J’ai eu la chance de voir The Revenant, le film de Alejandro González Iñárritu, très peu de temps après avoir lu Le Revenant, le livre de Michael Punke. Grande était ma peur d’être déçue, bien sûr. C’est presque toujours le cas, à de rares exceptions près. L’attrait visuel et sonore ne pouvant jamais atteindre le niveau évocatoire de l’écrit, l’adaptation cinématographique d’un livre se cantonne le plus souvent à un rôle de complément agréable pour le lecteur, qui reste dans l’univers du livre, d’exclusivité pour celui qui ne lit pas.
Dans le cas présent, je n’ai guère été déçue, tout simplement parce l’histoire n’est pas la même dans le film et dans le livre. Pas tout à fait du moins. Dans les grandes lignes, oui, bien sûr : l’époque, les lieux, les personnages, les circonstances, les actions majeures, tout cela est identique. Mais, et la différence est de taille : le but de la vengeance n’est pas le même. Dans le film, le héros, Hugh Glass, a une femme et un enfant, pas dans le livre… Et cela change beaucoup de choses, d’autant que d’autres différences que je préfère laisser au lecteur-spectateur (ou spectateur-lecteur) le plaisir de découvrir. La fin, aussi, est différente et j’avoue que là, je suis restée perplexe.
Quoiqu’il en soit, la réalisation du cinéaste mexicain A.-G. Iñárritu et, surtout, l’interprétation hallucinante et hallucinée de Leonardo DiCaprio qui, faut-il le rappeler, lui a valu l’Oscar tant attendu et tellement mérité, sont largement à la hauteur du roman de Michael Punke. Et très fidèles dans le rendu visuel des forts des colons, de la nature belle et hostile à la fois (filmée presque en noir et blanc), des costumes des Indiens et des trognes patibulaires des personnages.
Alors, bien sûr, il y a davantage d’explications, de considérations, de rappels historiques et d’événements secondaires dans le livre, et le film fait la part belle à l’action (l’attaque du grizzli et celle des Indiens sont plus longues) ; bien sûr, les personnages sont nettement plus tranchants dans le film, certains traits de caractères ayant été un peu gommés ; bien sûr il y a le film qui vient de sortir avec un Oscar pour son interprète, mais il y a d’abord et avant tout le livre ! Oui. Pourtant ici, vraiment, le jeu de DiCaprio (et des autres acteurs) et la réalisation grandiose font du film une réussite à part entière. Oui, tout cela est vrai.
Mais ne dispense pas les lecteurs de se procurer le livre de Michael Punke : ils se croiront dans toujours le film tout en en «appréciant» les différences et en lisant certaines scènes d’action. Cela est dû au style extrêmement visuel de l’auteur qui permet au spectateur de ne pas être le moins du monde étonné ou perdu en voyant les images du film. Quant à ceux qui ont lu le livre et n’ont pas vu le film -et je gage qu’ils sont moins nombreux-, ils peuvent aller en salles, sûrs de passer un excellent moment de cinéma… et d’en sortir dubitatifs.

[box_dark]Le revenantPOUR VOIR LA CHRONIQUE DU LIVRE :

L’auteur. Né en 1964, Michael Punke a vécu dans le Wyoning et le Montana avant de travailler à la Maison-Blanche comme Directeur des affaires économiques internationales et au Conseil de sécurité nationale. Il est aujourd’hui ambassadeur et représentant permanent des Etats-Unis à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Il vit à Genève. Il a publié deux ouvrages sur l’histoire de l’Ouest américain. Le revenant est son premier roman.

L’histoire, basée sur des faits réels, est celle de Hugh Glass, ancien marin américain devenu trappeur (1780-1833), connu pour la prouesse racontée dans ce livre. Elle se déroule sur quelques mois, entre septembre 1823 et août 1824. En 1823, entre le Missouri et la Grand River, nord-ouest de Saint-Louis, Hugh Glass est recruté par le capitaine Andrew Harry pour porter secours à d’autres négociants en difficulté à l’embouchure de la Yellowstone et vendre des fourrures aux expéditionnaires anglais. Pour ce faire, les trappeurs piègent les bêtes les tuer avec une arme à feu abîmerait la fourrure), essentiellement des castors, et les dépècent, tout en résistant aux attaques des tribus indiennes qui voient ce commerce d’un mauvais œil. Lire la suite »
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