Sorti en août 2015 aux Editions Rivages, Collection Littérature. 448 pages. (Premier) roman.

L’auteur. Pas grand-chose sur Jérémy Fel sur le Net si ce n’est qu’avant d’écrire il était scénariste de courts-métrages et journaliste de professions. Et passionné des Etats-Unis.

Pourquoi il m’est tombé des mains. 139. C’est la page à laquelle j’ai refermé définitivement le livre. Avec regrets mais sans remords. Je ne suis particulièrement bégueule en matière de livres violents même si je lis souvent les passages outranciers les yeux fermés. Si le livre est bon, je reste dans ses pages… Mais là, impossible, le mal a eu raison de moi.
J’avais pourtant misé un grand plaisir de lecture sur ce livre. Un premier roman, je suis toujours preneuse. Un auteur jeune, journaliste et scénariste, je prends. Une critique élogieuse, parfois dithyrambique dans toute la presse, en tout cas celle que je lis, celle qui m’ouvre en grand les portes de tous les endroits où je peux m’approvisionner en pages… La lecture devenait urgente, le livre est grimpé en haut de la pile.
Page 139, fin des «réjouissances». Je mets fin à ma lecture qui pourtant n’avait pas mal commencé, dans la violence déjà, certes, mais une violence «raisonnable» (un jeune garçon, Daryl Greer, met le feu à la maison de ses parents qui bien sûr sont à l’intérieur, il y a bien pire n’est-ce pas…). Mais là où le bât blesse, c’est que j’ai cru à une chronologie inversée, quand l’auteur commence par la toute fin du livre, pour y ramener son lecteur dans le reste des pages histoire de ne pas le laisser dans dans l’incompréhension et pour lui donner les clés du premier chapitre. Hélas ! Au deuxième chapitre, changement de décor, on reste aux Etats-Unis mais dans un autre Etat, avec des personnages différents, une ambiance pas rose, mais moins violente. J’ai cru retrouver l’oxygène. D’autant que les chapitres 3 et 4 nous amènent en France avec d’autres personnages et d’autres histoires. J’ai commencé à penser avoir mangé mon pain noir et que la suite sera un long flash-back qui nous ramènera jusqu’au meurtre initial.
Jusque-là, j’ai eu l’impression de lire des nouvelles –après tout, l’auteur écrivait des courts-métrages–, car les chapitres ont tous un prénom pour titre, ils ont un début et quelque chose que l’on pourrait considérer comme une fin pas tout à fait aboutie. Et bing ! Page 113, chapitre 5, aux Etats-Unis à nouveau, encore un nouveau personnage, Walter. Mais très vite ça y est, je suis soulagée, on n’est plus dans la nouvelle, on est dans un puzzle littéraire, un roman à tiroirs… Enfin les histoires se recoupent, le fil conducteur, le voilà car Walter, on l’apprend très vite, c’est le méchant, le très méchant Daryl du début, l’assassin de ses parents, l’incarnation du mal. Et croyez-vous qu’il se soit calmé au bout de toutes ces années ?I…

Je vous laisse le découvrir sans moi, l’hyper violence présente dans la personne et dans les actes de ce Walter m’ayant valu une nuit blanche. J’ai déclaré forfait, à contrecœur car c’est d’évidence un très bon livre, original, architecturé, addictif, brillant, qui trouvera vite une place entre le polar-roman noir à la R.J. Ellory, le roman (et le film) de terreur à la Stephen King, l’odyssée noire à la Donald Ray Pollock avec l’excellent Le diable, tout le temps, ou le thriller absolu comme certains romans de Grangé. Mais un cran au-dessus d’eux tous. J’avoue qu’avec ce premier roman, écrit à l’américaine, Jérémy Fel se place directement dans la cour des grands, mais n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ames sensibles, vraiment s’abstenir !

Mais, si les croquemitaines de votre enfance et les socio-psychopathes ne vous font pas peur, si la couleur du sang ne vous écœure pas plus que ça et si la violence vous dérange mais vous fascine, allez-y, plongez, vous êtes au cœur du mal et vous risquez d’adorer ! Un livre comme ça, ça se mérite.