Sorti en février 2016 aux Editions Au diable Vauvert. Roman. 288 pages.

En deux mots
Dans ce deuxième roman, Jean-Paul Didierlaurent reste fidèle à ses personnages beaux, tendres et gentils, à l’humour parfois ravageur avec lequel il aborde des sujets de société sérieux.

L’auteur. Né à La Bresse en 1962, Jean-Paul Didierlaurent, après des études en publicité et l’obtention d’un D.U.T., a longtemps travaillé chez Orange, dans les renseignements téléphoniques. Auteur de très nombreux recueils de nouvelles presque tous primés, il publie son premier roman, Le liseur du 6h27 en 2014. Celui-ci a rencontré un succès énorme inattendu, il a été traduit dans près de trente pays et est en cours d’adaptation cinématographique. Le reste de leur vie est son deuxième roman. Entre lui et le premier, l’auteur a publié Macadam, un recueil de nouvelles, toujours au Diable Vauvert.

L’histoire. Dans les chapitres impairs Ambroise, jeune et sympathique thanatopracteur qui soigne les morts plutôt que les vivants pour ne pas les voir souffrir et Beth, sa facétieuse grand-mère diabétique chez qui il vit. Brouillé avec son père, éminent Prix Nobel de médecine qui en veut à son fils de ne pas avoir suivi la voie de la médecine, Ambroise mène une vie calme et plutôt solitaire, les candidates potentielles au mariage s’enfuyant dès qu’il leur « avoue » sa profession. Au grand dam de sa grand-mère qui aimerait bien le savoir enfin casé.
Dans les chapitres pairs Manelle, jeune et jolie assistante de vie en milieu âgé, partage ses journées par tranches de quarante-huit minutes entre vieux grincheux et vieux exquis. Parmi ces derniers, Samuel, quatre-vingt-deux ans, lui est particulièrement sympathique et des liens d’amitié les unissent. Or le gentil Samuel, sujet à des céphalées violentes et incessantes, apprend qu’il est atteint d’un cancer du cerveau et n’a plus que quelques semaines à vivre. Il organise un voyage à Genève où l’attend une équipe spécialiste en suicide médicalement assisté.
Par le plus grand des hasards littéraires, la société de pompes funèbres auquel il fait appel pour son transport pré et post-mortem est celle… qui emploie Ambroise.
Les chapitres impairs et les chapitres pairs vont forcément se croiser à ce moment-là : la route deviendra commune à tout ce petit monde et l’histoire rebondira, pour le plus grand bonheur de tous, y compris celui du lecteur (j’avoue m’être un peu ennuyée au début).

Le style. Moins cocasse que dans Le liseur du 6h27, mais tout aussi légère, l’écriture est fluide, imagée et parsemée de touches humoristiques qui font du bien là où l’histoire pourrait faire mal. Des chapitres courts et au rythme rapide, des dialogues farfelus rendent la lecture plaisante et rapide. J’ai cependant ressenti une sensation de longueur en attendant que les grands chemins se rencontrent, ce qui était inéluctable.

Mon avis sur le livre. Je lis essentiellement des romans durs, tristes voire désespérés, des polars noirs et/ou violents, et l’on m’en fait souvent la remarque. Je réponds mécaniquement (bêtement ?) que c’est le genre de lecture que j’affectionne. C’est vrai. Mais de temps en temps j’ai besoin de quelque chose de doux, pas forcément mièvre mais léger, gai et plein de bons –  et pas juste beaux –  sentiments. Pour ce, j’ai le choix entre les « feel good books » (celui-ci en est un), les road-trips drolatiques à la Paasilinna, les polars déjantés de Philippe Jaenada ou Jonas Jonasson et même certains Pennac. Celui-ci a répondu en grande partie à mes attentes. Comme tout roman qui fait du bien à son lecteur, Le reste de leur vie aborde des sujets de société sérieux sur un ton faussement léger. Ici la vieillesse, la maladie, la fin de vie et la mort sont vues à travers la vie d’Ambroise, accompagnateur de morts, et de Manelle, accompagnatrice de vivants. L’auteur réussit à nous faire sourire et à laisser percer un bel optimisme avec ce genre de sujets sombres. Et ça nous fait du bien. Mais forcément, le résultat final est moins drôle que dans son premier roman, dont le sujet était nettement plus léger. Les personnages principaux sont bons, attachants et leurs états d’âme – séquelles de leur caractère comme de leur profession ­– les rendent vulnérables et sympathiques à nos yeux.
Jean-Paul Didierlaurent aime les « petites » gens, les respecte et les met en scène avec un plaisir amusé. Ce qui lui permet d’écrire des romans profondément humains avec des personnages gentils (trop, peut-être) en tous cas tournés vers les autres. La profession d’Ambroise est mise en avant avec beaucoup de justesse et de précision. Nous assistons de près à un embaumement complet et comprenons en voyant Ambroise travailler que ce métier exige du respect et de la considération pour les personnes décédées, donc pour les vivants. Un petit bémol pour moi cependant. L’histoire n’est pas seulement téléphonée, évidente : elle coule de source, elle va de soi. Le lecteur n’a qu’à se laisser porter jusqu’à la fin. Quoique… Cette assertion n’est finalement valable que pour une partie du livre, l’histoire entre les personnages… Une autre, que je me garderai bien de vous révéler, débouche sur un dénouement totalement inattendu, incroyable même, qui m’a fait bondir de mon fauteuil dès que j’ai compris où l’auteur voulait nous emmener… Quoi qu’il en soit, Le reste de leur vie est un conte moderne qui s’appuie sur bien des réalités de vie (et de mort) pour faire jaillir l’espoir là où on ne l’attend pas. Même s’il déborde parfois de bons sentiments, il reste un roman sucré-salé qui ne sombre jamais totalement dans la mièvrerie. C’est pour moi un « vrai » bon livre de détente (plage, gare, vacances, voyage), à lire entre deux gros pavés ou après une succession de romans violents, et que l’on referme décontracté et souriant.