Sorti en mars 2017 aux éditions Les Arènes. Traduit de l’allemand par Corinne Tresca. Essai. 272 pages.

Avril… le printemps est arrivé ! Enfin… presque ! Et pour fêter la renaissance de Dame nature, je vous propose de partager, sur ce blog, la passion de Peter Wohllenben pour le monde fascinant des arbres.
Dans ce blog magnifique, Cathy, avec ses belles chroniques, éclaire et guide nos lectures, et met toute son empathie au service des auteurs et de leurs lecteurs. Que l’on soit fan ou pas, il faut bien reconnaître qu’elle est, sinon la meilleure, une bloggeuse charismatique et passionnée qui nous ravit, nous instruit et parfois nous fait rire.
Mais « un seul petit bémol » comme elle dirait : il n’y a pas beaucoup d’essais. C’est pourquoi et avec son accord, je vais en présenter un : La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben.
Merci à Cathy de me permettre de m’exprimer.

 L’auteur et le livre. Peter Wohlleben est né en 1964 à Bonn, où il a grandi. Fidèle défenseur de l’environnement, il a écrit plusieurs livres, dont La Vie secrète des arbres. Enfant, déjà, Peter Wohlleben voulait protéger la nature. Devenu forestier, il est responsable d’un bois de trois mille hectares situé à une heure de Cologne. Là, appliquant les consignes de l’époque, il « martyrise » les arbres : il abat des arbres centenaires et pulvérise des hectares avec des insecticides. Mais il ne se sent pas bien et sa passion des arbres reprenant le dessus, il remet en cause sa façon de travailler. Depuis il « chouchoute » ses amis les arbres, introduit des chevaux, élimine les insecticides et expérimente une autre manière d’exploiter la forêt en laissant pousser les bois de manière sauvage. En deux ans, la forêt est devenue rentable. Il dirige aujourd’hui une forêt écologique et nous livre ses conclusions dans cet essai captivant.
Paru en 2015 en Allemagne sous le titre Das geheime Leben der Bäum, La Vie secrète des arbres est vite devenu numéro un des ventes avec plus de 650 000 exemplaires vendus. Best-seller aux Etats-Unis aussi, il est traduit en 32 langues dans le monde.

Les cinq premières lignes.
« D’après le dictionnaire, le langage est la capacité des hommes à s’exprimer et à communiquer entre eux. Nous serions donc les seuls aptes à parler puisque la notion ainsi définie se limite à notre espèce. Est-ce bien certain ? Pourquoi les arbres ne s’exprimeraient-ils pas ? Une chose est sûre, ils ne parlent pas et n’émettent aucun son. Les branches qui craquent quand il y a du vent, le bruissement du feuillage sont des phénomènes passifs indépendants de leur volonté ».

Dans La Grande Librairie (France 5) du 15 décembre 2017, François Busnuel en disait : … « Livre étonnant, c’est passionnant comme un roman, je le recommande à tout le monde ». Dans cette même émission, l’invité Sylvain Tesson rendait un hommage appuyé à Peter Wohlleben en soulignant l’originalité de cet essai et citant deux écrivains célèbres : Jules Renard qui disait « Penser c’est trouver des clairières dans la forêt » et Gérard Nerval : « Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres ».

Peter Wohellben a ravi ses lecteurs avec des informations attestées par les biologistes depuis des années : les arbres sont des êtres sociaux. En effet, les scientifiques savent depuis les années 70 que les arbres communiquent entre eux par les odeurs notamment, et depuis une vingtaine d’années ils s’appuient pour cela sur « L’Internet des champignons », un vaste réseau de filaments enfouis dans le sol (les racines). Seulement le grand public ne le sait pas, disait-il. Les citadins regardent les arbres comme des  » robots biologiques « , conçus pour produire de l’oxygène et du bois.

