Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

EN DEUX MOTS : un très joli premier roman qui s’attaque à un sujet difficile, l’intégrisme dans la religion chrétienne. Pari réussi, sujet abordé avec beaucoup de délicatesse, de retenue et de sensibilité et qui tient le lecteur en haleine avec cette héroïne pleine de grâce.
Sortie en août 2020 chez Julliard. (Premier) roman. 304 pages.

Cette jeune auteure, née en 1985 a fait un parcours varié avant de publier. Elle a grandi dans un petit village du Tarn, dans une famille chrétienne, une fratrie de quatre sœurs. Après un bac agricole elle renonce à sa première idée : bucheronne (!) et suit alors des études d’histoire avant d’enseigner le français en Chine. Elle est journaliste aussi indépendante à Toulouse, où elle vit. À la rentrée littéraire de 2020, elle publie ce premier roman.

Est-ce parce que Maylis Adhémar a écrit cette histoire en partie dans une abbaye que je la trouve si inspirée ? Si elle se défend d’avoir fait un livre autobiographique, elle a laissé son imagination courir sur un sujet qu’elle connait tout de même bien.

On est d’emblée touché par ce personnage, Sixtine a 20 ans en 2013 (oui 2013, on pourrait penser que cela se passait il y a un siècle : corsage blanc, jupe plissée bleu marine, chaussettes bien tirées…). Elle est la sixième enfant d’une famille qui semble avoir toujours été chrétienne… Elle épouse Pierre-Louis un jeune homme d’une famille très assortie à la sienne, voilà, elle devrait elle aussi porter de nombreux enfants ; c’est à cela qu’elle est destinée. Aucune fantaisie, pas de plaisir (surtout pas charnel !). Son jeune époux est d’une famille encore plus intégriste que la sienne : on ne reconnait pas le pape Jean-Paul II… On lutte violemment contre cette loi du mariage pour tous, allant jusqu’à l’affrontement corporel, aux coups…

« Pierre-Louis embrasse le front de Sixtine. Un baiser froid, convenu. Sixtine est assise sur le canapé, tête perdue dans le vide. Elle ne regarde pas la nuque de son époux franchir le seuil, cette nuque rase, solide, bien droite. » 

Sixtine se retrouve enceinte, elle devrait se réjouir mais au grand désespoir de sa mère et de sa belle-mère elle vit très mal cette grossesse ! Cette chose en elle est comme une bête qui l’incommode. Je ne veux pas dévoiler davantage l’histoire…par contre je ne résiste pas à dire que Sixtine devient une mère extraordinaire, elle est capable de « tout » pour vivre son amour maternel comme elle l’entend. Cela donne à mon avis les plus belles pages : ces descriptions du bébé, de la relation entre cette jeune mère et son enfant. 

« Le bébé retrouve son odeur de caramel au beurre salé, de chocolat à l’orange. Un gout de sucre et de sel. Ses minuscules pieds se tortillent sous la bouche joueuse de Sixtine. »

Non Sixtine n’est pas prête à tout, à la confrontation elle préfère la fuite…et l’on palpite à ses aventures : jusqu’où ira-t-elle pour échapper à l‘intégrisme de cesdeux familles ? Renoncera-t-elle à sa foi ?

Le déroulement de l’histoire est interrompu par des lettres écrites par la mère de Sixtine. Les relations mère-fille sont primordiales dans ce roman… comme si la fille prenait systématiquement le contre-pied des choix de sa mère avant elle. La jeune fille, retrouvant le chemin de ses racines, ira vers une belle réparation.

À mon avis la deuxième partie du roman est moins intéressante mais cela reste un très joli premier roman qui s’attaque à un sujet difficile : l’intégrisme dans la religion chrétienne. Pari réussi, sujet abordé avec beaucoup de délicatesse, de retenue et de sensibilité et qui tient le lecteur en haleine avec cette héroïne pleine de grâce.

par | 18/03/2021

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