Sorti en janvier 2015 chez Grasset. Sorti en poche chez J’ai Lu en décembre 2015. 96 pages. Roman ou plutôt récit.

 

 

En deux mots

Dix-sept ans devrait être étudié dans les écoles. Cela ferait prendre conscience aux ados, aux parents et aux éducateurs de ce qu’il en est vraiment de l’avortement, de sa nécessité dans certains cas. Quel que soit le milieu social. A lire aussi parce que l’avortement est rarement abordé en littérature.

 

 

 

L’auteure. Colombe Schneck, née en 1966 à Paris, est titulaire d’une maîtrise de droit et d’un diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris. Journaliste télé (Canal +,itélé) et radio (France Inter). Depuis 2006 elle écrit des romans, le plus connu étant La Réparation (2012), traduit en plusieurs langues. Dix-sept ans est son dernier paru.

 

L’histoire. Près de trente ans après le fait, dix ans après la Loi Veil, l’auteure décide de parler de son avortement, en 1984.  Elle a alors dix-sept ans, l’âge de tous les possibles, sûrement pas celui de la raison et du sérieux. Née dans un milieu cossu, tout lui sourit. Des parents aisés, larges d’esprit et compréhensifs, dont elle dit : Ils sont médecins, de gauche, ils vivent Rive gauche, ils sont ouverts, charmants, cultivés et qui, quand elle leur demande s’ils n’ont pas un gynécologue dans leur relations, lui en recommandent un. Un petit ami dont elle n’est pas amoureuse mais qu’elle aime bien et avec qui elle découvre les joies de l’érotisme. En deux mots, elle est libre et heureuse. Et elle passe son bac dans quelques mois.
Jusqu’au jour où elle se retrouve « éjectée de son monde » : un oubli de pilule et elle se retrouve enceinte un mois avant le bac. Elle décide de ne pas garder l’enfant. Il n’y a rien d’autre à faire si elle veut mener la vie qu’elle a choisi de mener : faire Sciences-Po, être journaliste au Monde, présenter le Journal de 20 heures, donner mon avis à la radio, lire des livres interdits, me marier et avoir des enfantes le plus tard possible.
Soutenue par ses parents, elle se fait avorter et, excepté une légère infection de courte durée, tout se déroule bien.
Et pourtant, toute sa vie elle pensera à cet enfant dont elle n’a pas voulu et lui rendra hommage…

Mon avis. Colombe Schneck écrit ce livre alors que la Loi Veil autorisant pour la première fois en France l’interruption volontaire de grossesse a fêté ses quarante ans et qu’elle est remise en cause par certains députés de droite qui, considérant qu’elle banalise l’avortement, demandent qu’elle soit restreinte à certains cas.
Le sujet de l’avortement n’est pas très courant en littérature. Colombe Schneck dit avoir eu envie d’écrire Dix-sept-ans après avoir lu L’Evénement d’Annie Ernaux (2000) dans lequel cette dernière raconte son propre avortement clandestin en 1964, puisque celui-ci était encore interdit et puni par la loi. Dix-sept ans n’est pas un roman. Il se lit comme un récit dans lequel l’auteure envoie un message aux adolescentes et aux jeunes filles. Colombe Schneck, dans cette confession écrite trente ans après son IVG, veut leur dire que l’avortement n’est jamais totalement anodin et qu’aucune femme, quels que soient son âge et ses conditions sociales et familiales, n’y a recours de gaité de cœur.
En des phrases courtes, un style bref et sans fioritures, elle met le doigt sur la solitude dans laquelle se trouve inéluctablement la femme même si elle est bien entourée et la difficulté, plutôt l’impossibilité d’en parler, y compris aux amis les plus intimes, ceux à qui l’on dit absolument tout. L’avortement fait partie des tabous les plus difficiles à lever et Colombe Schneck dit quant à elle n’en avoir pas parlé par honte, gêne, tristesse quitte à faire son entrée dans la vie d’adulte avec un secret lourd à porter et auquel elle ne cessera jamais de penser dans sa vie de femme libre, celle qu’elle a choisie en avortant. Mais l’enfant qui n’est pas né et qui lui a manqué sera considéré comme le grand-frère de son fils et de sa fille, qu’elle aura choisi d’avoir des années plus tard.
Dix-sept ans est un livre courageux, utile, indispensable. Il devrait figurer au programme de français des collèges et des lycées.