Il s’est passé quelque chose de grand et de magique en ce week-end de Pentecôte 2016. Pendant trois jours, près de trois cents écrivains, représentant quarante-et-un pays, sont venus à la rencontre d’un public nombreux et motivé. Une véritable Tour de Babel littéraire, l’essentiel de la «Littérature monde».
Les Étonnants Voyageurs. Quel beau nom pour Le Festival international du livre et du cinéma, fondé il y a plus de vingt-cinq ans par Michel Le Bris, philosophe, écrivain et breton.

Impossible de tout décrire (le peu que j’ai entendu), impossible de tout raconter (le peu que j’ai vu), inutile d’essayer d’être exhaustive, même si je meurs d’envie de vous faire partager le maximum de mes rencontres. Sur rien moins que dix ou douze sites répartis dans la ville, films, rencontres, débats, spectacles, conférences expositions, prix littéraires en direct, Café littéraire en continu (où ce sont les auteurs qui viennent voir leur public pour des débats) au Majestueux Palais du Grand Large qui exhibe ses grandes salles face à la mer.
J’allais l’oublier : un salon du livre de cinq mille mètres carrés. De quoi avoir le tournis, et je l’ai eu ! De quoi faire des folies, et j’en ai fait !
20160516_110044Impossible de tout voir, de tout entendre, surtout si l’on ne vient pas pendant les trois jours et que l’on n’a pas préparé minutieusement son programme personnel (tout comme moi).
Mieux vaut vous donner le moyen d’évaluer par vous-même l’étendue des plaisirs. Et si pour vous la lecture est aussi une passion, vous n’aurez qu’une idée en tête : rejoindre les rangs des spectateurs participants l’an prochain… Voici de quoi vous appâter.

20160515_153039Sur le site officiel du festival (vous tapez tout simplement Étonnants voyageurs, et c’est la première occurrence), vous trouverez le programme complet des festivités 2016, mais aussi celui des années passées. Outre les programmes, une longue revue de presse, la liste des auteurs (et des cinéastes) participants, avec pour chacun une fiche personnelle très complète et très intéressante. Des heures et des heures de consultation passionnante. Une somme de données impressionnante, d’autant que le site reprend les auteurs depuis les débuts du Festival.

Cette année, les deux thèmes principaux étaient les migrations et l’Amérique avec, entre autres l’anniversaire des vingt ans de la collection « Terres d’Amérique » d’Albin Michel, que je suis assidûment vu qu’elle édite tous mes « chouchous ». Les auteurs américains, grands habitués du festival, y furent une fois encore très présents.20160516_152046
J’ai pour ma part eu l’extrême joie et le très grand honneur de rencontrer Boualem Sansal, Sorj Chalandon, Caryl Férey, Pascal Buckner, pour les francophones, Joseph Boyden, Bret Anthony Johnston, Reif Larsen, Makenzy Orcel, Hyam Yared, Donald Ray Pollock… minuscule échantillon des princes du festival, les écrivains du monde, ces étonnants écrivains voyageurs qui, chaque année, retrouvent leur public enthousiaste dans la cité corsaire.
Je ne parlerai pas de tous ceux que j’aurais aimé voir (ils sont des dizaines) mais que j’ai ratés faute de temps, faute de les trouver, par excès d’activités et manque de disponibilités d’un côté ou de l’autre, bref, que j’ai ratés.
Deux temps forts. En dehors de mes rencontres avec les auteurs, ce qui m’a fait vibrer, ce qui avait été ma motivation première, c’est d’abord et avant tout la matinée Jim Harrison. L’hommage commençait avec la diffusion, à l’auditorium du Palais du Grand Large, du film documentaire « Entre chien et loup », où l’on a pu retrouver, le cœur un peu lourd, Jim Harrison dans toute sa simplicité, sa truculence et sa poésie, et qui valait largement l’heure et demie d’attente. Suivait un débat (photo du haut) animé par Brice Matthieussent, traducteur de Jim Harrison pendant vingt-cinq ans et co-auteur du film, accompagné de Joseph Boyden – ci-dessus à droite (écrivain amérindien auteur de Le chemin des âmes, Les saisons de la solitude et Dans le grand cercle du monde), entre autres.
Autre poin20160516_143145t fort du festival : le Café Littéraire, animé par Maëtte Chantrel, co-fondatrice du festival, qui a accueilli soixante-quatorze écrivains cette année. Ce concept de café littéraire – une immense salle, un plateau-estrade, des écrans de retransmission dans les angles et des tables de café, dans une ambiance tout à la fois enthousiaste et recueillie. En tout, quatre cents places assises, toutes prises d’assaut par des passionnés. Tout au long de la journée, heure du déjeuner comprise, les écrivains se succèdent par thèmes sur le plateau, avec leurs traducteurs, parfois leur éditeur, pour nous parler de leurs derniers livres. Et un peu d’eux-mêmes aussi avec des anecdotes et des fragments de leur vie personnelle. J’ai assisté à cinq débats et en suis sortie chaque fois éblouie, émue et reconnaissante. Et n’ayant qu’une envie : revenir l’an prochain !

20160515_141427 - Copie

Je ne m’attendais pas en arrivant au festival et malgré tout ce que j’avais pu lire et entendre, à une telle orgie de  spectacles, de débats et de rencontres, à aller de surprise en surprise. Étonnants Voyageurs est tout sauf un Salon du livre. C’est un lieu de rencontres passionnantes, émouvantes, chaleureuses avec des auteurs aussi disponibles que possible compte tenu de leur emploi du temps copieusement chargé, et de débats multiculturels fructueux avec une ouverture exceptionnelle sur le monde entier. On est loin du concept de la littérature franco-française (à laquelle je ne reproche rien que d’être souvent étriquée malgré elle). Les écrivains nous montrent l’exemple : ils voyagent et nous racontent le monde. Tels Caryl Férey qui à vingt ans a fait le tour du monde et situe ses romans  « noirs mais avec de l’espoir » dans des pays lointains et délaissés de la littérature. Ils nous ouvrent l’esprit, nous obligent à aller voir ailleurs. Ce qui est indispensable en ces moments de repli sur soi et de déplacements de populations.

Quelques-unes de mes heureuses rencontres.