Sorti en mars 2014 chez Albin Michel, Collection Terres d’Amérique. 598 pages. Roman. Traduit de l’anglais (Canada) par Michel Lederer.

L’auteur. Joseph Boyden est né en 1966 à Ontario. D’origine irlandaise, écossaise et indienne, c’est cette dernière qu’il revendique dans ses romans. Il est le cadet d’une fratrie de onze enfants, son père, combattant décoré de la Seconde Guerre mondiale, décède alors qu’il a huit ans. Après une éducation dans un collège jésuite de Toronto, il connaît une adolescence chaotique et rebelle : il devient punk, porte une crête à l’iroquoise et vit un temps dans la rue. Ce qu’il retiendra comme une expérience plutôt positive. De petit boulot en petit boulot, il participe à des ateliers d’écriture. C’est dans l’un d’eux, à la Nouvelle-Orléans, qu’il rencontre celle qui sera son épouse, Amanda Boyden, romancière auteure notamment d’En attendant Babylone. Il vit en alternance à la Nouvelle-Orléans et en Ontario. Il est l’auteur de Le chemin des âmes (bonheur absolu de lecture !) et de Les saisons de la solitude. Dans le grand cercle du monde est son troisième roman.

L’histoire se déroule au milieu du dix-septième siècle, dans la Nouvelle-France, devenue le Canada d’aujourd’hui, qui n’était à l’époque qu’un assemblage de colonies des puissances européennes (anglaise, néerlandaise et française). Elle raconte sur plusieurs années des épisodes de guerres fratricides entre deux tribus indiennes, les Iroquois et les Hurons (ou Wendats comme ils s’appellent eux-mêmes), qui ont conduit à l’anéantissement de l’un de ces deux peuples. En parallèle, les tout débuts de la colonisation après l’arrivée de Samuel de Champlain, explorateur-conquérant français, notamment fondateur du Québec en 1608, venu prétendument échanger des denrées et des marchandises, essentiellement des fourrures et des perles, avec les Indiens. Puis arrivèrent des Jésuites, chargés de la conversion des indigènes. Les Hurons étaient alliés avec les Français, les Iroquois avec les Anglais.

Trois personnages vont raconter cette histoire en alternance. Deux Indiens et un Français. Trois narrateurs qui parleront à la première personne du singulier. Un Jésuite français illuminé, Christophe, venu pour évangéliser les ‘Sauvages’ comme il les appelle, débarqué en pleine guerre entre les Iroquois et les Hurons. Une très jeune Iroquoise, Chutes-de-neige, dont la famille vient d’être massacrée par les Hurons et qui rêve de se venger. Le troisième personnage est un grand guerrier Huron, Oiseau. C’est son groupe qui a torturé et tué la famille de Chutes-de-Neige, qu’il a l’intention d’adopter comme sa fille. Il est contre la venue des évangélistes et ne croit pas aux alliances avec les Français.

Le roman commence au moment où ce dernier capture Chutes-de-Neige et Christophe. Contraints de cohabiter, les trois personnages passeront plusieurs années ensemble et leurs relations évolueront avec le temps. A force de vivre ensemble, ils apprendront à se connaître, donc à se comprendre (notamment en apprenant la langue des deux autres) et même à s’aimer. En ce qui concerne les deux Indiens, c’est la jeune Iroquoise qui évoluera le plus jusqu’à devenir une femme adulte responsable. Ses relations avec Oiseau iront de la haine au respect mutuel pour finir en une sorte d’amour père-fille. Pour le Père Christophe (surnommé Le Corbeau par tous les Indiens en raison de la couleur de sa soutane), ce sera plus long et plus complexe à cause de la barrière de la langue mais aussi des croyances et des traditions. D’abord méprisants et brutaux à son encontre, les Indiens finiront non par l’aimer, mais par ne plus le détester, puis le supporter, s’habituer à sa présence, l’aider et l’estimer.

Impossible de résumer l’histoire de ce livre, véritable épopée mystique débordant d’actions violentes, d’épisodes historiques, de luttes inter-tribales, de poursuites impitoyables, mais aussi immersion contemplative et pensées poétiques d’Oiseau sur la vie quotidienne de son peuple. Un écheveau d’actions et de réflexions que nous suivons sur plusieurs années, jusqu’au final qui va nous laisser KO.

