Sorti en février 2015 chez Gallimard, Collection Du monde entier. 121 pages. Roman (ou nouvelles). Traduit de l’italien par Lise Caillat.

L’auteur. Alessandro Baricco, né à Turin en 1958, vit à Rome. Musicologue, critique, journaliste et essayiste, il publie en 1991 son premier roman, Châteaux de la colère, qui lui vaut le Prix Médicis étranger en France. A l’heure actuelle il a publié une douzaine de romans, dont Soie en 1997 et Océan mer en 1998, ainsi que plusieurs essais traitant essentiellement de musique.

Le livre est composé de trois histoires, à moins qu’il ne s’agisse de trois nouvelles, je n’ai pas su dire et aucune mention n’est faite sur la couverture -pour une fois cela aurait été bien utile. Ces trois histoires qui sont peut-être des nouvelles se déroulent toutes entre la fin de la nuit et le point du jour. Et commencent dans un hôtel. Unité de temps et presque unité de lieu. Dans chacune des trois parties, deux personnages, une femme et un homme, se rencontrent de façon très éphémère et se séparent aussi vite qu’ils se sont rencontrés, à l’extérieur de l’hôtel. Des bribes de leur histoire nous sont livrées, ainsi qu’un portrait minimaliste de chacun d’eux.
A la fin de la dernière histoire cependant, un sursaut de compréhension : une lueur de rapprochement se fait entre la première et la troisième histoire : le personnage masculin, Malcolm, est le même : adolescent dans la troisième, il a vu ses parents mourir dans l’incendie de leur maison,  on le retrouve soixantenaire, concierge d’hôtel dans la première. L’histoire est surprenante. La chronologie a été inversée dans une sorte de distorsion du temps, la fin est devenue le début de l’histoire. Quant à comprendre pourquoi, je n’y suis pas parvenue… Peut-être, sous-entendue, l’idée que le malheur finit toujours par rattraper celui qui l’a déjà rencontré. Peut-être.

Le style. L’auteur aime la musique et il en met dans ses livres. Son écriture est belle, mélodieuse, doucement rythmée et d’une grande élégance, quand bien même le livre est exclusivement fait de dialogues très courts, parfois percutants et relatés sans tirets pour changer d’interlocuteur. Un peu déroutant à vrai dire. L’arrivée des couleurs de l’aube dans les trois histoires est annoncée dans une langue aussi lumineuse que ce qu’elle décrit et c’est un moment de poésie pure qui se lit avec bonheur. Ainsi page 71 : Et de fait, en ce matin d’été, l’aube se déployait dans le ciel pur avec une telle ardeur que même ces faubourgs sans prétention paraissaient surpris, finissant par céder à une quasi-beauté pour laquelle ils n’avaient pas été construits. Il y avait des lueurs optimistes aux fenêtres, et quelques touffes brillaient çà et là, d’un vert inattendu.
Cependant, la longueur des dialogues, ponctuée de ces descriptions poétiques très courtes et de séquences explicatives insuffisamment claires, confère à l’ensemble du style un aspect disparate, bancal, qui finit par devenir déstabilisant pour le lecteur.

Ce que j’ai pensé de ce livre. Je me souviens avoir lu Soie à sa sortie et l’avoir déjà trouvé magnifiquement écrit. Et dont histoire, légère mais se tenant, avec un fil rouge. Ici, les passages descriptifs, inattendus et trop brefs sont d’une poésie colorée et mélodieuse. Mais cela ne suffit pas pour rendre le livre attirant à mes yeux. J’ai besoin d’une histoire qui tienne la route, même irrationnelle ou insensée. Ici, je me suis sentie frustrée. Je n’ai pas réussi à savoir si j’avais lu trois nouvelles ou les trois parties d’une même histoire. Et ce n’est pas le lien créé par le personnage de Malcolm présent dans la première et la dernière histoire qui a changé la donne. D’autant plus frustrée que le début des histoires est prometteur et que l’on sent d’emblée que les personnages ont quelque chose à cacher, qu’ils ne sont pas ce qu’ils paraissent et que le déroulement du livre semble relever du roman policier : la violence latente, la présence d’une arme et de policiers
Le sujet des trois histoires est aussi un peu le même : deux personnages que tout oppose : l’âge, le  sexe, la condition sociale, se trouvent enfermés dans un même lieu, un hôtel, au même moment, à la fin de la nuit pour en sortir à nouveau au même moment, à l’aube. Le mieux loti des personnages veut, à chaque fois, aider le plus défavorisé. Qui accepte, à condition que le premier lui raconte son histoire… De belles mais trop rares réflexions sur l’amour fou, sur celui qui dure, sur celui qui rend beau et des considérations morales ou sociétales sans grand intérêt…
Voilà. Tout cela reste un grand mystère pour moi, j’ai eu la sensation d’être perdue, de tourner en rond même. C’est un avis personnel bien sûr, je suis sans doute trop terre-à-terre. Les amoureux des belles lettres pourraient toujours tenter leur chance, ils seront servis.

En deux mots Trois rencontres brèves, inattendues et inachevées… Une écriture inégale avec de belles envolées poétiques… Pas assez pour me séduire. A vous de juger.