Si la littérature devient passion, c’est bien que tout est dans les livres !

Artifices, de Claire Berest

EN DEUX MOTS : Avec Artifices, Claire Berest attaque un autre registre : le polar. Exit les personnages féminins. 430 pages de suspense garanti !
Par le 6 Fév 2022
Sorti en août 2021 chez Stock. Roman. 430 pages.

Après avoir été enseignante, Claire Berest se consacre pleinement et avec quel talent à l’écriture. Jusqu’à présent elle affectionnait particulièrement les personnages féminins. En 2017 elle coécrit avec sa sœur Anne Gabriële, histoire romanesque et romancée de leur arrière-grand-mère. En 2020 elle consacre un livre flamboyant à l’artiste Frida Kahlo, pour lequel elle remporte le grand prix des Lectrices du magazine Elle.

Les auteurs de polar sont admirables, ils arrivent toujours à incarner un enquêteur(trice) original(e), voire déroutant. Avec Abel Bac on n’échappe pas à la règle.
39 ans, célibataire, terriblement secret (il ne fait entrer absolument personne chez lui), taciturne. Il collectionne les orchidées dans son minuscule appartement de la place Clichy - il leur prodigue des soins pour le moins inhabituels ! On le devine tourmenté car il est insomniaque (ce qui est moins original…) et son cuir chevelu le démange à tel point qu’il se fait un shampoing anti-poux par semaine ! à part cela c’est un inspecteur exemplaire, parfaitement respectueux de ses collègues autant que des prévenus. Méticuleux dans ses enquêtes. Pourtant, au début du livre on apprend qu’il est suspendu de ses fonctions. Le temps d’approfondir le motif de cette suspension, il ronge son frein…

L’auteure ne laisse pas tomber les personnages féminins pour autant car deux femmes très empressées gravitent autour de lui :
Sa collègue Camille avec laquelle il formait un excellent tandem et qui l’encourage à réagir. Prendre un avocat pour se défendre devant cette sanction totalement injustifiée par exemple. Et Elsa, une jeune voisine aussi extravertie qu’il est intro. Elle loge au dernier étage de son immeuble dans une chambre de bonne. Un rien envahissante tout de même mais tellement pleine de charme. Le hasard les fait se rencontrer souvent et de manière pour le moins intempestive.

Les différentes parties du livre zooment tour à tour sur Abel, Elsa, Camille et… sur Mila, mais cette dernière ne rencontre pas les précédents. Mila est une grande artiste d’un genre particulier ; personne excepté Masson son homme d’affaires ne connait son visage, sa véritable identité. Elle évolue mystérieusement d’un pays à l’autre, laissant derrière elle des performances, des installations, toujours plus ou moins choquantes voire scandaleuses. Or là, son terrain d’action se déploie dans quelques musées parisiens.
« Un beau loup gris aux yeux de perle verte lève dans sa coupe de champagne, les bulles qui semblent monter à toute vitesse miroitent dans son regard. Il porte des habits de fête, une cravate fine et noire, assortie au revers de sa veste. Il se tient penché, comme pris au milieu d’une conversation avec une louve… »

De Beaubourg à Orsay en passant par le musée de la chasse. Le plus troublant pour Abel, c’est que toutes ces installations tournent autour de lui…

« Quelqu’un jouait à cache-cache avec lui. Il savait que s’il partageait avec Camille son sentiment d’être lié à ces trucs, ces « installations » comme dirait sa voisine Elsa, il aurait l’air complètement paranoïaque. Mais ça le démangeait, comme les poux sur sa tête, qu’il était visé jusqu’au cou, qu’il en faisait partie, que la personne qui entrait la nuit dans les musées pour foutre le Bronx le faisait pour lui faire perdre
la raison ? Sciemment, délibérément. »

Camille tient bon elle ne lâche pas l’affaire, elle enquête de son côté.
« Si tu savais le nombre d’affaires que j’ai disséquées, où l’on finit par abandonner l’idée de comprendre le mobile. Où les experts psy se contredisent… Pourquoi les gens font ce qu’ils font ? C’est dans les bouquins qu’on a la solution, pas dans la vie. »
Cette citation est un clin d’œil à la Serial lectrice.

Les pages consacrées à Mila vont bien-sûr rejoindre celles consacrées à Abel. Pour clore le livre l‘installation la plus spectaculaire mise en place au Musée d’Orsay est une apothéose, un feu d’artifices, une débauche de couleurs et de fleurs… mais peut-être cette fois ci peut-on déplorer une ou plusieurs victimes ?

N’attendez pas de courses poursuites ni de flingue sorti à tout va… Artifices est un polar d’un genre spécial, je vous dis. De par ce milieu d’artistes modernes, déjantés, le polar est complètement revisité.
C’est avec brio que Claire Berest s’attaque à ce nouveau genre, elle nous tient en haleine du début à la fin. Un excellent « page turner » !

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