient pour pas crever de faim et que c’était pareil.”

“Notre monde. C’est donc en train de se produire, ce dĂ©sastre global, aprĂšs trente ans de guerres, de pandĂ©mies, de terres submergĂ©es, brĂ»lĂ©es, dĂ©sertifiĂ©es, irradiĂ©es, avec ces millions et millions de dĂ©placĂ©s enfermĂ©s dans des camps, ces infravilles surpeuplĂ©es, oĂč l’on crĂšve derriĂšre les clĂŽtures de fer et d’électronique”?

Des scĂšnes hallucinantes sont dĂ©crites avec une plume enflammĂ©e jusqu’au lyrisme – et sans grandiloquence –, et des dĂ©tails visuels si rĂ©alistes que l’on s’y croirait presque, comme ici :
“La forĂȘt morte s’étendait aussi loin que le regard portait. Les troncs calcinĂ©s, couchĂ©s les uns sur les autres par les tempĂȘtes, Ă©mergeaient d’un fouillis de fougĂšres et d’ajoncs. Des branches noires se dressaient au-dessus de ce chaos comme les ultimes appels au secours de gĂ©ants brĂ»lĂ©s vifs”. (…) “La lune pĂąle se couchait dans un ciel indolent oĂč s’effilochaient les nuages.Quelques Ă©toiles finissaient de s’éteindre en tremblotant”.
“ Au vent chaud soufflant du sud-ouest les feuilles des jeunes arbres chuchotaient leur plainte, petite foule endurant son calvaire”.

La derniÚre génération de la lignée, celle des enfants, se pose de justes questions :
“Clara ne comprenait pas que les gens de ces temps-lĂ  n’aient rien fait pour empĂȘcher le dĂ©sastre annoncĂ© depuis longtemps”.
“On dansait au bord du gouffre, disait souvent Rebecca pour qu’elle comprenne. On savait tous que ça arriverait mais on ne savait pas quand. Ni comment. On s’attendait au pire, mais pas à ça”.
“Quelque chose s’est produit, voilĂ  presque un demi-siĂšcle, dont le mĂ©canisme s’était enclenchĂ© bien plus tĂŽt, une faille profonde travaillant en silence dans les consciences, un doute rĂ©enfoui aprĂšs chaque sĂ©isme : gĂ©nocides, tyrannies, guerres, catastrophes, mais activĂ© de nouveau Ă  force d’oubli dans les esprits anesthĂ©siĂ©s par l’illusion marchande et l’égoĂŻsme Ă©rigĂ© en forteresse intime jusqu’au Big One quand toute l’énergie destructrice accumulĂ©e par le systĂšme s’était libĂ©rĂ©e. L’humanisme n’était qu’un nid de frelons dĂ©sertĂ© depuis longtemps par les Ă©vangĂ©listes bourdonnants et il s’effritait et se pulvĂ©risait au moindre contact, sans poids, inconsistant”.


Les raisons du chaos selon Miguel, ou comment dire bien haut demain ce que beaucoup pensent tout bas aujourd’hui :
“Toute la fin du siĂšcle dernier et au dĂ©but de celui-ci les alertes ont Ă©tĂ© donnĂ©es, sonnĂ©es, gueulĂ©es. Il fallait changer de logique, cesser la fuite en avant de l’aviditĂ©, de la rapacitĂ© des puissants de ce monde qui saccageaient la planĂšte et les peuples par tous les moyens possibles. Catastrophes climatiques, famines, pandĂ©mies, guerres. La misĂšre et la barbarie partout. On voyait chaque jour le monde imploser mais on Ă©tait trop peu nombreux Ă  se rebeller. Les gens s’imaginaient qu’ils Ă©chapperaient au pire. Ils achetaient des climatiseurs, des tĂ©lĂ©phones neufs, ils prenaient des avions, ils regardaient les guerres sur leurs Ă©crans, soulagĂ©s qu’elle se dĂ©roule loin d’eux, pleurnichant de temps Ă  autre sur les malheurs du monde pour mettre Ă  jour leur bonne conscience. Pendant ce temps perdu, les maĂźtres de ce monde-lĂ  conduisaient Ă  pleine vitesse vers le bord de la falaise et nous demandaient Ă  nous, pauvres cons, de retenir le bolide pour l’empĂȘcher de basculer. Ils pensaient peut-ĂȘtre qu’ils parviendraient Ă  sauter en marche et quelques-uns ont dĂ» le faire… A cette heure, il en reste probablement dans des forteresses en NorvĂšge ou en Alaska, va savoir, gardĂ©s par leurs milices”.

Une réponse

  1. Que dire aprĂšs une telle chronique ? L’avenir que dĂ©crit HervĂ© Le Corre n’est pas une dystopie mais est bel et bien Ă  nos portes et si nous continuons de ne rien faire, inexorable.
    La fin peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e diffĂ©remment selon que le lecteur voit le verre Ă  moitiĂ© vide ou Ă  moitiĂ© plein.
    Je dĂ©couvre HervĂ© Le Corre Ă  travers ce roman. On sent chez lui un profond respect des femmes en particulier et de l’humanitĂ© en gĂ©nĂ©ral. Je m’en vais de ce pas lire un de ses romans prĂ©cĂ©dents, dont la SL ne m’a dit que du bien. Pourquoi pas un polar noir ?

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