Sorti en 2015 au Rouergue. Sorti en poche en août 2017 chez Actes Sud, Collection Babel. 112 pages. (Premier) roman, basé sur une histoire vraie.

EN DEUX MOTS
Ecrit sous forme de documentaire choral et exclusivement composé de témoignages, ce petit livre poignant, malheureusement inspiré d’un fait divers, est un véritable brûlot. Il nous fait très mal et nous interroge.

L’auteur. Alexandre Seurat est un jeune écrivain français qui vit et enseigne à Angers. Son second roman, L’administrateur provisoire, a fait une entrée très remarquée lors de la rentrée littéraire de l’an dernier. La Maladroite, sorti un an avant en broché, est son premier.

Les cinq premières lignes.
L’institutrice. Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu ».

L’histoire. Diana a huit ans quand elle disparaît pour toujours. Le choc est frontal, nous comprenons dès les premières lignes qu’elle est morte sous les coups de ses parents. Cette centaine de pages relate sa courte vie de martyre, de sa naissance non désirée à sa fin tragique. Témoignage après témoignage, nous assistons, impuissants, au calvaire incessant de cette petite fille qui jamais ne se plaignait, toujours souriait en disant que tout allait bien pour elle. Jusqu’au jour où elle ne pourra plus rien dire du tout.
Le style est celui d’un documentaire, d’un procès-verbal. Le ton semble détaché, retenu, sans effet de langue. Avec précision, les faits « visibles » sont relatés, point. Comme une sorte de polyphonie, nous lisons simplement des témoignages (souvent très courts) de personnes ayant connu Diana et assisté impuissants et bouleversés à sa descente aux enfers.

Mon avis sur le livre. Culpabilisant de n’avoir toujours pas lu L’administrateur provisoire, pourtant acheté lors de sa sortie, je me suis précipitée sur celui-ci, le premier roman d’Alexandre Seurat, attirée par deux choses : un premier roman et sa faible pagination. Mais dès la première page, déjà bouleversante (je n’avais pas entendu parler de l’histoire authentique), j’ai compris ce que j’allais lire et me suis tâtée à continuer. Puis je me suis sentie obligée de le faire, de ne pas détourner la tête de cette histoire qui a figuré à la une d’un journal local en 2009 et inspiré l’auteur. Et qui pourrait avoir lieu n’importe où et n’importe quand. Sujet et pari sacrément risqués pour un premier roman… Mais si l’auteur a eu le courage de l’écrire, nous devons avoir celui de le lire. Les mots manquent pour parler de ce drame. D’un ton neutre et sans vraiment porter de jugement accusateur sur les parents, la famille ou les témoins extérieurs (corps enseignant, services sociaux, , gendarmerie, justice) qui s’expriment – la petite Diana étant la seule véritable « muette » de l’histoire –, l’auteur les remet tous en cause. Séparément (comme ils le font d’eux-mêmes, trop tard), mais surtout comme un ensemble familial délité et un système juridico-social réduit à une machine lourde et lente incapable d’empêcher que l’horreur se produise. Il nous pose à nous, lecteurs, cette terrible question : qu’aurions-nous fait à la place de la tante, de la grand-mère, de l’institutrice, des médecins, de l’assistante sociale ou des gendarmes ? Etait-il possible d’empêcher la tragédie, d’enrayer l’engrenage à temps ? Et bien d’autres concernant les parents et la famille, à commencer par la reprise de Diana, tout d’abord abandonnée par sa mère qui avait accouché sous X, puis déclarée « mort-née » par la famille avant de réapparaître comme par enchantement….
Outre la défaillance générale, peut-on dire (tout le monde est coupable et personne ne l’est de n’avoir rien fait au sens strict), il faut aussi noter l’indifférence, en tout cas le manque d’amour pour Diana de la part de ses parents bien sûr, mais aussi de son frère aîné, Arthur qui jamais ne manifeste de pitié ou d’affection (mais le pouvait-il ?) pour sa sœur que tout le monde surnomme « la maladroite » puisqu’elle se fait des marques sur tout le corps en se cognant partout, en tombant, en jouant, mais jamais, jamais en prenant des coups… Diana qui sera seule du premier au dernier jour à garder son horrible secret et à en mourir, tandis que ses parents font paraître un avis de recherche comme si elle avait été enlevée… Bien évidemment, on se demande si c’est possible. La preuve que oui. Et l’auteur nous le montre et, ce faisant, interpelle toute notre société (nous avec) qui avons peur de voir, de dire, de protéger les enfants en danger avant qu’il soit trop tard. Il faut être courageux pour écrire un premier roman sur un sujet aussi difficile et aussi tabou. Et, aussi, beaucoup aimer les enfants et détester la violence. Alexandre Seurat rend un hommage posthume respectueux à Diana en publiant cette tragédie glaçante et poignante, ce qu’est justement cette histoire qu’il est impossible de lire sans désespérer. Espérons que ce « roman », qu’il faut impérativement lire, pourra permettre de faire avancer les choses.

Quelques extraits, car Diana (Marina dans sa vraie courte vie) les vaut bien. Mais non, je ne m’y résigne pas. Je préfère que vous lisiez ce livre si court mais si intense, que je place dans la rubrique Hors du commun, ce qu’il est à tous points de vue.