Les choses humaines, de Karine Tuil

par | 9/02/2020

Sorti en décembre 2019 chez Gallimard. Roman. 352 pages. Prix Interallié et Prix Goncourt des lycéens 2019.

La première partie du livre présente la famille Farel qui est au centre de ce roman. Le père Jean Farel, journaliste politique influent, s’accrochant au pouvoir, craignant le déclassement. Sa femme Claire est essayiste connue pour ses positions féministes. Leur fils Alexandre, étudiant brillant est cependant vulnérable, blessé dans sa vie intime.
Tout semble réussir à cette famille mais elle présente des failles, le couple se détricote et chacun entretient une relation hors mariage. Elle va se désagréger lorsqu’Alexandre est accusé de viol.

La deuxième partie du livre s’attache au procès. Elle présente le factuel, les témoignages, les plaidoiries, le verdict. C’est la démonstration judiciaire très éloignée de la morale des réseaux sociaux. Le lecteur devient juré, prend conscience de la difficulté de rendre la justice. Les plaidoiries interrogent la zone grise du consentement, mettent en lumière le fait que chaque famille fonctionne avec des codes culturels différents qui amènent un rapport à la sexualité très différent lui aussi.
Cette partie s’attache aussi à montrer le déni de l’agresseur, la destruction de la victime.
Le personnage de Claire est très intéressant car il permet de montrer comment selon notre position et les événements qui nous touchent, nos convictions peuvent vaciller. Féministe, Claire remet un moment en cause la parole de la victime. Elle fait un retour sur sa vie affective et sociale et s’accuse : « …Toute sa vie durant, elle n’avait fait qu’agir en contradiction avec les valeurs qu’elle prétendait publiquement défendre. C’était ça la violence ; le mensonge – une représentation falsifiée de son existence. Le déni ; la voie qu’elle avait substitué au réel pour pouvoir le supporter… ».

Si ce roman a été controversé (en particulier par Le Masque et la plume) accusant Karine Tuil d’opportunisme, de surfer sur l’air du temps, pour ma part, je l’ai trouvé passionnant dans sa façon d’interroger notre époque. Elle nous amène à nous questionner sur les incohérences de notre société, les rapports entre hommes et femmes, le monde hypocrite de certaines de nos élites, les rapports de domination, les réseaux sociaux, le communautarisme…

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