Sorti en 2008 chez Albin Michel. Roman. 336 pages. Traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron. Sorti en octobre 2009 chez Le Livre de poche. 384 pages.

En deux mots Un policier écrit avec humour et légèreté : Le carré de la vengeance joue la carte de l’enquête pure qui aboutit à de sombres secrets de famille. Un suspense original, malin et bien ficelé, avec des personnages attachants aux manettes de l’investigation. Et Bruges comme si on y était… Premier essai transformé et belle première découverte.

L’auteur. Pieter Aspe est un auteur belge néerlandophone. Né à Bruges en 1953, il commence par faire de nombreux petits boulots avant de se consacrer à l’écriture en 1996. Il est l’auteur de nombreux romans policiers parmi lesquels la série du commissaire Van In. Presque tous ses romans se déroulent dans sa ville de Bruges (et ses alentours) qu’il connaît par cœur et que nous découvrons avec plaisir. Sa série a rencontré un gros succès en Belgique et aux Pays-Bas, son personnage est devenu une star du roman policier. Plusieurs opus ont été adaptés dans une série télévisée flamande et lui ont valu en 2001 le Prix Hercule Poirot.
L’histoire commence avec le cambriolage d’une bijouterie. Un cambriolage un peu spécial puisque les bijoux n’ont pas été volés mais… détruits dans un bain d’acide. Un message en latin et en forme d’énigme est trouvé sur une table de la bijouterie. Très vite le commissaire Van In et Hannelore Martens, la belle substitute au procureur de Bruges, sont chargés de l’enquête. Et très vite celle-ci s’oriente vers une vengeance contre une famille. Car le propriétaire de la bijouterie est Ghislain Degroof, fils de Ludovic Degroof, notable haut placé qui tient presque tous les flics de Bruges sous sa coupe, notamment le chef de Van In. Et qui demande à celui-ci d’orienter l’enquête vers un non-lieu. Présomption de vengeance aussi parce que le lendemain du cambriolage, Bertrand, le petit-fils âgé de dix ans de ce même notable, est enlevé alors qu’il faisait du roller dans un parc.
L’enquête est relancée et je n’en dirai guère plus, suspense oblige…
Pas grand-chose à dire sur le style. L’écriture est enlevée, alerte et légère. Mais, après un départ sur des chapeaux de roue, l’intrigue connaît quelques longueurs avant de se dénouer dans une dernière partie plus serrée. Allégeant le sujet (et la lecture), de l’humour − et de l’autodérision chez le personnage principal, certaines scènes étant même particulièrement cocasses −, l’auteur ne prend personne au grand sérieux et la série promet d’être plaisante à lire pour cette raison.
Mon avis sur le livre. Encore un auteur belge que je ne connaissais pas, encore un auteur sympathique et agréable à lire que m’a fait découvrir ma popine.
Il ne faut pas chercher ici de signification cachée aux choses. Partant du principe que «de toute façon, les grandes familles ont souvent quelque chose à cacher derrière leur belle façade», les deux «enquêteurs» vont fouiller dans le passé de la famille Degroof. Ici, pas de meurtres (et de meurtrier) en série, pas de crime sanglant.
L’auteur trace il est vrai un portrait assez noir des personnalités politiques de la ville de Bruges et de leurs magouilles avec les hautes sphères policières. Mais l’on reste dans le registre du polar d’enquête, pas dans celui du roman noir, ou à peine. Même si l’on sent bien que la frontière est mince et finira par être vite franchie car nombre de personnages haut placés dans la bourgeoisie locale sont épinglés.
Rien d’exceptionnel au niveau de l’enquête et du suspense puisqu’on connaît très vite le nom des deux coupables. Ce qui l’est en revanche, ce sont les mobiles de ces deux personnages, ainsi que la façon dont l’auteur nous amène à la compréhension du ou des mobiles.
Dans sa dernière partie, le livre se fait choral et trois personnages de la famille Degroof donnent leur version du passé. Les trois versions des mêmes secrets de famille sont bien évidemment différentes et le lecteur, qui croit l’affaire résolue quelques pages auparavant, ne sait plus à quel saint se vouer. Avant que la dernière personne concernée, celle dont la vie « a été une longue vallée de larmes » ne lui donne la clé pour tout comprendre à quelques lignes de la fin du livre, sur la dernière page. Une manière très habile de mener le suspense, d’autant que les trois versions sont plausibles…
Autre particularité : le lecteur ne se retrouve pas seulement aux côtés des enquêteurs, il chemine aussi assez souvent en compagnie des deux malfaiteurs et se trouve mis au courant de leurs projets et de leurs faits et gestes. Troublant au début mais efficace.
Avec ce premier volet d’une longue série d’enquêtes mettant en scène le commissaire Van In dont une dizaine ont été traduites en français, Pieter Aspe s’est d’emblée imposé comme un Simenon flamand et moderne. Peut-être parce que son commissaire est bourru, têtu et fumeur invétéré, comme Maigret. A ceci près qu’il aime aussi beaucoup la bière, la Duvel en particulier.
Enfin, le rebondissement final dans les toutes dernières pages me conforte dans mon désir de lire le suivant de la liste des enquêtes du commissaire Van In traduites en français, Chaos sur Bruges. En espérant toutefois qu’il comportera moins de longueurs que celui-ci. Mais c’est bien pour chipoter. Bien écrit, plein d’humour et prenant, voici une lecture idéale pour les vacances (puisqu’il paraît qu’il y a des livres «Spécial vacances»).