Sorti en février 2018 chez Albin Michel, Collection Terres d’Amérique. Roman. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez. Titre original : Larose. 516 pages.

EN DEUX MOTS

Une saga familiale qui remonte aux Indiens d’avant l’arrivée des colons pour s’achever de nos jours. Grandiose, humaine et bouleversante. A nouveau Louise Erdrich réussit à nous éblouir, à nous étourdir en mêlant traditions indiennes ancestrales et vie « moderne » dans une réserve, tragédie et tentative de résilience. Et d’une plume lumineuse non dénuée d’humour et de suspense là où on s’y attend le moins. Oserai-je écrire « chef-d’œuvre » ? Il paraît que j’utilise trop ce terme dans mes chroniques… Mais tant pis, j’ose.

L’auteure. Louise Erdrich est d’origine ojibwé par sa mère et germano-américaine par son père. Elle a grandi dans une réserve indienne, celle de Turtle Mountains, dans le Dakota du Nord. Son œuvre est imprégnée de son amour du peuple et de la culture ojibwe, dont elle a toujours voulu honorer les ancêtres et faire entendre la voix.
Louise Erdrich est un peu pour les Amérindiens ce que Toni Morrison est aux Noirs américains. Il faut dire que les Amérindiens n’ont pas été mieux traités que les Noirs aux USA et que ce n’est que depuis 1978 qu’ils ont le droit de pratiquer leur religion en public, notamment !
Louise Erdrich vit à Minneapolis où elle a ouvert une librairie, qu’elle a appelée « Ecorce de bouleau» en indien car l’écorce de bouleau était aux Indiens ce que le papyrus était aux Egyptiens, dans laquelle elle vend aussi des tisanes concoctées selon les recettes de ses ancêtres. Dans ses romans, il est toujours question de la réhabilitation des racines et de la culture amérindiennes après l’anéantissement progressif et programmé des Indiens par les colons européens.
L’œuvre de Louise Erdrich a été récompensée par de nombreux prix littéraires.

Les cinq premières lignes.
« C’est là où la limite de la réserve coupait en deux, de manière invisible, un épais bosquet – merisiers, peupliers, chênes rabougris – que Landreaux attendait. Il affirma qu’il n’avait pas bu ce jour-là, et par la suite on ne trouva aucune preuve du contraire. C’était un catholique pieux et respectueux des coutumes indiennes, un homme qui, lorsqu’il abattait un cerf, remerciait un dieu en anglais et faisait une offrande de tabac à un autre en ojibwé ».

L’histoire. Fin 1999, peu avant le changement de millénaire, dans le Dakota du Nord. Dès la seconde page se produit le drame autour duquel va tourner toute l’histoire. Dusty Ravich, un enfant de cinq ans, est tué au fusil par Iron Landreaux qui visait un cerf et n’a pas vu le petit, caché dans un arbre juste derrière. Landreaux est le voisin et ami de Peter Ravich, le père de Dusty et leurs deux épouses, Nola et Emmaline, sont demi-sœurs. Autant dire que les familles étaient soudées, parents et enfants même si Nola et Emmaline ne s’étaient jamais vraiment entendues comme des sœurs… Iron et Emmaline Landreaux ont un fils de cinq ans lui aussi, LaRose, qui était ami avec Dusty. Le drame touche de plein fouet les deux familles.

Après avoir convoqué les esprits par le biais des pierres brûlantes et des « plantes médecine » dans la cabane à sudation, Landreaux convainc Emmaline de « donner » LaRose, leur plus jeune fils, aux Ravich en « échange » de Dusty. Ce qu’ils font en disant : « Notre fils sera votre fils ». Réticents au départ, les parents en deuil finiront par l’accepter.

La mort de Dusty et l’offrande de LaRose auront des conséquences, pas seulement dramatiques, pour les deux familles. Les deux mères, qui ont chacune perdu un enfant, les deux pères dont l’amitié se délite et les frères et sœurs des deux garçons qui tous, les aimaient tous les deux.
Partant de ce déchirement des deux familles, Louise Erdrich nous entraîne avec ferveur et grâce dans une saga qui débute en 1939 avec la naissance de la première Indienne prénommée LaRose, cinq générations auparavant. Passé et présent se confondent en une chronologie pas toujours linéaire mais dans laquelle on ne se perd jamais.

Impossible d’en dire davantage sur une histoire si longue, si riche, si dense et si maîtrisée dans son écriture et sa construction qui ne laisse rien en suspens. Des premières aux dernières lignes, Louise Erdrich, qui s’est inspirée d’événements et de personnages de sa famille, nous emmène dans la réserve indienne parmi les membres d’une tribu qui essaie, tous âges confondus, de mener une vie « moderne » sans oublier les us et coutumes amérindiens. La fin ne pourra laisser aucun lecteur les yeux secs. Éblouissant.

