1
Sur le mur d’une école
le mot liberté a été écrit avec de la craie blanche
par les petites mains des écoliers.
Sur le mur de l’Histoire
la liberté a écrit leurs noms
avec du sang.

2
– D’où es-tu ?
– De Syrie.
– De quelle ville en Syrie ?
– Je suis née à Dara. J’ai grandi à Homs. Je me suis épanouie à Lattaquié.
– J’ai rajeuni à Banias. J’ai fleuri à Jesr Alshoghor. J’ai brûlé à Hama.
– Je suis entrée en éruption pour Edleb.
– J’ai tonné à Déralzur et j’ai été éclair à Qamishli.
Et massacrée à Daraya.
– Qui es-tu ?
– Je suis celle qui leur fait peur
je suis celle qu’on emprisonne
Je suis celle qu’on brûle
je suis celle qu’on tue.

C’est moi…
qui fais fleurir les arbres du cœur
quand je passe
qui fais tomber les montagnes de leur hauteur
qui fais revenir l’histoire sur ses pas
et qui colore la terre de mon soleil.
C’est moi…
Celle qui crie à la face du dictateur.
Celle qui vit seulement dans les esprits nobles
celle que connaissent seulement les cœurs des héros
celle qui ne marchande pas et qui n’est pas à vendre.

Je suis le pain de la vie et son lait
mon nom est
Liberté.

Maram al-Masri (poétesse syrienne, née en 1962) Poème extrait du recueil Elle va nue la liberté, Editions Bruno Doucey, 2013).