Sorti en mai 2016 chez Liana Levi. Roman. 160 pages.

En deux mots Suspense inattendu, rythme soutenu, humour grinçant, vengeance et final surprenant, un livre court mais dense, très agréable à lire en ces jours de canicule, un verre d’eau gazeuse à portée de main…

L’auteure. Pascale Dietrich est née à Tours en 1980. D’abord sociologue à l’Ined (Paris), elle travaille sur les inégalités face au logement et les conditions de vie des plus démunis. Après avoir écrit des nouvelles dans des revues, elle publie son premier roman, Le homard, en 2013. (Source éditeur). Une île bien tranquille est son second.

L’histoire. Trevedic est une petite île bretonne tranquille et (forcément) très exposée aux vents du large. Edelweiss (eh oui, c’est son prénom !) y retourne dix ans après l’avoir quittée, pour assister aux obsèques de son père, mort « accidentellement » : il est tombé du haut d’une falaise, le Pic du Rat, au bord de laquelle il se trouvait un jour où le vent soufflait particulièrement fort. Très vite, elle se rend compte qu’il se passe de drôles de choses sur Trevedic et que le climat a changé. C’est l’opulence : des voisins vivent sous la protection d’une alarme sophistiquée, d’autres ont une voiture coûteuse ou un yacht flambant neuf, les maisons sont fraîchement repeintes et remises à neuf… A croire que tous les habitants se sont cotisés pour jouer à l’Euromillions et au Loto et qu’ils ont gagné aux deux tirages…
Pour tous les îliens, y compris le curé, le policier local, le petit ami d’Edelweiss et sa meilleure amie, le père d’Alice est mort à cause du vent. Le responsable de sa mort, c’est Eole et personne d’autre. Inutile de chercher midi à quatorze heures, il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.
Mais Edelweiss ne se satisfait pas de la version officielle et le doute s’installe bien vite dans son esprit. Surtout après l’ouverture du testament, où elle apprend qu’elle et son frère sont à la tête d’une petite fortune grâce aux affaires fructueuses de son père dont les revenus de maire de l’île et d’ingénieur agronome étaient plutôt modestes auparavant. Elle ne tarde pas à se rendre compte que son départ arrangerait bien ses anciens voisins, ses anciens amis, et même sa meilleure amie.
Alors, quand elle reçoit des balles de tennis décorées de têtes de mort dans son jardin, Edelweiss se sent menacée et comprend qu’elle n’a d’autre choix qu’essayer d’élucider ces mystères. Quelles qu’en soient les conséquences pour elle, mais surtout pour le lecteur !
Côté style, Une île bien tranquille est écrit d’une plume moderne : claire, légère et ménageant ses effets. L’humour (toujours drôle même si parfois noir grinçant) est omniprésent, le suspense aussi. L’auteur nous gratifie par-ci par-là de petites réflexions bien senties : sur les relations hommes-femmes, le rapport à l’argent, l’amour filial. Grâce à ce style à la fois actuel et riche, Pascale Dietrich nous livre une histoire inattendue et finit par nous embarquer dans les pages même si c’est quelquefois à notre corps défendant.
Mon avis sur le livre. Je peux dire que j’ai été surprise par ce livre qui commence comme un roman familial et se termine en thriller noir dont le rythme se précipite dans les pages à mesure que le mystère s’épaissit. Avant de s’éclaircir en une apothéose insoupçonnable dans les toutes dernières pages.
Au-delà de l’intrigue policière, l’auteure aborde l’air de rien des sujets sociétaux dont je me garderai bien de parler : les rapports, ambigus parfois, compliqués toujours entre les hommes et les femmes, entre les membres d’une même famille et entre amis ; les secrets de famille…
Pour finir, on ne croit pas une seconde à l’histoire qui nous est ici racontée, ni à l’aisance avec laquelle l’héroïne résout seule − contre tous − l’énigme de la mort de son père et de tous les autres événements bizarres qui se sont succédé sur l’île depuis… Mais l’on fonce tête baissée, on rit, on frémit, on trépigne… Une belle surprise estivale sucrée-salée qui permet de passer un bon moment entre deux bons gros pavés ou juste pour se distraire et se détendre.
Pour le plaisir, parmi les nombreuses « réflexions profondes », drôles et justes que se fait la belle Edelweiss au cours de son enquête, en voici trois que j’ai particulièrement appréciées .
Page 27, dans la bouche de sa meilleure amie : Il ne faut pas chercher à aimer tout chez un homme. Je l’ai appris à mes dépens. Il faut en aimer une partie suffisante, au moins cinquante pour cent. Le reste, il faut parvenir à l’accepter, sinon c’est mort.
Page 67 : Nous ne parlions jamais d’argent dans la famille. Nous n’étions pas spécialement riches mais, dans notre enfance, rien ne nous était jamais refusé, et c’est tout ce qui comptait. Quand on dispose de ressources confortables, l’argent n’est pas un sujet.
Page 114, la plus drôle (la plus juste ?) : Si on écoutait les veuves, leurs maris étaient tous des saints et on finissait par regretter de n’être pas nées trente ans plus tôt pour pouvoir profiter des mâles si exceptionnels de leur génération.