Le style. L’écriture foisonnante de ce roman (comme sa traduction hors pair) n’a d’égale que celle des autres romans de Louise Erdrich. Déchirement des cœurs, malaise dans les familles, exaltation de tous les sentiments, beautés de la nature, empathie de l’auteure avec ses personnages et son peuple tout entier, richesse et variété des dialogues selon les personnages, rien ne manque pour provoquer chez le lecteur les larmes, le rire, la compréhension et l’indignation. L’empathie, donc, là aussi. De page en page le plaisir dure jusqu’à une sensation réelle d’éblouissement littéraire.


Mon avis sur le livre. À nouveau la tranche du roman que je viens de terminer est multicolore. Mais tous les signets collés sur les pages et tous les mots écrits ici ne pourront rendre compte de la valeur (émotionnelle, dramatique et littéraire) du dernier roman de cette auteure amérindienne que j’aime et admire tant, et dont j’achète les romans dès leur sortie.

Rarement des personnages de romans auront été aussi richement et finement dépeints. Du premier au dernier – et ils sont nombreux – l’auteure nous les présente avec leur passé, qui forcément explique en partie leur présent, avec leur sensibilité, leurs émotions, leur caractère propre et leurs différences. À travers leurs histoires personnelles, elle retrace l’histoire d’un peuple tout entier, son peuple, sur plus de cent ans. Il m’est impossible de tous vous les dépeindre, ni même de les évoquer, je préfère vous laisser le bonheur de les découvrir vous-même. Tous, même les moins « bons » ont des raisons de nous émouvoir et de nous inciter à les comprendre.

Impossible pourtant de ne pas parler du petit LaRose. Je ne crois pas en dieu mais si j’étais croyante j’en ferais volontiers l’objet de ma foi. À cinq ans il ressent les choses comme un enfant mais les comprend presque comme un adulte. Fils préféré de son père, son « petit homme », il se laisse offrir à la famille en deuil de son ami tout en continuant à aimer ses vrais parents sans leur en vouloir vraiment. Et à aimer aussi sa nouvelle famille même si c’est d’une manière différente… Il ira jusqu’à accepter, lorsque la séparation sera devenue intenable pour sa mère naturelle Emmaline, de vivre un peu chez les Ravich, un peu chez les Landreaux, en se plaignant du bout des lèvres, comme un enfant qui vivrait en garde alternée aujourd’hui ! Mais pour des raisons bien plus humaines… Il dit en passant : « Vous me faites passer des uns aux autres. Je suis d’accord, mais c’est barbant ». LaRose a le pouvoir de rendre beau ce qui est laid, bon ce qui est mauvais. Tout en gardant une âme d’enfant joueur et facétieux. « Respectueux, facile à vivre, agréable, un peu timide. Un garçon adorable, et doué », en disent ses professeurs. Un « ange » version indienne, de chair et de sang – qui sait vivre sur terre et voler dans les cieux.

À partir du drame sur lequel s’appuie toute la saga, Louise Erdrich aborde et développe de nombreux sujets, impossibles, tout comme les personnages, à dénombrer mais qui pour la plupart concernent le peuple ojibwé d’hier et ce qu’il en reste aujourd’hui. La persistance de certains rites et coutumes ancestraux et l’intégration réussie de certains Amérindiens dans les terres qui leur sont attribuées par l’Etat américain.

Le sentiment de culpabilité est très présent, surtout chez les parents. Chacun culpabilise à son niveau. Iron Landreaux doublement : pour avoir tué le fils de son ami bien sûr, et pour avoir donné le sien en réparation de l’injustice, privant sa propre femme (et lui) de leur enfant. Nola, la mère de Dusty, pour avoir peut-être causé la mort de Dusty en le laissant filer en douce après qu’elle l’ait grondé, et surtout pour aimer LaRose presque « comme » un fils, Emmaline d’avoir « donné » son enfant. Les enfants des deux couples pour diverses raisons. Mais un drame si grave ne peut laisser personne indemne, surtout pas les parents…

Le rôle des enfants est prépondérant dans toute l’histoire. Solidaires d’une famille à l’autre, ils essaient d’aider à la réconciliation de leurs parents, LaRose mais aussi ses frères et sœurs et Maggie, la sœur aînée de Dusty qui, véritable chipie au début, jalouse de LaRose – et même de son frère mort –, finit par s’attacher à LaRose et à ses frères et sœurs. Puis par se réconcilier avec sa mère, avec laquelle elle avait des rapports extrêmement tendus depuis la mort de Dusty. Et si une résilience, autre thème fort du roman, reste accessible aux adultes (Nola, certainement la plus marquée), elle se fera sur la durée et grâce aux enfants.

