Dans tous les ports de pêche du monde, il y a les trois mêmes vieux qui scrutent la mer, assis sur leur muret, crachant par terre et invectivant le ciel. Pareil pour les élections américaines. Il y a quatre ou cinq spécialistes à l’oreille desquels tout le monde murmure. Et quand le ciel politique s’assombrit, nous nous tournons vers eux pour voir ce qu’ils voient. Et ils nous rassurent. Consultez les sondages généraux, qu’ils disent. C’est la démocratie qui commande. Ils étaient persuadés que Trump ne pourrait pas gagner sans les votes noir et hispanique. Ils ont ri de notre panique morale. Ah ! leur doux sourire quand Trump nous inquiétait. Mais le temps tourne, on dirait. Les voilà qui examinent leurs sondages et leurs notes confidentielles, et leurs lèvres sont scellées. Le genre d’expression qu’on redoute de voir sur le visage des trois vieux sur le port quand les vagues s’énervent et que le vent se lève.

Robert McLiam Wilson, Charlie Hebdo, 28 septembre 2016

Note de Cathy la SL : Et si c’était pareil pour nous en mai 2017 avec Marine Le Pen ? Ils auraient bonne mine aussi, nos sondeurs. Mais pour nous, ce serait la marée noire…