Paru en septembre 2012 J.-C. Lattès. 185 pages. Roman (le deuxième de l’auteur).

L’Ecrivain de la famille m’attend sur mes étagères. A force d’en entendre parler en boucle sur toutes les ondes et d’en lire la chronique louangeuse dans toute la presse, certains livres me donnent envie de ne pas les lire. Chacun sa liste. Ma phobie du best-seller que j’essaye souvent de corriger. La liste de mes envies est de ceux-là. Et puis le film est sorti (que je n’ai pas vu), je suis dans ma période ‘jen ai marre des gros pavés’ et le livre est très court et d’un abord facile, alors je l’ai pris dans les mains et il n’en est pas tombé.

L’histoire. C’est l’histoire de Jo, une petite mercière de 47 ans sympathique, plutôt bien dans sa peau plutôt bien dans sa vie bien «ordinaire» à qui il arrive quelque chose de pas ordinaire du tout : elle gagne au Loto. Et à partir de là bien sûr, sa vie va changer. Dans quel sens ? Impossible d’en dire plus sans déflorer le sujet. Et sur un livre aussi court, ce serait dommage.

Le style. Là, c’est une assez bonne surprise. C’est léger, imagé, coloré, ça sonne juste, fluide (un peu comme du Anna Gavalda) et drôle. Les phrases, les paragraphes et les chapitres sont courts, on ne s’ennuie donc pas malgré le petit nombre de dialogues. Bref, c’est agréable, ça se lit très vite et très bien. Sans doute aussi ce qui a fait son succès. A noter également l’aisance avec laquelle l’auteur se glisse dans la peau féminine de Jo, on pourrait croire que le livre est écrit par une femme.

Le plus gros reproche que je lui fais côté style, c’est que tout est écrit sur le même ton. Les moments forts et la routine. Les moments clés (comme les décisions prises ou les retournements de situations) ne se démarquent pas du long cours et des souvenirs, réflexions et autres commentaires que se fait la jeune femme. Un peu monocorde.

Au final, un sentiment assez partagé après ma lecture : je l’ai bien plutôt bien aimé mais n’en garderai pas un souvenir pérenne et ce genre de roman ne sera jamais ma tasse de thé. Cependant, le personnage est attachant et si sa vie est une routine faite de petites banalités (comme finalement celle de presque tout le monde !), elle n’en est pas pour autant tout à fait banale. Et Jocelyne a souvent des questions et des réflexions justes. Certes il y a des clichés mais difficile de les éviter avec un tel sujet et l’auteur se paie le luxe de faire dire à son personnage qu’elle est «clichés» ou qu’elle en utilise.

Certains passages sont émouvants car la vie de Jo n’est pas exempte de peines et de drames. Comme celle de presque tout le monde. Cependant l’auteur ne donne jamais dans le pathos, il distille la tristesse par petites touches. Et Jocelyne a parfois des réflexions justes (sur le consumérisme, sur les nouvelles technologies, sur l’amour, l’amitié, l’argent et la richesse…

Notons au passage que la fin est incompréhensible et ne colle pas au corps du roman et au caractère du personnage.

Bref, ce livre m’a laissé une sensation de sucré-salé, de tiédeur douce-amère. Et, plus long, il me serait probablement tombé des mains.

Quelques jolies petites phrases glanées au hasard de ma lecture.

Page 101 : Etre riche c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça.

Page 108 : On remplit les armoires lentement, les tiroirs un à un. On passe une vie à remplir une maison ; et quand elle est pleine, on casse les choses pour pouvoir les remplacer, pour avoir quelque chose à faire le lendemain. On va même jusqu’à casser son couple pour se projeter dans une autre histoire, un autre futur, une autre maison. Une autre maison à remplir.

Et enfin : J’aimerais avoir la chance de pouvoir décider de ma vie, je crois que c’est le plus grand cadeau qui puisse nous être fait. Une envie que je mettrais en tête de liste si j’en avais une ! Et ce n’est certes pas avec de l’argent qu’on pourrait l’obtenir !

Si je devais lui mettre une note sur 10, ce serait 6,5 ou 7. Je sais, je suis difficile mais impossible quand même de crier au chef-d’œuvre. Et au succès mérité ?

Je ne suis pas tout à fait prête pour un second Grégoire Delacourt. Mais ne faut-il pas ne jamais dire ‘Fontaine…