D’autres sentiments forts sont exprimés d’une plume empathique puissante (toutes les formes d’amour sans exception). Certaines scènes d’amour charnel, entre Peter et Nola notamment, sont déchirantes car elles convoquent en même temps l’amour et la haine qu’ils ressentent à présent l’un pour l’autre (très belle page 113), d’autres sont tout simplement bouleversantes tant le sentiment amoureux est prégnant.

La mort est également de toutes les pages. Pour les Amérindiens qui ont de tout temps eu le respect des anciens et des morts, qu’ils fêtent régulièrement, elle n’est pas un sujet tabou. Ici, elle est omniprésente. Par la disparition de Dusty bien évidemment, mais aussi par la présence d’un certain nombre d’anciens et d’anciennes qui plaisantent à qui mieux mieux sur la mort récente d’untel et évoquent la leur comme si elle pouvait survenir le lendemain. En outre, la mort n’est pas seulement dramatique, elle apporte en de nombreuses occasions une dimension fantastique à certaines scènes. Les morts parlent aux morts mais aussi aux vivants et inversement. Certains personnages (notamment toute la lignée des LaRose, cinq y compris notre petit héros) sont pourrait-on dire dotés du don d’ubiquité : ils ont des visions pendant lesquelles ils se transforment en fantômes échappés de leur corps et peuvent recevoir la visite de certains parents disparus depuis longtemps pour les guider dans leurs actes ou leurs pensées. Ce sont les morts qui nous racontent la fin des Indiens lors de conversations avec leurs descendants vivants momentanément déconnectés de leur corps ! Dit ainsi, cela peut paraître insensé voire fantasque, mais dans le contexte du roman et les circonstances où ces faits ont lieu, cela devient plus que plausible. Évident, presque… Voir les personnes « élues » aller et venir de leur corps à l’extérieur, en volant même, assister à des conversations entre esprits morts et vivants comme s’ils étaient assis à la même table, finit par nous paraître familier et nous lisons au départ ces scènes avec surprise puis très vite avec un grand plaisir car elles sont remplies de fantaisie, de fantastique, de drame, de poésie… Mais attention ! Ce roman est bien ancré dans une réalité terrestre et temporelle !

Ainsi page 178 : « C’était naturel, se disait Nola, de vivre dans les deux. Quand on pouvait voir un monde depuis l’autre monde – par exemple celui des vivants depuis celui des morts , c’était plutôt réconfortant. Elle trouvait apaisant de s’imaginer dans un cercueil ». Et page 275 : « LaRose ne pouvait s’échapper de son lit, mais elle se souvint des enseignements de sa mère. Elle sortit de son corps en battant sauvagement des bras et des jambes, détacha son esprit de son enveloppe. (…) LaRose s’échappa de son corps et s’éleva en tournoyant dans l’air impétueux à l’instant même ou Mackinnon plongeait ses défenses de sanglier dans son cœur ». Oui, oui, dans l’histoire, on y croit ! Car cela fait partie des enseignements d’une mère (LaRose) à sa fille (LaRose), toutes deux douées de certains pouvoirs.

Pour en revenir au point de départ du roman : la coutume ancestrale qui consiste à donner un enfant de sa famille à une famille qui en a perdu un. Je dois dire qu’elle m’a tout d’abord un peu « étonnée » au début. Même si j’avais déjà entendu parler de cette forme de justice indienne au fil de mes lectures, je n’avais lu aucun roman dont elle fût le sujet principal. J’ai fini par la comprendre et l’apprécier à sa « juste » valeur dans son contexte (passé et présent). Elle est fondée sur une idée de justice, de réparation, de bienveillance. Cette ancienne coutume indienne veut que lorsqu’une famille subit le deuil d’un enfant (guerres, épidémies, famines, massacres… les causes de mortalité enfantine n’ont jamais manqué), une autre famille, de la même tribu ou d’une autre, lui en « offre » un. Il ne faut pas oublier que les Indiens vivaient en tribus, soit en communautés regroupées et solidaires. Et les « dons », les adoptions d’enfants n’étaient pas rares.

 

Enfin, la densité historique du roman est saisissante. Sur plus d’un siècle, depuis les missionnaires, depuis l’origine de la lignée des LaRose, avec Fleur, nous apprenons beaucoup sur tout ce qui a été tenté par les Amérindiens survivants pour que perdurent leur culture et leurs valeurs séculaires. Nombre de sujets sont évoqués : les pensionnats fondés par les colons pour les enfants indiens qu’ils enlevaient à leur famille et dans lesquels les enfants d’aujourd’hui continuent d’aller par choix, d’autant qu’ils se trouvaient sur la réserve et emmenaient les enfants de la crèche au CM1. La tuberculose, dont moururent de nombreux Ojibwés. Et bien d’autres thèmes, tous passionnants.