L’étude psychologique est très finement ciselée. Alors que les caractères des trois personnages principaux sont aussi tranchants que le métal dont sont faites les armes que portent les Indiens, Joseph Boyden a réussi à les nuancer avec une grande précision et à nous les rendre tous les trois sympathiques en leur donnant une humanité palpable. Il est très facile (et tentant) pour le lecteur de s’identifier tantôt à l’un tantôt à l’autre. Nous voyageons avec eux, nous les portons comme ils nous portent, nous les plaignons, nous les ‘admirons’, nous les craignons, nous les haïssons…  Nous les respectons quoiqu’ils fassent car ils sont respectables. L’auteur nous les décrit tels qu’il les ‘voit’, sans les juger, sans privilégier l’une ou l’autre cause. Les ‘Sauvages’ ne sont pas décrits comme des anges de bonté mais pas non plus comme les barbares que l’on a bien voulu nous faire croire qu’ils étaient dans certains films pro-Européens.

Côté Blancs, le rôle des évangélistes est important, en particulier celui du Père Christophe. Pour ce personnage Joseph Boyden s’est inspiré librement d’un Jésuite normand, le Père Jean de Brébeuf, personnalité importante de cette époque de l’histoire canadienne qui est réellement allé dans les terres colonisées par Samuel de Champlain et est mort, comme Christophe, sous les tortures des Iroquois. Joseph Boyden décrit les Jésuites comme des religieux très impliqués dans la vie des Indiens et déployant tous les efforts possibles pour réussir à leur inculquer la ‘bonne parole’ et les mener à la pratique de la religion catholique. Ils ont appris leurs langues, essayé de comprendre leurs croyances et leurs traditions, aux antipodes des leurs. Ils ont vécu comme eux, ont appris à les aimer. L’auteur a confié dans une interview qu’ils étaient ‘de véritables soldats de Jésus’ qui menaient des missions-suicides ayant pour seul but d’enseigner la foi aux sauvages, tout en sachant qu’ils n’allaient probablement pas rentrer chez eux. Au point que les Indiens, fascinés par ce courage, finissaient par admirer et apprécier les Corbeaux, comme c’est ici le cas puisque le Père Christophe mourra après trois jours de tortures infligées par les Iroquois et que ceux-ci dévoreront son cœur en signe d’admiration et d’hommage (!).

Dans cette interview, Joseph Boyden souligne aussi que dans son livre deux visions de la nature et du monde s’opposent : celle des Européens et celle des Indiens. Opposition toujours présente et très prégnante dans les pages, confinant souvent à l’affrontement. Ainsi, selon lui, les Chrétiens pensent (à l’instar du Père Christophe) que  ‘tout dans la nature est destiné à l’homme et peut être utilisé par lui. Tandis que Oiseau et Chutes-de-neige n’ont pas du tout la même façon de voir la nature, ils ne sont ni les propriétaires ni les maîtres de leur environnement mais juste une toute partie d’une nature beaucoup plus large, plus complexe’.

Tiens donc, il me semble avoir déjà entendu ça il n’y a pas si longtemps. Eh oui bien sûr, dans la bouche de JMG Le Clézio lors d’une conférence au festival Passa Porta 2015 à Bruxelles. Les mêmes propos dits autrement, et à propos des Indiens d’Amérique du Sud. Les grandes âmes se rencontrent…

Et voici une conversation entre Petite-Oie, amie et amante du chef Oiseau, et un Jésuite français :

. Ton wampum affirme que tout le monde a été créé pour le bénéfice de l’homme. Ton wampum affirme que l’homme est le maître et que tous les animaux sont nés pour le servir.

. Et ce n’est pas vrai ?

Elle secoue la tête, sourit.

.  Notre monde n’est pas le même que le tien. Les animaux de la forêt ne se donnent à nous que s’ils jugent bon de le faire.

. Tu prétends donc que les animaux sont capables de raison ? Qu’ils ont une conscience ?

. Je dis que les humains sont les seuls dans ce monde à avoir besoin de tout ce qu’il contient. Or, ce monde ne contient rien qui ait besoin de nous pour survivre. Nous ne sommes pas les maîtres de la terre. Nous en sommes les serviteurs.

