Sorti pour la première rentrée littéraire de 2014 chez Gallimard.

Je me demande bien pourquoi je n’ai encore rien lu de cet auteur (peut-être trop ‘bien sous tous rapports’ pour moi quand je le vois sur un plateau !), dont j’entends toujours le plus grand bien et dont quelques opus m’attendent sagement dans ma bibli…. Eh bien c’est chose (bien) faite et je m’en vais en lire un second tout bientôt.

Jean-Christophe Rufin est né en 1952. Il est l’auteur de nombreux livres qui ont eu un beau succès critique, mais il a beaucoup d’autres cordes à son arc puisqu’il est tout à la fois médecin, historien et diplomate français. En tant qu’écrivain, il est depuis 2008 membre (le plus jeune) de l’Académie française.

L’histoire. Encore un roman pour célébrer le centenaire de la guerre de 14-18, me suis-je dit en l’achetant. Mais j’ai lu Le collier rouge d’une traite et aurais fait de même s’il avait compté plus de ses cent quarante pages. C’est un roman court mais d’une richesse énorme. Comme quoi nul n’est besoin de centaines de pages pour exprimer l’essentiel d’un sujet. Et ici, tout est dit, tout est ressenti, même ce qui n’est pas complètement exprimé. Il y a un fait de guerre et un d’après-guerre (qu’on ne connaîtra qu’à la fin), une histoire d’amour contrarié et, surtout, l’histoire d’un chien décoré de la croix de guerre.

Au passage, et même si tout est concis, l’auteur se paie quand même le luxe de quelques jolies descriptions comme en page 101 :

La rivière était basse et le courant, qui butait sur les pierres, faisait naître des traînées d’écume qui en blanchissaient presque toute la surface. Des branches de saule, qui, au printemps, plongeaient dans les eaux, pendaient maintenant en l‘air et retenaient dans leurs rameaux des paquets d’algues sales’.

Juste après, l’enquête reprend. Car il s’agit d’une enquête, courte, et qui aboutit après un suspense discret mais étonnamment presque toujours présent, à l’explosion de la vérité.

Autre description simple mais belle : celle du physique du chien ; non seulement simple et donnant juste ce qu’il faut de détails (‘on sentait qu’elles (les blessures) n’avaient pas été soignées et que les chairs s’étaient débrouillées pour se rejoindre tant bien que mal, en formant des bourrelets, des plaques dures et des cals’, mais aussi propre à nous tirer des larmes : ‘Mais au milieu de ce visage supplicié brillaient deux yeux pathétiques’. L’auteur parle bien du ‘visage’ du chien, ce qui nous montre à quel point il le met sur un pied d’égalité avec les hommes, peut-être même bien plus haut.

Toujours en passant, une belle justification des livres et de la lecture : les livres nous sortent de notre ignorance (ah bon ?) mais surtout ils apportent des réponses aux questions que l’on se pose. Page 109 : ‘Pendant ma permission, j’ai beaucoup lu. La guerre m’avait changé. Je n’imaginais pas que tout cela pouvait exister. Les obus, les peuples en uniforme, les combats où, en quelques minutes, des milliers de morts se retrouvent allongés en plein soleil. J’étais un petit paysan, vous comprenez ? Je ne savais rien. Même si je m’étais mis à lire avant la guerre, c’étaient des livres sans importance. Quand je suis revenu en permission, c’était autre chose : il fallait que je trouve des réponses. Je voulais voir ce que d’autres avaient compris de la guerre, de la société, de l’armée, du pouvoir, de l’argent, de toutes ces choses que je découvrais’.

J’aime assez l’idée que les livres nous donnent des clefs pour comprendre le monde et changer notre existence.

En définitive, j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman. J’ai aimé son écriture, simple, belle et concise. Les mots sont justes et sont employés là où il faut quand il faut. Une justesse qui n’interdit pourtant pas un certain lyrisme. J’ai eu l’impression d’avoir fait le tour du sujet en savourant chacune des pages.

J’ai aimé son sujet, une tentative de fraternisation dans les tranchées et le retour d’un poilu de la ‘Grande’ guerre, traité par un biais original, celui d’une décoration de guerre peu banale.

Enfin, et surtout, j’ai été très émue par les personnages. Surtout le chien… Bah oui. Tous ont un caractère et des comportements contradictoires, le poilu, la femme qui l’aime, le juge chargé de l’interroger et de prononcer la sentence… Même le chien. Sauf le chien. A l’image de ce qui se passe dans la vraie vie, rien ni personne n’est tout noir ou tout blanc. Le gris est la nuance. Seul l’amour (aveugle) que le chien voue à son maître (qui semble ne pas le mériter) est sans nuances.

Un petit bijou, vraiment, inspiré d’une histoire vraie qui a été racontée à Christophe Rufin par un ami photographe.

Si je devais le noter sur 5 : je lui mettrais 5,1. Le 0,1 supplémentaire pour le sort final du chien.

Mais je n’en parlerai pas davantage, il faut absolument lire ce livre beau et fort, porteur d’humanisme et de grande émotion… Merci M. Rufin.