Pour finir, je dirai bien que LaRose est le plus beau roman que j’ai lu cette année – même si j’ai moins lu ces derniers temps –, mais je l’ai peut-être déjà dit à propos d’un autre. Je n’irai pas vérifier car la lecture n’est pas une compétition. Forcément il va dans la rubrique Hors du commun qui commence à bien s’étoffer et dans laquelle il a toute sa place pour le plaisir de lecture intense qu’il représente. Pas une ombre au tableau, plus de cinq cents pages de bonheur pur ! Et dans le cœur un trou énorme après l’avoir refermé…

Louise Erdrich nous donne à réfléchir sur un peuple aux sentiments et aux liens familiaux si forts qui a payé aux Européens un tribut incommensurable. Je n’ai pu que penser une fois encore aux paroles de Jim Harrison dans une interview de François Busnel (Carnets de route) : « Quand Colomb est arrivé aux Etats-Unis, Christophe Colomb (c’est pas écrit, nan c’est pas écrit dans les bouquins), il y avait 11 millions d’Indiens, c’est une estimation, aux Etats-Unis d’Amérique. En 1900 il n’en restait que 250 000 ! Donc, je pense à ça comme à un génocide prolongé, une shoah prolongée : 10 millions et demi de personnes sont mortes, 510 langues, 510 cultures séparées, différentes. Donc, si vous voulez, ça c’est le fantôme qu’on a dans notre armoire et il était dit que les Américains ont peur d’ouvrir l’armoire indienne parce que le fantôme va en sortir. »

Louise Erdrich est une femme qui donne envie à ses lecteurs de la connaître personnellement, d’aller boire en sa compagnie une tisane d’herbes ancestrales dans sa librairie. Je donnerais très cher pour pouvoir le faire. Si possible en compagnie de Joseph Boyden et de l’âme de Jim Harrison, puisque dans la culture amérindienne les morts ne sont jamais absents du monde des vivants.

 

EXTRAITS

Sur les traditions ojibwés et leur transmission dans la lignée des LaRose. Une leçon de vie, tout simplement, entre le bon sens de nos paysans, les remèdes dits « de grands-mères » à base de plantes qui reviennent un peu à la mode et l’écologie avant la lettre pour le grand respect de la nature (page 278):
« Avant de mourir, la première LaRose enseigna à sa fille comment trouver les esprits protecteurs dans chaque endroit qu’elles parcouraient à pied, comment guérir des malades avec des chants, des plantes, quels lichens manger en cas de faim dévorante… Elle lui enseigna comment savoir d’après les cris des oiseaux quel animal venait d’entrer dans les bois, d’où arrivait le mauvais temps et de quel mauvais temps il s’agissait, si vous alliez mourir ou si un ennemi était sur vos traces. Elle lui apprit comment empêcher un nouveau-né de pleurer, comment amuser un enfant plus âgé, comment nourrir les enfants de tous âges… (…) Comment récolter le riz sauvage, danser, le vanner, le faire sécher et le stocker, et fabriquer du tabac pour sa pipe. Comment percer les troncs d’arbres, percer des chalumeaux pour collecter l’eau d’érable, comment fabriquer du sirop, du sucre, comment faire tremper une peau, la racler, comment la graisser et la préparer en utilisant la cervelle de l’animal, comment la rendre souple et satinée, comment la fumer, quels ingrédients utiliser. Elle lui enseigna comment fabriquer des moufles, des jambières, une robe, un tambour, un manteau, un sac avec l’estomac d’un élan, d’un caribou, d’un bison des bois. Elle lui enseigna comment laisser son corps derrière elle lorsqu’elle était à moitié réveillée ou bien endormie, et voler de-ci de-là pour chercher à savoir pour chercher à savoir ce qui se passait sur la terre. Elle lui enseigna comment rêver, comment sortir d’un rêve, transformer le rêve, ou demeurer à l’intérieur pour avoir la vie sauve ».

Pourtant, LaRose, deuxième du nom, fille de la précédente, a fait des études poussées. Elle apprend : « Une liste de races qu’elle dut mémoriser plaçait la blanche au sommet, ensuite la jaune, la noire, et enfin la sauvage ; selon le programme scolaire, son peuple se trouvait au bas de l’échelle ».
Heureusement que l’homme blanc a débarqué pour montrer à ces sauvages comment vivre comme il faut, comme il se doit, dans la foi et dans la bonne humeur ! Au fait, qu’apprennent aujourd’hui les parents des « grands » pays occidentaux à leurs enfants ?

Sur les noms donnés aux enfants, un beau passage pour finir en beauté : « Qu’il l’appelle Fleur la mettait mal à l’aise. On ne donnait pas aux filles des noms de fleurs, car les fleurs meurent si vite. On leur donne le nom de ce qui est immortel – genres de lumière, genres de nuage, formes d’étoile, ce qui apparaît et disparaît comme une île à l’horizon ».