Un grand nombre de sujets relatifs aux Indiens du Canada et à la colonisation sont abordés ici. J’ai pu apprendre énormément de choses sur la vie des Indiens, leurs mœurs, leurs coutumes et leur société. Car c’est bien d’une d’organisation sociale dont il est question. Avant l’arrivée des conquérants européens, les nations indiennes cohabitaient en sociétés organisées et structurées de façon assez complexe. Avec un habitat (les maisons-longues, très élaborées, que j’ai ‘visitées’ avec plaisir sur Internet), avec une agriculture (les trois sœurs, association de trois plantes ‘solidaires’ : le maïs, la courge et les haricots), un système de réserves alimentaires et de bois de chauffage pour l’hiver ; avec aussi une hiérarchie sociale et des conseils de sages (auxquels participaient des femmes !) au cours desquels les décisions stratégiques, guerrières et vitales étaient prises. Des sociétés tout aussi élaborées que les sociétés occidentales de l’époque (à moyens égaux) mais beaucoup plus équilibrées, en tout cas plus solidaires avec des couples et des familles qui adoptent les enfants orphelins toutes tribus confondues et les élèvent avec les leurs, des femmes qui allaitent les nourrissons de femmes malades ou décédées, des jeunes qui respectent les Anciens… la liste est longue. Les conquistadors européens ont détraqué cet équilibre en apportant l’alcool et les armes à feu, en propageant des maladies épidémiques et en suscitant des guerres inter-tribales pour profiter au mieux des biens des Indigènes.

J’ai été particulièrement impressionnée par le récit du ‘festin des morts’ lors d’un déménagement des maisons-longues. Le respect et l’amour que les Indiens vouent à leurs morts sont proprement inouïs. Le chapitre consacré à ce festin m’a émue aux larmes et je l’ai relu en boucle plusieurs fois. Nos religions catholique, musulmane ou juive sont à des siècles-lumière de telles pratiques humaines et respectueuses. Voici un extrait qui donne le ton, c’est le Père Christophe qui parle. ‘Cette coutume consistant à traiter ainsi les dépouilles pourrait sembler barbare, mais je dois vous avouer que je n’ai jamais été témoin d’un amour aussi pur et absolu pour un parent défunt (…) et ce devoir qu’ils rendent à leurs morts devrait servir d’exemple à tous les chrétiens. Quel acte de charité pourrait se comparer même de loin à un tel hommage ? Soigner les patients dans un hôpital ou laver à genoux les pieds d’un malade couvert de plaies paraîtrait presque banal à côté’. J’ai volontairement écarté les détails des actes et des traitements pour laisser au lecteur le soin de les découvrir.

Et plus tard, c’est Oiseau qui nous dit : ‘Nous enterrons ensemble tous nos êtres aimés afin qu’ils se tiennent compagnie, et nous mettons dans la fosse nos biens les plus précieux pour qu’ils ne manquent de rien dans l’autre monde’.

Autre thème inhérent à l’histoire : la violence. Elle est omniprésente dans le livre. Fulgurante. Implacable. Impitoyable. Cruelle. Impossible de lui échapper car elle fait partie intégrante de la vie des Indiens (et des colons). Elle résulte de la logique récurrente dans l’histoire des Indiens, celle de la vengeance intertribale. On ne tue pas, on ne torture pas par plaisir, mais pour venger les siens, ceux qui sont morts sous les coups ou les tortures de la tribu d’en face. En un cycle sans fin. Une sorte de religion de la vengeance inscrite dans les us et coutumes indiens. Mais elle résulte surtout de l’intervention des Européens venus coloniser les peuplades canadiennes, leur imposer leurs lois, leur religion et leur façon de vivre. Blancs, Indigènes, qui sont ‘les sauvages’ ? Ou plutôt, qui sont ‘les plus sauvages’ ?

Paradoxalement, insister sur la violence sur le mode de la redondance adoucit la violence des actes puisque les ‘motivations’ de ceux qui les commettent nous sont données maintes fois. Excepté les séances de tortures qui, elles, sont parfois du domaine de l’insoutenable. J’avoue avoir de temps à autre lu ces passages ‘les yeux fermés’ et même, pour certains, m’en être partiellement dispensée. C’est ce nous dit l’auteur : Pour eux, la torture est d’ordre religieux. Une fois qu’ils ont gagné, ils se vengent sur le corps de l’ennemi de leurs morts, de leurs maladies. Ne pas être torturé pour eux,  pour un Huron capturé, aurait été une honte. Les enfants s’entraînaient à résister à la souffrance. La torture était un honneur. Ce n’était pas le cas dans les cachots de l’Inquisition espagnole, qui la pratiquait au même moment de la même façon.

