L’homme sous le manguier (extrait de L’année du lion), de Deon Meyer

par | 21/04/2020

J’ai lu « L’année du lion » au moment où le coronavirus commençait
à se répandre en Europe et la panique à s’installer.
Ce fut mon premier roman confinée. Vers la mi-mars.
Arrivée à ce passage, j’étais si interloquée que j’ai dit à mon mari :
« Ecoute bien ce que je suis en train de lire »,
et lui ai lu l’extrait ci-dessous.
Il m’a dit : « ah quand même ! »
Ma réponse fut celle que je lui fais toujours :
« Bah oui. Tout est dans les livres »…

On sait que la Fièvre est venue de l’Afrique. On sait que deux virus ont fusionné : un virus humain et un virus de chauve-souris. À l’époque on a beaucoup écrit là-dessus, avant que tout le monde ne meure.
Un médecin a déclaré dans un magazine que personne ne savait exactement comment cela avait commencé, mais il a proposé un scénario. Quelque part en Afrique tropicale, un homme dort sous un manguier. Ses défenses immunitaires sont affaiblies car il est séropositif et n’est pas soigné. Il a déjà un coronavirus dans le sang. Ce n’est pas étonnant, le virus à couronne est assez répandu. À l’époque précédant la Fièvre, on en connaissait au moins quatre qui étaient responsables de symptômes grippaux chez l’homme.

Le coronavirus infecte aussi les animaux. Les mammifères et les oiseaux.
Dans le manguier se trouve une chauve-souris avec un autre type de coronavirus dans le sang. La chauve-souris est malade. Elle a la diarrhée et crotte sur le visage du dormeur, sur ses yeux ou son nez ou sa bouche. Maintenant, l’homme a les deux coronavirus dans le sang et ils se multiplient dans ses voies respiratoires. Et leur matériel génétique se mélange. Un nouveau coronavirus est né – un virus qui se transmet facilement et qui cause une maladie très grave.

L’homme du manguier vit dans une communauté pauvre où les gens habitent dans une grande promiscuité et beaucoup d’entre eux sont séropositifs. L’infection se répand rapidement et le virus continue sa mutation. Une des mutations est parfaite. Ce virus se propage par voie aérienne et la personne infectée a le temps de contaminer un grand nombre de victimes avant de mourir.

Un des parents de l’homme du manguier travaille dans un aéroport de la grande ville. Il a le virus parfait dans le sang. Il tousse près d’une passagère juste avant qu’elle ne prenne un vol pour l’Angleterre.
En Angleterre se tient une importante rencontre sportive internationale.
Tous les pays développés ont mis au point des protocoles en cas de maladies mortelles transmissibles. La plupart des pays en voie de développement ont même des stratégies détaillées pour parer à cette éventualité. Il y a des directives et des systèmes prévus en cas d’épidémie. En théorie, ils devraient fonctionner. Mais la nature se moque des théories. La faillibilité humaine se moque des théories.
(Source : Deon Meyer : « L’année du lion », Editions du Seuil, 2017, pour la traduction française). Chronique suit dans ces pages).

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