Sorti en septembre 2015 chez Gaïa Editions. 105 pages. Roman. Traduit du suédois par Esther Sermage.

En deux mots Sous couvert de légèreté dans le style et l’histoire, Maria Ernestam aborde des sujets sérieux. Ici, la guerre entre voisins et l’influence des animaux domestiques sur les relations humaines. L’ensemble est agréable à lire bien qu’un peu léger.

L’auteure. Maria Ernestam est une auteure suédoise, née en 1959. Elle vit à Stockholm. Sa carrière professionnelle est très éclectique : elle est journaliste, correspondante étrangère en Allemagne, musicienne, danseuse, chanteuse, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. A son actif, plusieurs romans parus chez Gaia Editions ou Actes Sud. Citons Toujours avec toi (2010), Les oreilles de Buster (2011), Le peigne de Cléopâtre, (2013). Tous n’ont pas été traduits en français.
L’histoire. Sara et Björn, son mari, emménagent dans leur nouvelle maison, entièrement restaurée, à la campagne. Ils (elle, surtout) ne supportent plus la ville et l’ambiance devenue exécrable de leur immeuble. Ils ont décidé de mettre une demi-heure de voiture entre eux et elle, où Björn continuera de travailler. Sara est paysagiste et compte bien faire du terrain qui entoure la maison un petit paradis pour elle et sa chatte Michka.
Sauf que la place est déjà occupée. Par Alexander, non, non, pas un garçon avec un nom pareil, mais… un autre chat : celui de leurs voisins ! Or, on le sait, le chat est territorial… Et avec un pareil nom, ce n’est pas Alexander qui va se laisser envahir ni s’en laisser conter. D’autant qu’il a œuvré depuis toujours à faire place nette, comme l’auteure nous le signifie dès la seconde page : «D’un bond, il monta sur le mur de pierre et inspecta son territoire, mettant tous ses sens à contribution. Les jardins mitoyens, puis ceux des voisins plus éloignés. Il avait impitoyablement chassé tous ses concurrents, l’un après l’autre, sans céder un pouce. Ceux qui osaient s’aventurer dehors, dans leur propre jardin, il les avait vaincus à force de ruse et de haine raffinée.
Pas étonnant que Michka soit terrorisée au point de ne plus vouloir sortir et de changer de comportement avec ses maîtres, devenant sale et agressive, au grand dam de Sara qui y est très attachée.
Pourtant, Sara et Björn ont rencontré leurs voisins, Lars et Agenta, dès le jour de leur arrivée et ceux-ci se sont montrés aimables, gentils et accueillants, leur apportant même une grosse thermos de café. Quelques jours et une invitation à dîner chez eux plus tard, tout va pour le mieux, sauf entre Alexander et Michka, pour qui la situation n’a fait qu’empirer.
Alors forcément, très vite la situation va se dégrader entre les propriétaires des chats. Et, forcément toujours, ce sont les femmes qui ouvrent les hostilités…  Mais n’en disons pas plus. Le livre est court.
Mon avis sur le livre. J’ai acheté ce livre pour le chat de la couverture. Avec un regard et des griffes pareils, un matou ne peut nous vouloir que du bien… J’ai voulu en savoir plus, d’autant que ce que j’ai entendu sur Maria Ernestam, que je n’ai jamais lue auparavant, est plutôt élogieux. Et que je suis toujours heureuse d’introduire une voix du nord sur Bouquivore.
Et oui, j’ai ri parfois, j’ai frissonné (pas au point d’avoir peur quand même !) car le sujet pourrait concerner chacun d’entre nous : la guerre entre voisins et le caractère disons, particulier, de certains chats, ce sont des choses courantes. Les secrets enfouis aussi, surtout dans les livres. Après tout, comme le dit page 73 la bibliothécaire que va voir Maria : Ce n’est pas parce que les gens sont de la campagne qu’ils ne provoquent pas de drames. Bien sûr que non !
C’est bien amené, tout ça, bien écrit dans un style enlevé, délicieusement comique, toujours alerte et incisif. Des chapitres courts et des passages assez drôles.
Alors, pourquoi ce livre ne m’a-t-il «parlé» qu’à moitié ? Oh ! Il s’est bien passé des choses (et des choses pas très belles), mais on n’y croit, même à hauteur du livre, dans l’histoire qui nous est racontée. Et pourtant, on sait bien que tout cela peut exister, une guéguerre entre voisins, on en a tous entendu parler. Les enfants, c’est comme les animaux, prétexte à histoires… Il y a quelque chose qui ne colle pas entre un désir de réalisme appuyé, et celui de verser plutôt dans l’imaginaire poussé, à partir d’un secret. Franchement, une rencontre, un dîner, une agression physique − qui aurait pu tourner plus mal − et deux chats en colère, ça ne suffit pas pour faire un excellent livre. L’histoire aurait peut-être gagné à être un peu plus longue, le format nouvelle ne lui suffit pas, même si le livre est bien écrit et si l’on sent l’auteure très à l’aise.
Et surtout, c’est trop propre, pas assez tourmenté pour moi. De plus, la fin m’a laissée sur ma faim (facile mais bon, pour une fois), je ne suis pas sûre d’avoir bien compris (encore !). Je suis restée sur une impression d’inachevé et je n’aime pas ça du tout.
J’aime assez les histoires récréatives mais celle-ci, je n’arrive pas à la situer. Voilà, c’est peut-être moi le problème. Je n’ai pas dû choisir le meilleur opus de Maria Ernestam (ça m’apprendra à acheter sur un visuel de couverture). J’attends qu’une âme à la fois lectrice et charitable m’en conseille un meilleur, seule condition pour que je récidive avec cette auteure fort sympathique.
Des voisins et des chats. Des chats et des voisins. La formule est bonne et résume bien le roman.
À recommander à ceux qui ne connaissent pas bien le chat chez lequel ils vivent.