La différence est dans la vengeance : les Indiens respectent trop leurs morts pour ne pas les venger. Au fait, dans l’Ancien Testament, la loi du talion ne disait-elle pas : Œil pour œil, dent pour dent ?…

Exemple de cette violence fatale, inéluctable, pratiquée en même temps que subie, dans cet extrait d’un chapitre dont le narrateur est Oiseau : Mon peuple est un peuple d’agriculteurs, tout comme ces Wendats. Nous appartenons à cette terre. Nous parlons des langues similaires, nous cultivons les même plantes et nous chassons le même gibier. Pourtant, nous sommes ennemis et nous cherchons mutuellement à nous détruire. Je ne comprends pas. C’est alors que je pense à ma famille, à vous qui êtes morts, à la neige imbibée de votre sang, de sorte que la colère monte en moi et que je comprends’. (…) Nous sommes depuis longtemps engagés dans cette guerre du deuil avec notre ennemi. Et cette guerre nous apprend que nous ne pourrons éponger nos larmes que par leur sacrifice.

Et, plus loin dans l’histoire, dans la bouche du Père Christophe :

. La torture est l’une de leurs cérémonies les plus importantes.

. Mais pourquoi ? Pourquoi tiennent-ils à infliger tant de souffrances à un être humain ? Pourquoi  l’Inquisition espagnole a-t-elle fait ce qu’elle a fait, je réplique. Pourquoi notre propre église condamne-t-elle les sorcières au bûcher ? Pourquoi nos croisés ont-ils puni les Maures avec tant de raffinement ?

Et l’on pourrait ajouter nombre de questions sur les similitudes entre les religions et croyances d’un continent à l’autre. Par exemple : Est-il plus ‘juste’ de ne croire qu’en un seul dieu ? Est-il mal de croire que la nature, les animaux, les morts ont un dieu ? Et d’invoquer ces dieux comme on invoque LE nôtre ?

Le style. C’est un livre choral dont l’histoire est racontée de manière très habile par trois personnages, dont deux Indiens. Chacun racontant les mêmes péripéties à son propre interlocuteur, c’est le point de vue indien qui domine, pour une fois. Oiseau parle à sa femme défunte, Chutes-de-Neige à ses frères qu’elle veut retrouver, Christophe Le Corbeau à son Père créateur. Ce mode narratif allège le rythme qui pourrait bien sinon être un peu lent. Le fait d’avoir souvent deux (ou trois) récits de la même péripétie avec deux (ou trois) avis divergents nous permet, en suivant tour à tour les personnages, de mieux les connaître, les comprendre et les aimer.

L’écriture est tout simplement magique (bravo aussi au traducteur) : rythmée, lyrique, poétique et onirique par moments car la jeune Iroquoise et certains Hurons dont Oiseau sont sujets aux rêves et aux prémonitions. Le rythme, lent dans les réflexions des personnages, saccadé dans les actions, nous emporte et ne nous lâche que pour nous rattraper plus fermement au chapitre suivant. J’ai rarement lu une histoire si violente racontée avec une écriture aussi luxuriante, alliant l’exaltation d’une nature superbe et impitoyable à la précision d’un documentaire dans les scènes de vie.

C’est cependant dans le registre du style que se trouve (enfin, pour moi) le seul petit bémol, mais alors tout petit-petit, que je pourrais faire ici. J’ai été un brin gênée par le fait que tous les personnages s’expriment avec le langage d’aujourd’hui, sans rapport avec celui de l’époque et que l’on retrouve les mêmes tournures de phrases, un vocabulaire identique dans la bouche du Père Christophe et du grand chef Huron. Il m’est arrivé de revenir en arrière pour savoir qui parlait car le changement de ton n’était pas flagrant. Mais c’est vraiment histoire de chipoter.

Ce que j’ai pensé au final de ce roman. Ai-je besoin de dire que j’ai a-do-ré ? Non bien sûr. Pas plus que c’est un chef-d’œuvre absolu et que son auteur est pour moi une des plus grandes voix de la littérature amérindienne. Je ne connais aucun autre auteur parlant aussi bien de la vie des Amérindiens d’hier et d’aujourd’hui (pour aujourd’hui, Louise Erdrich peut-être).  Je ne saurais choisir entre Dans le grand cercle du monde et Le Fils de Philipp Meyer qui fut mon coup de cœur absolu de 2014.  Mais pourquoi choisir ? Tous deux sont des épopées lyriques bouleversantes d’humanité et pétries de violence. Tous deux sont à lire, à relire et à méditer.

