La panthère des neiges, de Sylvain Tesson

par | 19/02/2020

Sorti en octobre 2019 chez Gallimard, Collection Blanche. Roman/récit de voyage. 176 pages. Prix Renaudot 2019.

Aimez-vous Sylvain Tesson ? Si vous ne l’aimez pas, passez votre chemin, tant pis pour vous !


Personnellement, j’adore son écriture… Et dans ce livre-là il s’est surpassé. Je recopierais bien tout le livre. Non, il vaut mieux l’acheter, l’emprunter et le savourer comme une gourmandise de mots. Je vous assure, on se pourlèche de son vocabulaire, des sublimes descriptions de ces paysages tibétains. Il les déroule devant nos yeux émerveillés comme des peintures, des calligraphies. Il y a des glacis, des lavis, du moucheté, de la soie, des encriers, une patine de jais, des éclaboussures, une ponctuation de yacks… Et dessus, la mouvance, la fulgurance des animaux sauvages…
Et pour le même prix, on a l’érosion en accéléré ! C’est tellurique, géologique, zoologique (carnassiers, herbivores se livrant à des luttes nocturnes et sans pitié). L’auteur y ajoute de la philosophie taoïste ou non.

Enfin, comment pourrais-je l’oublier : de l’humour… Plus d’une fois j’ai ri. La panthère des neiges vous dépayse totalement ; par-dessus le marché, il est drôle, cela ne se refuse pas. C’est un livre que l’on déguste bien au chaud quand les protagonistes de cette aventure peinent entre 4000 et 5000 mètres d’altitude, avec des températures de – 35° !

Je n’ai pas encore parlé de l’affût. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Tesson est parti dans ces contrées perdues pour accompagner Vincent Munier, grand photographe animalier, à la rencontre de la panthère des neiges. Alors on imagine ce grand bavard s’il en est, garder le silence durant des heures. Mais chaque animal a son importance. Les humains regardent et sont regardés. Tesson apprend le silence et le non agir… Mais son cerveau travaille !

Ainsi page 44 : « Le soleil transmutait la poussière en sillage d’or qui retombait en filet rouge. Les pelages vibraient dans la lumière, donnant l’illusion d’une vapeur. Munier, adorateur du soleil, se débrouillait toujours pour se poster dans les contre-jours. C’était un paysage de désert minéral que des mouvements magmatiques auraient hissé au ciel. Ces spectacles constituaient l’héraldique de la haute Asie : une ligne de bêtes au pied d’une tour posée sur un glacis. Tous les jours, dans les à-plats arasés, nous prélevions nos visions : des rapaces, des pikas le nom des chiens de prairie tibétains , des renards et des loups. Une faune aux gestes délicats adaptée à la violence des altitudes ».

Voilà c’était juste une mise en bouche !

LE GRAIN DE SEL DE LA SL
Sylvain Tesson, un de mes chouchous français. Je n’aurai pas l’outrecuidance de dire que j’ai lu tous ses livres car ils sont nombreux et d’autres auteurs me font signe quand je passe devant mes PAL, mais j’en ai lu et adoré beaucoup et  il y en a toujours un qui traîne dans la chambre, voire sur la table de nuit ­­­- ses aphorismes génialissimes, qui se picorent comme de petits poèmes, ce qu’ils sont souvent !
Je lirai bientôt l’histoire de cette rencontre homme-animal et aurai du mal à ne pas y revenir dans une autre chronique, c’est certain.
Dans sa chronique, j’ai noté que Josiane insiste sur l’aspect pictural des scènes décrites. C’est l’artiste-peintre qui parle en elle – et il est vrai que, d’une manière générale, certaines descriptions littéraires évoquent des tableaux. Ce qui me fait penser à ces vers tirés du poème « Correspondances » de Baudelaire (Les fleurs du mal, 1857) :

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Enfin, si vous cela vous dit, une petite interview de l’auteur dans le lien ci-dessous :

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