En voiture, Simone ! d’Aurélie Valognes

EN DEUX MOTS :
Amateur de nanar,
ou de romans de gare,
ce roman est pour toi.
Sinon, ton chemin passeras.
Les sept premières lignes : « Jacques avait toujours été du genre à dépasser les limites. Alors, le soir du réveillon, quand sa femme et lui se retrouvèrent dans la salle de bains pour se préparer, Martine trouva important de rappeler à son mari qu’il ne s’agissait pas d’un Noël comme les autres. Il fallait être irréprochable, l’équilibre de la famille en dépendait. »
Roman paru au Livre de Poche en 2017, 247 pages. Initialement publié en 2016 chez Michel Lafon sous le titre : Nos adorables belles-filles.

Qu’on se le dise, l‘été 2021 marque le grand retour de Janette sur Bouquivore et de sa rubrique « Tombés des mains ». La recherche du Nanar Absolu est une quête sans fin, mais je crois bien avoir déniché un pur joyau avec ce roman d’Aurélie Valognes. Cela n’engage évidemment QUE moi, cette chronique étant bien sûr purement et hautement subjective.

Quelques mots sur l’auteure 
Née à Châtenay-Malabry en 1983 dans une famille modeste, Aurélie Valognes publie son premier roman, Mémé dans les orties en 2014, d’abord en autoédition, puis au Livre de poche. Le succès est au rendez-vous, avec plus de 1 000 000 d’exemplaires vendus et le roman est traduit dans plus de quinze pays.Elle publie entre 2016 et 2020 un roman chaque année, avec toujours le même succès. Elle y aborde des thèmes de société à la mode comme l’échec scolaire, les droits des femmes, la solitude des personnes âgées et l’environnement.

L’histoire maintenant (enfin, ce que j’en ai lu)
Quelque part en Bretagne un soir de réveillon de Noël, Jacques et Martine Le Gennec, la petite soixantaine, se préparent avant l’arrivée de leurs trois fils et de leurs familles respectives. Si Lui ne semble préoccupé que par la cuisson à point de son chevreuil, Elle ne souhaite qu’une chose, que tout se passe bien et surtout faire bonne figure devant la nouvelle (et énième) compagne de leur fils Nicolas…

Le style : Insipide. En témoignent ces quelques morceaux choisis.

« Elle s’appelle comment, déjà ? Jeanne, c’est ça ? Ça me stresse de devoir retenir un nouveau prénom à chaque fois ! J’ai peur de gaffer. Et puis, si on pouvait arrêter de faire peindre un nouveau bol chaque année, on gagnerait de la place dans les placards. Mais, tu m’écoutes au moins Jacques ? »

« Absorbé à faire rentrer son ventre dans sa nouvelle chemise ajustée, le père de famille était ailleurs. S’il y avait une chose qui lui tenait à cœur, c’était le respect des traditions. Et la tradition dans la famille Le Gennec c’était le chevreuil à Noël. »

« Mais tu ne crois pas que ça va être trop cuit si je laisse le chevreuil quatre heures dans le four ? »

Mon avis sur le livre. Jolie couverture rappelant la nappe en Vichy ou la toile cirée de la table de cuisine d’une maison de vacances. Un titre qui prête à sourire et qui promet une lecture amusante ou tout au moins agréable.

La réunion familiale, théâtre de l’affrontement entre générations, tradition et modernité, mais aussi viandards et végétariens, aurait pu être truculente et jouissive.

Echec sur tout la ligne : impossible d’aller au-delà de la page 46. Pas une fois je n’ai ri ou souri au cours de ces 46 pages.

Je n’irai pas par quatre chemins, on se croirait dans une mauvaise pièce de Boulevard ou dans Scènes de ménage (celles et ceux qui ont zappé dessus par inadvertance un soir d’ennui comprendront).

