De Mireille, sur D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

Bonjour les lectrices ,
Encouragée lors de la dernière réunion par vos commentaires sur ce roman qui m’ennuyait un peu, je l’ai terminé hier. Au final, même si je n’ai pas été enthousiasmée, j’y ai trouvé des choses intéressantes.
En effet, cette intrigante affaire à questionnement double : qui est L. ? Qui envoie les lettres anonymes ?
J’en arrive à la conclusion que ces deux énigmes ont une seule réponse D’après moi, L. n’est autre qu’un double imaginaire de la narratrice. J’y ai pensé dès le départ . mais je m’en suis convaincue lorsque L. raconte que dans sa jeunesse elle avait une amie imaginaire, une certaine Ziggy, qui l’accompagnait dans son quotidien fantasmé . Et j’ai été convaincue que c’était cela lorsque, à la fin, la narratrice explique que tout ce que L. a raconté avait sa source dans tous les romans lus.
Aucun doute, cette narratrice, Delphine est très, très perturbée psychiquement. Par son échec littéraire antérieur, par sa vie. Je sais que ce processus d’ami imaginaire présent dans la vie de quelqu’un est un phénomène connu, pas si rare que cela . Poussé à ce point, cela relève certainement de la psychose, et cela porte certainement un nom. Je ne sais si cela a à voir avec la schizophrénie . L., c’est donc “ elle”, Delphine . Une “ elle” à qui elle accorde une majuscule, peut-être parce que cette voix qui la guide et la manipule a plus de poids que celle qui est si fragilisée. Et cette majuscule est suivie d’un point, comme pour la stopper là, elle ne sortira pas du cadre qui lui est accordé, elle restera murée dans le mental de la narratrice, elle n’existe pas . L/elle est obsessionnelle, point final.
Et je pense que c’est Delphine elle-même qui, dans son délire, s’envoyait les lettres. De la dernière lettre, reçue quand elle commence à retrouver ses marques en ayant fait disparaitre L., elle dit qu’elle est signée . Mais sans préciser par qui . J’ai l’impression qu’elle ne le dit pas parce que cela ne nous intéresse pas : cela ne regarde qu’elle, elle est enfin capable de reconnaître la mystification, dont elle n’a plus besoin. Ces lettres, pour moi, c’était tout simplement de l’auto flagellation .
Ce qui me fait aussi pencher nettement vers cette forme d’aliénation, c’est un petit détail à la fin . Quand Delphine croit reconnaître un jeune homme qui aurait porté les bagages de L. quand elle s’est “installée” chez Delphine, elle lui précise son adresse : Rue de la Folie-Méricourt. J’ai vérifié, cette rue existe bien dans le 11ème arrondissement de Paris . Mais bon … La folie, mère y court ….. !!!!
Petit détail que j’ai bien aimé , qui apporte une note positive . Le mot FIN* suivi de l’astérisque. Dans un dialogue avec L., Delphine avait envisagé finir son roman comme cela ; la voix de L. lui disait que c’était nul, ringard, on n’écrit plus FIN. Eh bien si, elle en a fini avec sa dépression destructrice, et elle affirme ce qu’elle veut .
Bon, ceci étant dit, cette auteure qui écrit tout un roman pour nous expliquer qu’elle n’arrive plus à écrire, ça me laisse à moitié convaincue !!!
Mireille