A travers ce roman, Joseph Boyden va beaucoup plus loin que le récit de l’écrasement des Hurons (sa propre patrie, ses origines, son histoire) par les Iroquois, ce qui est déjà historique en soi. Puisque les Européens sont partie prenante de l’épopée et que la France en particulier joue un rôle dans la création du Canada, c’est un pan de l’histoire du Canada, de l’Amérique et même de l’histoire internationale qui nous est dévoilé. Mais du point de vue des Indiens, pas des futurs Euro-Américains. Très investi dans la vie des Indiens d’aujourd’hui, avant d’écrire son livre, l’auteur a fait énormément de recherches sur tous les sujets qu’il aborde, notamment auprès de George Sinoui, un professeur historien wendat (huron), auteur notamment de Les Hurons-Wendat : une civilisation méconnue, qui lui a ‘permis’ d’écrire sur son peuple. Ce long travail de recherche rend les faits plus réalistes, les personnages plus justes, le livre encore plus abouti.

Le titre du roman me tarabustait. Quel est donc ce grand cercle, de quoi ou de qui est-il composé ? Après des recherches assidues, j’ai fini par trouver. Il s’agit d’un cercle composé de six chaînons qui sont les six nations indiennes. Aucun de ces chaînons ne devait être rompu sous peine de l’anéantissement général. Ce qui sera malheureusement le cas lors de l’anéantissement des Hurons par les Iroquois.

Voilà, cette chronique touche à sa fin mais, maintenant que j’ai refermé ce grand livre, que j’ai relu plusieurs chapitres et que j’ai quitté les Hurons, la grande question que je me pose c’est : qu’est-ce que je vais bien pouvoir lire maintenant ?

Eh bien, très bonne nouvelle, dans une interview, Joseph Boyden a confié que contrairement à l’idée qu’il avait eue au départ, pour évoquer les membres de sa famille qui ont compté dans l’histoire de son pays (son grand-père, son père et ses ancêtres crees), d’écrire une trilogie commençant par le superbe ‘Le Chemin des âmes’, il opterait avec le temps pour une ‘cosmologie’ qui comprendrait cinq tomes ! Dans le grand cercle du monde devenant ainsi une ‘Prequel’ du Chemin des âmes qui remonte plus haut que ce dernier dans l’histoire du Canada et de la famille Bird, dont le grand chef Oiseau (Dans le grand cercle du monde) est un des ancêtres de Xavier Bird, l’un des deux soldats de Le Chemin des âmes. Un peu compliqué mais coulant de source quand on a lu les deux. L’excellente nouvelle est donc qu’il m’en reste trois à lire, quatre si je compte Le Chemin des âmes que je vais relire dans l’ordre de la véritable chronologie historique et non dans celle de l’écriture. Et si la cosmologie pouvait devenir une’ infinitologie’, une histoire sans fin, je signerais toujours. Quant à ceux qui n’en ont lu aucun (les chanceux), je leur recommande de commencer par celui-ci et surtout de ne pas se laisser refroidir par les scènes de violentes, quitte à les ‘parcourir’…

J’ai bien conscience que cette chronique est trop longue. Mais il m’est impossible de l’écourter tant ce roman est riche d’enseignements, de rêves et de personnages poignants. Le grand chef Oiseau, en particulier, mais aussi d’autres Indiennes et Indiens, nous font part de nombreuses réflexions qui aujourd’hui seraient qualifiées de ‘philosophiques’. Oiseau n’est pas seulement un grand chef de guerre, c’est un grand chef tout court. Qui force notre respect et dont on pourrait parler sur des pages et des pages…

Alors, en écrivant ces pages j’ai peut-être eu l’impression de rester avec eux plus longtemps. Non, pas peut-être. On entend souvent : ‘un livre dont ne sort pas indemne’. Là, C’EST VRAI ! Le final me poursuit plusieurs jours après l’avoir refermé. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous les Blancs avons exterminé ces hommes qui malgré leurs luttes fratricides, réussissaient à garder un certain équilibre et surtout, vivaient en parfaite symbiose avec la nature. Qu’avions-nous à leur offrir, à leur apprendre ? Sur ce point-là, par contre, je n’en sais pas plus qu’en ouvrant le livre.

Et l’or n’avait pas encore pointé le bout de ses pépites…

En voilà un que je vais faire circuler !

 

En deux mots

Authentique chef-d’œuvre !