Sorti en août 2013 au Dilettante. 252 pages

Un titre aussi long, je n’en ai vu jusqu’à présent que chez Arto Paasilinna. Qui lui aussi verse (depuis longtemps) dans le comique loufoque et satirique et —fait du hasard ?— ses romans prennent très souvent la forme d’un road-movie en solitaire. Exemple : Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison, un des très rares livres que j’ai achetés uniquement pour son titre (et parce que je connaissais et appréciais l’auteur bien sûr) mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire.

L’auteur. A moins de quarante ans, Romain Puértolas a fait tous les métiers avant de devenir écrivain : stewart, DJ, professeur de français, jusqu’à lieutenant de police, métier qu’il abandonne aujourd’hui pour se consacrer pleinement à l’écriture.

Son roman au long titre, il l’a paraît-il écrit sur son téléphone portable dans le métro. Et en trois semaines. Ouais… Si c’est vrai, il promet et son éditeur doit se frotter les mains ! Car son livre caracole en tête des ventes de la rentrée littéraire et fait l’unanimité des critiques littéraires, loin devant des figures tutélaires de la littérature française et internationale. Il doit d’ailleurs en être le premier surpris. Un film ne saurait tarder c’est certain.

A noter que son fakir lui aussi s’exerce à l’écriture (lui aussi coincé dans un moyen de transport !) et que son premier roman devient de suite un best-seller international (!).

II paraît qu’il ne faut pas bouder son plaisir et je ne l’ai pas boudé en lisant les aventures rocambolesques et «lautneriennes» de notre fakir coincé. Il faut dire qu’il est profondément sympa, en tout cas qu’il le devient de plus en plus au fil de ses pérégrinations. Et qu’il nous fait rire, ce qui ne saurait nous faire mal. Un livre qui met de bonne humeur, on apprécie de passer un bon moment.

J’ai moins aimé par contre la façon un peu manichéenne (en tout cas pour moi) de nous parler des migrants et de leur combat (parfois à mort) pour rejoindre l’Europe ; même si je souscris au discours, je le trouve noyé dans les bons sentiments un brin moralistes et moralisateurs, et en décalage avec le reste du texte, carrément loufoque et hilarant. Ces considérations semblent ici déplacées. Mais c’est peut-être en rapport avec son dernier boulot de flic. En tout cas, sur ce sujet, Marc Dugain a su m’émouvoir bien davantage.

J’ai noté au passage en page 77 : Le Soudanais avait laissé les siens pour tenter sa chance dans les «beaux pays» comme il se plaisait à les appeler. Car sa seule faute avait été de naître du mauvais côté de la Méditerranée, là où la misère et la faim avaient germé un beau jour comme deux maladies jumelles, pourrissant et détruisant tout sur leur passage. C’est totalement vrai, mais c’est totalement décalé au milieu de toute cette joyeuse cavalcade. Le «voyage» des migrants, réel et tragique dans la vie, est à mille lieues du voyage totalement irréel et cocasse du fakir. Les deux ne font pas bon ménage.

Un peu de satire sociale aussi, sans méchanceté aucune, car l’auteur s’en prend à l’énorme machine de vente qu’est Ikéa avec ses méthodes presque forcées, l’aménagement malin et efficace de ses magasins. Mais rien de bien méchant là non plus.

Le style est enlevé ; les répétitions, volontaires, ne sont pas redondantes et n’alourdissent pas le texte. Elles tombent à propos et contribuent au comique du livre.

Mais mais mais… avec moi il y a toujours ou presque toujours un mais… Alors, oui, mais… mais voilà ! Quand on a lu Paasilinna, et c’est mon cas, oui, on a du mal à ne pas trouver le fakir si drôle que ça après tout ! Pas plus que ses aventures drolatiques. Drolatiques mais pas drôlissimes comme le sont celles des personnages d’Arto Paasilinna. Alors, lisons et relisons le Finlandais dont les livres sont des farces truculentes mâtinées de satire féroce et se lisent d’un trait dans un grand éclat de rire.

Bien aimé à la fin, page 236, la conclusion du fakir sur sa folle équipée :

Il avait fait un extraordinaire voyage de neuf jours, un voyage intérieur qui lui avait appris que c’est en découvrant qu’il existe autre chose ailleurs que l’on peut devenir quelqu’un d’autre.

A quoi j’ajouterais que cela peut se faire sans même voyager physiquement : grâce à la lecture. Les livres nous ouvrent le monde, élargissent notre quotidien, nous apportent la tolérance, et peuvent effectivement nous permettre de changer comme ce joyeux drille au nom imprononçable.

Et là, le livre de Romain Puértolas marque un point.

Si je devais le noter sur 20, je lui mettrais… combien ?, allez, 14 ou 14,5. Parce qu’il ne faut pas exagérer quand même. N’est pas Paasilinna qui veut.