Et que le vaste monde poursuive sa course folle, de Colum McCann

EN DEUX MOTS Des personnages pour lesquels on éprouve une profonde empathie. Une écriture qui varie suivant les points de vue, les contextes. Amitié, générosité, suspense… On sort de là avec l’impression d’avoir vécu plusieurs vies.
Sorti en 2009 chez Belfond. Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre. Titre original : Let The Great World Spin. Roman. 436 pages. Sorti en poche chez 10-18 en novembre 2010. Version lue.

Colum McCann est né à Dublin en février 1965. Il a commencé son parcours dédié à l’écriture par des études et une carrière de journalisme. À 21 ans il se rend aux États-Unis, qu’il parcourt en tous sens (20 000 km) en multipliant les petits boulots. Après un séjour au Japon il se fixe jusqu’à ce jour aux États-Unis.
Il vit à New-York avec sa famille, il y enseigne l’écriture littéraire à l’Université.

Après plusieurs recueils de nouvelles et romans, parmi lesquels Le chant du coyote, Danseur et Zoli, Colum McCann accède à la notoriété avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle en 2009. C’est justement ce roman fabuleux que je viens de lire avec passion ! Un long titre pour un roman très dense de 430 pages. Son dernier roman, Apeirogon, vient de sortir chez Belfond.

Ce roman est tellement hallucinant, vertigineux, tourbillonnant ! L’auteur a fait si fort que je me demande comment il a pu rester à la hauteur (au sens propre comme au figuré) dans les livres suivants ! Le fil conducteur qui relie sa pléiade de personnages n’est ni plus ni moins qu’un câble d’acier tendu entre les deux sommets des tours jumelles du World Trade Center (elles étaient encore là !), sur lequel un prodigieux funambule marche, s’allonge, fait des entrechats. Ce qui constitue le seul fait réel de ce roman.

L’écrivain manipule ses personnages avec une telle maestria, dans un tel tourbillon que l’on se croit perdu alors qu’il faut juste se laisser porter car… tout se pose à la fin.

Des personnages au caractère bien trempé, pour lesquels on éprouve une profonde empathie. Ils sont plus étonnants et plus attachants les uns que les autres… Enfin tout de même mon chouchou c’est Corrigan, cet Irlandais mystique qui du haut de son appartement dans le Bronx protège les prostituées du coin et éprouve un impossible et immense amour pour une Sud-américaine…. Deux prostituées noires, la mère et la fille (les petites échapperont-elles à cette « profession ») ? Un groupe de femmes d’horizons divers qui se rencontrent pour évoquer leurs fils disparus au Vietnam…

Une écriture, je devrais dire des écritures… Elle varie suivant les points de vue, les contextes. Fluide et poétique en Irlande, elle se fait hachée et technique pour un langage informatique. Un accident sur une voie rapide décrit comme si vous y étiez, des sensations de vertige absolu avec le funambule, des larmes avec ces mères qui ont perdu leurs fils. Amitié, générosité, suspense… on sort de là avec l’impression d’avoir vécu plusieurs vies.

DEUX EXTRAITS, mais j’aurais pu en noter des dizaines…

Des heures et des heures de folie et de fuite. Une cité victime du vent et des voleurs. Entre les blocs, les courants d’air faisaient la météo, jouaient tout l’été avec les sacs plastique et les vieux dans la cour, avec les dominos sous les détritus du ciel. Les sacs claquaient comme des fusils ».

« Il est en deux secondes l’essence du mouvement, il peut faire ce qu’il veut. Dehors, dedans son corps, dans le bonheur d’appartenir à l’air, sans passé, sans avenir- et les caprices jaillissent sur le fil. Il transporte sa vie d’une extrémité à l’autre. Bientôt il n’aura plus conscience de respirer et il le sait ».

Et que le vaste monde poursuive sa course folle fut pour moi un véritable coup de cœur.
Si vous ne l’avez pas déjà lu, précipitez-vous… C’est un roman qui vous fera à coup sûr oublier le confinement !

par | 5/11/2020

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