Impossible de trouver le moindre charme aux personnages. Le père de famille est un beauf égocentrique fan de Michel Sardou (j’entends d’ici Cathy me dire qu’on frôle le pléonasme) obsédé par la cuisson de son chevreuil ; la mère ne semble être là que pour faire le tampon entre son mari et leurs belles-filles. Quant aux autres personnages, si je n’ai pas passé assez de temps en leur compagnie pour m’en faire une opinion, j’ai néanmoins été surprise par le manque de bienveillance et de tendresse qui règne entre les membres de cette famille.

Cerise sur le gâteau, le style volontairement populaire (ah ! les titres des chapitres : Joyeux Noël Félix !, Les chiens ne font pas des chats, À la bonne franquette !) ne fait que renforcer l’impression de beauferie générale.

A noter que je n’ai pas compris le rapport entre le nouveau titre du roman et son intrigue, si ce n’est qu’il est « raccord » avec ceux des autres œuvres d’Aurélie Valognes : Mémé dans les orties (2014), Minute, Papillon ! (2017) ou encore Au petit bonheur la chance (2018). Espérons que l’auteure ne nous gratifiera pas d’un nouveau roman pour chaque expression populaire !

Soulignons enfin qu’il ne s’agit que d’un second roman et que l’auteure dispose d’une marge de progression conséquente.

Qui lira verra. Ou pas.

QUELQUES CITATIONS POUR LA ROUTE

« Ça, pour faire les trente-cinq heures, il y a du monde, mais pour allumer son cerveau et lire ce qui est écrit en gros, il n’y a plus personne. Mais elle est vraiment débile, ma parole ! »

« Quand Stéphanie découvrit son premier cadeau, un ouvrage sur le rottweiler, elle eut un rictus. Aussitôt elle se dit qu’elle ne s’abstiendrait plus, par mauvaise conscience, d’offrir à son beau-père le petit livre sur le blaireau qu’elle avait déjà acheté. »

« Mais, ça rapporte l’humanitaire ? Parce que c’est bien beau de vouloir sauver le monde, il s’agit avant tout d’être indépendant financièrement !  On vient à peine d’arrêter de sponsoriser Alexandre qui, semble-t-il, a fini par « se trouver » avec la photographie, avait dit Jacques en ponctuant le verbe de guillemets manuels. Il faut espérer qu’Emmaüs paie mieux que la photo ! »

par | 12/07/2021

1 Commentaire

  1. Cathy La Serial Lectrice

    Pauvre Janette, chargée de la rubrique Tombés des mains…
    Je déteste dire du mal des livres et de leurs auteurs mais là les bras m’en sont tombés. Quand j’ai lu les morceaux choisis et qu’elle m’en lu quelques autres parmi les « meilleurs » au téléphone je venais de voir le chiffres : deux millions de lecteurs conquis !
    Il faut qu’on m’explique. En argumentant sérieusement. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Pourquoi, comment et quand lisent-ils ce genre de… de quoi en fait ? De feel-good, bien sûr ! Il paraît même qu’il est emblématique du genre en quelque sorte. Après tout, tant que le mot « littérature » ne précède pas le mot feel-good », chacun est libre de lire ce qu’il veut lire.
    Du coup, j’ai hésité à le faire figurer sur le blog et demandé à Janette de trouver un autre « Tombé des mains » et elle a refusé tout net. Pas de temps à perdre même en vacances.
    Moi : « Essaie au moins le test de la page 99… Elle : NON ! J’ai déjà eu du mal à atteindre la page 46 ! Pourquoi tu ne lirais-pas, toi ? Moi, hypocrite : C’est vraiment pas ma tasse de thé, tu sais bien, je suis plutôt feel-bad. Et surtout, je n’ai pas le temps. Elle : Tu n’as pas le temps ? Bah ça, c’est facile ! »
    Ouf ! J’ai fini par dérider Janette en éclatant de rire à la lecture de ses extraits ! Et par lui extorquer la promesse d’en écrire un autre, quitte à ce qu’il lui soit « Tombé des mains » pour cause de trop grande intellectualité.
    Reste que j’ai beaucoup ri en lisant sa chronique et que je n’ouvrirai pas ce livre ni ne l’offrirai.

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