Sorti en mars 2010 dans Le Livre de Poche, en 2009 en version brochée, chez Calmann-Lévy. 314 pages. Thriller.

L’auteur. Né en 1951 à Paris, Pierre Lemaitre est un  « jeune » écrivain français. Après avoir enseigné la littérature à des adultes, il est venu tardivement à l’écriture, commençant par des thrillers (Alex, Sacrifices, Robe de Marié, Travail soigné) et des romans noirs (Cadres noirs), souvent couronnés de prix, avant d’obtenir le Prix Goncourt 2013 avec un roman historico-picaresque passionnant et très original, Au revoir là-haut. J’ai pour ma part commencé à le lire avec Cadres noirs, thriller social que j’ai beaucoup aimé. Robe de marié est son second roman.

L’histoire. Sophie Duguet, la trentaine légère, a tout pour être heureuse : un mari qui l’aime et qu’elle aime, un travail stable, intéressant (elle organise des ventes aux enchères), bien payé, un enfant en vue, une belle maison à la campagne. Ça, c’est quatre ans avant que l’histoire ne commence pour de bon et nous l’apprenons dans la seconde partie. C’est un homme, Frantz, qui raconte.

Chronologie inversée, quatre ans plus tard, donc, le roman s’ouvre sur une situation radicalement différente. Tout a basculé. Devenue baby-sitter, Sophie est dépressive et souffre de trous de mémoire de plus en plus fréquents. D’abord des petits oublis sans conséquence, des pertes d’objets retrouvés plus tard en des endroits improbables… jusqu’à ce que les choses s’accélèrent et que Sophie ne maîtrise plus rien. L’auteur n’hésite pas à parler de folie. Et, surtout, elle est maintenant meurtrière multirécidiviste en cavale, recherchée par toutes les polices. Les meurtres en question sont ceux de son mari invalide, de sa belle-mère, d’une femme qui l’a aidée mais, surtout, de Léo, un petit garçon de six ans dont elle a la garde et qu’elle vient d’étrangler au moment où commence l’histoire. Elle fait aussi des cauchemars hallucinatoires d’une grande violence, dans lesquels elle revoit ces meurtres.

Alors, avant que la chute ne soit fatale, elle fuit, change d’identité et se (re)marie. Seulement voilà… Je ne puis continuer sans dévoiler des éléments essentiels qui pourraient vous mettre sur la voie de la compréhension. Ce que je n’ai pas le droit de faire. Je préfère vous laisser frémir…

Le style. C’est le style du Pierre Lemaître de Cadres noirs. Vive, cadrée, simple, incisive, l’écriture va à l’essentiel. Aucun mot n’est superflu mais pas d’économie non plus, l’essentiel est dit. La construction est un peu plus complexe mais l’on s’y retrouve. C’est un livre à deux voix qui se déroule à deux époques distantes de quatre années. Le passage de la première à la seconde partie est un peu rude mais on finit bien sûr par raccrocher les wagons. Le rythme devient de plus en plus haletant et l’on tourne les pages à la vitesse de la lumière. J’avais déjà remarqué ce crescendo vertigineux dans Cadres noirs — que j’avais dévoré avec frénésie et dont j’avais apprécié tout autant le style ardent que l’intrigue— tout en me disant que si l’auteur utilisait ce sens du rythme dans d’autres genres romanesques il ferait un malheur (chose faite avec Au revoir là-haut).

Mon avis sur le livre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Pierre Lemaître n’écrit pas pour la ‘Bibliothèque rose’. Qu’il ne fait pas dans la dentelle, comme on dit. Ni dans les sujets, ni dans le style. Mais qu’est-ce qu’on aime ça ! J’ai lu Robe de marié de deux traites et l’ai terminé tard dans la nuit (brhhh !!!). Pour pouvoir dormir sans cauchemars, il ne fallait pas que j’éteigne la veilleuse tout de suite. J’ai dû commencer un autre roman. Quand j’ai sorti Robe de marié de ma PAL, j’avais besoin de me détendre en me faisant peur. D’une récréation. Et pour cela, rien de tel qu’un bon thriller. Là j’ai été servie et bien servie. Pierre Lemaître n’a rien à envier aux auteurs américains qu’il admire. Ses livres ont un parfum de cinéma, celui-ci en particulier. Le suspense fonctionne à merveille et jusqu’à la dernière page. L’allure est si rapide, le suspense si atroce, que c’est notre rythme cardiaque qui s’emballe et que l’on trépigne de lire aussi peu vite ! Cela dit, il a parfois fallu que je pose le livre car je saturais, trouvant que l’auteur abusait de son lecteur, qu’il fallait faire une pause. Un quart de fraction de seconde plus tard, j’avais à nouveau le livre entre les mains, il fallait que je sache, la curiosité est un beau défaut. J’imagine ce qu’une telle histoire pourrait donner au cinéma tant l’écriture est visuelle et le découpage scénaristique… En interview, Pierre Lemaître confie qu’il a écrit Robe de marié en pensant à Hitchcock, je n’ai aucun mal à le croire. Une copine qui l’a lu m’a fait remarquer que la violence y était gratuite (même si les traumatismes de l’enfance, ceux-là mêmes qui motivent la presque totalité des serial-killers, on commence à les voir venir…) et que cela l’avait dérangée. Je suis assez d’accord avec elle. Mais tant pis, ça fonctionne tellement bien : c’est bien écrit, on a peur sans y croire une seconde et une fois lu, il est très facile de passer à autre chose, là aussi tant mieux.

Pierre Lemaître fait partie de mes écrivains préférés. Mais j’aime aussi l’homme qu’il est, simple, modeste bienveillant. Il n’essaie pas de briller en interview et l’on devine chez lui une belle générosité. J’ai de la chance, il me reste plusieurs de ses livres à dévorer, notamment sa tétralogie Verhoeven et la suite de Au revoir là-haut que j’attends avec beaucoup d’impatience.

 

En deux mots

Manipulation mentale, meurtres odieux, suspense épuisant, lecture frénétique, nous sommes bien chez le plus américain de nos auteurs français. Avec en sus un style grand luxe et un parfum de cinéma. On n’y croit pas une seconde mais on en redemande. Efficacité garantie.