Bienvenue à Marina qui démarre la rubrique Essais avec cette chronique d’un livre de Paul Veyne sur la destruction de la ville de Palmyre par l’Etat islamique.

Sorti en novembre 2015 chez Albin Michel. Essai. 144 pages.

L’auteur. Paul Veyne est né en 1930 à Aix-en-Provence. En 1951, il entre à l’Ecole normale supérieure de Paris, où il passe son agrégation de grammaire. Après plusieurs années passées en Italie où il étudie conjointement l’archéologie et l’histoire, il fait quelques incursions en Afrique du Nord et à Carthage pour y effectuer des fouilles. Il revient en France et enseigne à la Sorbonne. En 2014, il a obtenu le Prix Femina de l’essai pour Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas.
L’histoire. Pour Paul Veyne, historien, spécialiste de l’Antiquité gréco-romaine, « c’était de son devoir » de dire sa « stupéfaction » devant le saccage des ruines monumentales de Palmyre, cette cité du désert syrien détruite systématiquement par les terroristes de Daesh. Plus encore, il veut rendre hommage à Khaled al-Assaad, l’archéologue palmyrénien torturé et décapité, à qui il dédie ce livre.
Pour le lecteur, Paul Veyne veut être « un guide de tourisme dans le temps », celui qui fait revivre la riche cité marchande à son apogée au deuxième siècle de notre ère. Etape obligée entre Orient et Occident, entre Rome, centre du monde civilisé, et les « barbares » perses ou chinois qui proposaient des soieries d’une finesse extraordinaire, des épices et des pierres précieuses, entre autres marchandises. Les taxes enrichissaient les négociants, capables alors de construire des temples pour leurs dieux et d’élever des colonnes à leur propre gloire à la manière des Grecs, copiés par les Romains. Dans tout l’empire romain, l’architecture était semblable et la langue universelle du commerce était le grec. A Palmyre, les monuments avaient une touche originale, orientale, qui frappait les visiteurs.
Les années de fouilles et la préservation scrupuleuse des ruines par les archéologues ont appris beaucoup sur la vie quotidienne des Palmyréniens du début de l’ère chrétienne : structure de la société, habitat, religion, position sur l’échiquier « mondial »  de cette époque.
Paul Veyne nous fait parcourir l’antique cité et soudain elle revit dans ses phrases mettant en perspective l’organisation de Palmyre avec celle de Rome ou d’autres villes commerçantes comme Venise.
Cet hommage est aussi une épitaphe car le grand temple dédié à Bêl, le petit sanctuaire de Baalshamin au milieu duquel poussait un figuier, et la grande colonnade ne sont plus que pierres éclatées.
Paul Veyne ressuscite Odainath, sa femme Zénobie et leur fils Wahballat  qui vont affronter Aurélien. Dans les champs les paysans sarclent et irriguent !
Hélas, 1800 ans plus tard, les habitants de Tadmor la syrienne sont pris en otages par de sinistres intégristes qui sèment la mort. Le respect de la culture, du sens de la beauté, de l’échange, de l’accueil de l’étranger ne serait-il pas l’irremplaçable trésor ?
Marina