LISEZ! LISEZ! LISEZ!

LISEZ! LISEZ! LISEZ! LISEZ! 

LISEZ! LISEZ!

Les médecins de l’âme

Ils, elles observent le monde malade de ses habitants ; elles, ils racontent leur propre confinement et nous exhortent à continuer le nôtre, à le prendre au sérieux, nous donnant au passage des conseils de lecture. Ils, elles essaient de répondre à la question récurrente : « Comment en est-on arrivé là ? » et bon nombre d’entre eux ont la réponse. Cette réponse, ils, elles l’ont déjà écrite, l’écrivent encore, toujours. Mais on ne les lit pas et quand on les a lus bien souvent on referme le livre pour en chercher un autre peut-être plus « feel good » car les sujets qui fâchent, ça va un temps…

Ils et elles, ce sont les écrivain(e)s : romanciers de tous « genres », poètes, essayistes, dramaturges, philosophes, journalistes, novellistes, conteurs ou tout cela à la fois. Les chanteurs-rappeurs-slameurs aussi, véritables poètes souvent comme Narcisse, qui ouvre de bien belle manière cette rubrique. Leurs (propres) histoires individuelles, collectives, peuvent être les nôtres, quand elles ne l’ont pas déjà été ou ne le sont pas. Ce sont les témoins de « LA » vie, tous des libres-penseurs : d’abord observateurs curieux, perspicaces – de tous temps, de partout -, ils se font fins analystes, historiens, psychologues, sociologues, avant de devenir, enfin, metteurs en scène « sur pages ». Ce sont les médecins de l’âme. 

En ces moments particulièrement difficiles, ce n’est pas le temps qui manque à beaucoup d’entre nous, alors mettons-le à profit ! LISONS ! Lisons ces auteurs qui depuis si longtemps tentent avec leurs récits de nous aiguiller vers d’autres pensées, d’autres modes de vie, d’autres convictions que les nôtres.  L’esprit humain est  malade, il tourne en rond, affaibli par sa suffisance, enfermé sur ses croyances. Le leur est plus ouvert, riche de leurs propres lectures, de leur expérience, personnelle ou lue et d’une faculté de compréhension, d’un sens de la déduction qui peut nous faire défaut. Ils, elles sont omniscient(e)s, ont pour eux la sagesse, du bon sens, de la perspicacité, l’esprit critique (non celui de la critique), le recul nécessaires… La culture à proprement parler qui, considérée pourtant comme « ce qui reste quand on a tout oublié », est à la portée de chacun d’entre nous ; cependant, elle ne permet pas, seule, de comprendre le monde : il faut de grandes facultés intellectuelles, un imaginaire débordant, une grande capacité de travail et une plume à tout le moins accorte pour accoucher d’une œuvre accomplie, s’avérer écrivaine, écrivain.

C’est pourquoi nous leurs lecteurs les croyons et les disons « utiles » ; bien plus encore qu’utiles : nécessaires. On a tout dit de la littérature et de ses auteurs, notamment qu’elle est « le champ de tous les possibles ». En réalité, la littérature générale est bien davantage qu’une source de connaissances, de détente, de distraction, ou même de culture. En sollicitant tous nos sens, en faisant se répondre les parfums, les couleurs et les sons (Correspondances, poème de Charles Baudelaire), elle est une ouverture béante sur la planète, le seul moyen de nous aider à la comprendre et surtout la respecter. En faisant mille recherches avant d’écrire une œuvre, en pétrissant leurs notes, leurs avoirs et leurs réflexions, en (re)croisant les dates, les lieux, les histoires, les faits divers réels, historiques, elles, ils avancent en interprétant pour nous les choses, en les explicitant ; ils, elles ouvrent en grand des portes et des fenêtres sur le monde et sur l’espèce humaine en d’autres temps, en d’autres lieux. Humbles cependant, ils, elles ne se targuent pas de tout savoir mais partagent tous leurs savoirs sans jamais nous donner de leçon ni nous faire la morale.

 

Ce sont de grands visionnaires et si parfois je ne suis pas très étonnée de voir certaines choses se produire dans le monde, si j’ai l’impression que cela devait fatalement arriver, ce n’est pas parce que j’ai un sixième sens, non, ce n’est pas parce que je réfléchis davantage que n’importe qui, non, c’est PARCE QUE JE L’AI LU ! Uniquement parce que je l’ai VU noir sur blanc dans les pages des livres. C’est en lisant que j’apprends quelques choses et que j’en comprends d’autres. Parce que TOUT EST DANS LES LIVRES, on ne le dit jamais assez, et on ne lira jamais assez. Tout a déjà été écrit et continue de l’être, c’est bien pour ça que la littérature est un bien nécessaire. Aujourd’hui plus que jamais. Les romans d’anticipation, de science-fiction ne racontent plus un futur proche ou lointain hypothétique, ni un passé révolu. Ils parlent d’un présent tangible. Ils ont déjà anticipé sur le devenir de la planète, maintenant ils constatent avec nous qu’il est grand temps pour l’homme de se remettre en question et que s’il ne le fait pas maintenant, demain sera trop tard.

Parce qu’aujourd’hui le monde est à l’isolement. Confiné. Il est question d’une pandémie due à un virus, le covid19. Dix mille fois plus petit qu’un grain de sable, venu des tables chinoises de Wuhan sur lesquelles traînaient des restes du pangolin « dégusté » par de mal avisés mangeurs de chairs délicates, il menace le monde à la vitesse de la mondialisation. Le pangolin, charmant petit animal à carapace, protégé car en voie de disparition et braconné, est vendu illégalement et sa viande savoureuse, et interdite, est recherchée. L’homme a joué là encore la carte du profit (et du plus fort) ; son sentiment de supériorité cette fois aussi, considérant que tout ce qui est sur terre – animal, végétal, minéral – est consommable, destructible, échangeable, achetable par lui, l’être supérieur, roi de la planète, seul animal pensant. Le seul que dieu a « créé à son image ». La Terre qu’il habite est sa propriété, elle et tout ce qui la compose, il peut donc en disposer à sa guise. Polluer, déforester, creuser, brûler, éliminer des espèces, assécher, asservir, tout lui est permis. Aujourd’hui, la planète se rebiffe. L’homme l’empoisonne depuis des siècles. « Les animaux malades de la peste », ne fut-ce pas le titre d’une fable de La Fontaine ? Si. Et si comme dans la fable les rôles avaient fini par s’inverser ? Et si les animaux, à force d’être chassés, avaient décidé de se venger et d’empoisonner leurs chasseurs-braconniers ?!

Pendant que les médecins du corps sont à la peine et risquent leur vie pour réparer les dégâts du virus, les littérateurs eux aussi travaillent sans relâche. Pour nous éclairer, nous guider, nous mener un à « dieu » qui ne tue pas, ou ne laisse pas tuer : la NATURE, seule déité à révérer, respecter, aimer, et que nous martyrisons ! Alors rendons-leur un hommage mérité, écoutons ce qu’ils nous disent dans leurs écrits. Confinons-nous et LISONS-LES ! Car les auteur(e)s sont les médecins de l’âme.
Voici la réaction de certaines et certains, que je me fais une joie de partager avec vous. Une façon pour moi de vous supplier de les lire !

François Busnel (La Grande Librairie sur France 5, l’émission la plus prescriptrice d’achats de livres) a scandé à la fin de l’épisode qui a suivi l’annonce de notre confinement : « Lisez, lisez, lisez ! Tout, tout ce qui vous tombe sous la main ! Relisez vos livres !
 Écoutons-le. Confinons-nous, soignons-nous en lisant.