Or, pour Peter Wohellben, « Les arbres savent communiquer entre eux. Ils peuvent avertir leurs congénères d’une attaque d’insectes, par exemple, les ormes se débarrassent des chenilles en émettant des substances attirant des petites guêpes qui pondent dans celles-ci. Si c’est une biche qui les croque, ils envoient dans leurs rameaux des substances toxiques ou amères. Ce qui prouve qu’ils ont le sens du goût. Ils peuvent aussi « voir » la longueur des jours, « senti r» des messages olfactifs ou la température de l’air. Ils sont peut-être même dotés de l’ouïe… »
« Les arbres d’une même espèce, celles vivant dans les forêts primaires, sont toujours solidaires ». « Ce sont des êtres vivants, des êtres sociaux » qui s’organisent en colonies, en réseau comme les membres d’une famille.
Pour ma part j’adore la nature et les arbres. J’ai lu ce livre avec un intérêt croissant car je voulais en savoir plus sur leur vie dans la nature. En cela cet essai m’a beaucoup plu et, s’il peut parfois sembler un brin déroutant, il est très intéressant et ouvre beaucoup de portes. On y ressent bien que l’auteur est un amoureux des arbres, un vrai.
Mais Peter Wohellben est aussi un véritable conteur qui nous parle avec passion des arbres : les hêtres, les chênes, les épicéas…, qu’il considère ses amis. Il en parle comme s’ils étaient conscients.
C’est ainsi qu’il nous démontre que les arbres ne sont pas des choses, mais des organismes vivants. Par leurs racines, les arbres envoient des substances chimiques – les signaux – qui leur permettent de communiquer entre eux. En émettant des odeurs, ces « fragrances subtiles », les arbres se préviennent de tout un tas de choses, pour repousser un ennemi ou attirer un ami, par exemple, pour soigner les malades, pour nourrir les enfants arbres ou mêmes les vieilles souches afin de les empêcher de mourir. Ces signaux sont aussi un moyen de défense qui permet aux arbres de s’entraider comme les membres d’une communauté en cas de danger.
Peter Wohlleben affirme que les arbres ont non seulement une conscience, mais aussi une mémoire car ils peuvent compter. Ainsi, les pommiers comptent les jours à 20 degrés pour éviter de fleurir trop tôt. Cette vie dans la forêt est très lente et le rapport au temps est différent. Il faut beaucoup de patience à l’homme pour l’apercevoir.
Mais il lui faut également faire preuve de modestie, de simplicité. « Le langage scientifique supprime l’émotion, et les gens ne comprennent plus rien. J’utilise un langage humain. Quand j’écris que  » les arbres allaitent leurs enfants, tout le monde sait tout de suite ce que je veux dire  » », explique l’auteur.
Mon avis sur ce livre. Malgré des longueurs, cet essai est passionnant. L’auteur nous donne sa vision du monde végétal avec beaucoup d’humour parfois. C’est un excellent document scientifique, qui montre de grandes qualités pédagogiques. Petit bémol : il est parfois un peu trop scolaire et fastidieux à lire, certaines descriptions scientifiques sont un peu longues. Mais on y apprend tellement de choses sur les hêtres, les sapins, les lichens, sur la croissance des séquoias et sur le modèle de cet écosystème qui semble exemplaire !

L’homme s’imagine souvent différent ou supérieur à la nature. Mais il lui suffirait d’être plus à son écoute pour se rendre compte que nous fonctionnons, dans bien des domaines, selon les mêmes règles. Au fil de cette lecture on se rend compte que l’auteur réduit l’espace entre le monde végétal et le monde animal.
Je pense, moi aussi, que les arbres nous parlent si nous savons les entendre et faire le vide à l’intérieur de nous. Au cours de mes promenades en forêt il m’est souvent arrivé de ressentir une étrange sensation de plénitude, comme une complicité quasi spirituelle. Qui n’a jamais frissonné au bruissement des feuilles ou ne s’est senti apaisé dans une clairière ?

Dans ce livre, Peter Wohlleben pose des questions majeures : si les plantes sont des êtres vivants, ces « êtres végétaux » qui coexistent avec nous, qui souffrent quand on les coupe, qui communiquent entre eux, qu’est-ce que l’on pourra manger ? Alors, s’il ne faut pas tuer les animaux, si les végétaux souffrent quand on les coupe, comment l’homme assurera-t-il sa descendance devant une nature immortelle ? Vaste problème pour les végans, les végétariens, de plus en plus nombreux… La réponse juste est sûrement difficile à trouver mais un peu de modestie et une alimentation globalement moins riche pourraient être une première approche…
Pour toutes les informations contenues dans cet essai et pour les questions qui en découlent, je conseille cette lecture à tous les amoureux des arbres et de la nature. Et aux autres également, qui sait, ils pourraient le devenir un jour…

Gogo, « absolute fan of Bouquivore ».